vendredi 4 juin 2021

Festif 10 juin 2021

Fête de village - Pieter Brueghel l'ancien


AUTEURS

Aragon *
Anonyme - Beowulf *
Sabine Aussenac
Bible *
    Évangile selon Saint-Jean – Les noces de Cana
    Livre de Daniel - La fête de Balthazar
Joan Bodon *
Marie-Magdeleine Carbet *
Marie-Ange Gacherieu
Didier Metenier
Catherine de Monpezat
Jacques Prévert *
Svante Svahnström

                                      * présenté par Svante Svahnström


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ARAGON

Fêtes galantes

On voit des marquis sur des bicyclettes
On voit des marlous en cheval-jupon
On voit des morveux avec des voilettes
On voit des pompiers frôler les pompons

On voit des mots jetés à la voierie
On voit des mots élevés au pavois
On voit les pieds des enfants de Marie
On voit le dos des diseuses à voix

On voit des voitures à gazomètre
On voit aussi des voitures à bras
On voit des lascars que les longs nez gênent
On voit des coïons de dix-huit carats

On voit ici ce que l'on voit ailleurs
On voit des demoiselles dévoyées
On voit des voyous On voit des voyeurs
On voit sous les ponts passer des noyés

On voit chômer les marchands de chaussures
On voit mourir d'ennui les mireurs d'œufs
On voit péricliter les valeurs sûres
Et fuir la vie à la six-quatre-deux

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ANONYME       entre VIIe et IXe siècle

BEOWULF
                                                             XVI
On ordonna que les mains orneraient l’intérieur de Heort ; grand nombre d’hommes et de femmes furent occupés à parer la salle. Les tissus d’or brillèrent sur les murailles et beaucoup de merveilles s’étalèrent aux yeux des spectateurs. Le bel édifice était beaucoup endommagé intérieurement. Les gonds des portes étaient arrachés ; le toit seul était resté intact quand Grendel, désespérant de son salut, avait pris la fuite. C’était le temps où le fils de Healfdene se rendait à la salle pour prendre part au banquet. Jamais à ma connaissance on n’avait vu une tribu composée de tant de guerriers se mieux comporter en présence de son monarque. Ils allèrent alors prendre place à leurs bancs et se réjouirent de la bonne chère. — Hrothgar et Hrothulf reçurent de nombreuses coupes d’hydromel dans Heort. L’union régnait dans l’intérieur de la salle ; les Theod-Scyldingas s’abstenaient en ce moment de commettre aucun acte répréhensible. Alors le fils1 de Healfdene donna à Beowulf en récompense de sa victoire une bannière d’or avec sa poignée, un casque, une cotte de mailles, et l’on vit porter devant le héros une épée couverte de pierreries. Beowulf prit la coupe d’hydromel ; il n’avait pas lieu de rougir devant les guerriers des trésors dont il lui était fait présent et je ne sache pas que don plus amical ait été fait à un guerrier pendant le festin. Des boucles retenaient le casque en dehors de manière que les épées ne pussent le pénétrer quand le héros irait affronter les ennemis2. Hrothgar fit ensuite amener huit chevaux, avec leurs rênes dorées, dans l’intérieur de la salle ; l’un d’eux richement caparaçonné, était la monture dont se servait le roi pendant les batailles, car jamais il ne manquait de se placer à la tête des combattants. Le prince des Ingwine donna ensuite les coursiers et les armes à Beowulf et lui dit d’en bien jouir. — Tels furent les dons splendides par lesquels il récompensa les exploits de Beowulf : aucune personne soucieuse de dire la vérité ne pourra donc jamais lui infliger de blâme à ce sujet. 


                                                         XVII
Hrothgar donna en outre, pendant le banquet, des trésors à tous ceux qui avaient traversé la mer avec Beowulf et il compensa par de l’or la mort de celui que Grendel avait assassiné.
Le poète de Hrothgar répéta le chant de Hnæf et l’attaque subite de ce général, en s’accompagnant de la harpe 


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SABINE AUSSENAC


On entend des clameurs, des youyous, des silences

Quand l’Ardeur devient folle au renouveau de mars,
Elle rayonne en nos villes en une immense farce,
Fait des nuits des soleils, des étoiles des jours,
Et en cent poésies elle déclame l’Amour.

Quand l’Ardeur se réveille, primevère en rosée,
Après tous ces hivers qui nous laissent agacés,
Elle transcende joyeuse les fusils et les peines,
Nos envies hirondelles s’y élancent en vraies reines.

Quand l’Ardeur se réveille, au Printemps des Poètes,
On entend des clameurs, des youyous, des silences…
C’est la mer qui déferle en nos pavés offerts,

C’est la neige qui fond, de New-York à la Mecque,
Et tant de mots qui crient qui résonnent et qui dansent
Que les Hommes enfin se regardent en frères.

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Au quatorze juillet, ton histoire est la mienne

Comme elle me semble douce, ma belle république,
Celle où voici longtemps bien des vents se calmèrent,
Quand de nos soleils fous aux cent plaines nordiques
Robespierre et Danton d’ennemis furent frères.

Comme elle me semble belle, ma France des flonflons,
Celle qui sait danser sur mille accordéons,
Lorsque de nos villages aux confins de Paname
Un seul peuple festoie de bon cœur et d’une âme.

Comme elle me semble forte, ma belle aux artifices,
Celle où l’on célèbre La Bastille tombée
Aux rythmes des canons et d’idées malmenées,
Quand chaque bourgade fait de Versailles office.

Comme j’aime observer les étoiles explosées
En ciel bas de Bourgogne, ou clément en Olonne,
Lorsque rient les enfants à la lune étonnée
Par tout ce déploiement de Lille en ma Gascogne.

Comme j’aime drapeau et me sens cocardière,
Quand des Champs Elysées à notre Cannebière
Métissages dansant font résonner campagnes,
Et que coulent pastis, Pinaud noir et champagne.

Nul ne m’enlèvera ma ferveur citoyenne :
Je me sens Marianne et te salue ma France !
Accorde-moi encore cette dernière danse…
Au quatorze juillet, ton histoire est la mienne.

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Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean

Chapitre II    -    LES NOCES DE CANA


01 Le troisième jour, il y eut un mariage à Cana de Galilée. La mère de Jésus était là.
02 Jésus aussi avait été invité au mariage avec ses disciples.
03 Or, on manqua de vin. La mère de Jésus lui dit : « Ils n’ont pas de vin. »
04 Jésus lui répond : « Femme, que me veux-tu ? Mon heure n’est pas encore venue. »
05 Sa mère dit à ceux qui servaient : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le. »
06 Or, il y avait là six jarres de pierre pour les purifications rituelles des Juifs ; chacune contenait deux à trois mesures, (c’est-à-dire environ cent litres).
07 Jésus dit à ceux qui servaient : « Remplissez d’eau les jarres. » Et ils les remplirent jusqu’au bord.
08 Il leur dit : « Maintenant, puisez, et portez-en au maître du repas. » Ils lui en portèrent.
09 Et celui-ci goûta l’eau changée en vin. Il ne savait pas d’où venait ce vin, mais ceux qui servaient le savaient bien, eux qui avaient puisé l’eau. Alors le maître du repas appelle le marié
10 et lui dit : « Tout le monde sert le bon vin en premier et, lorsque les gens ont bien bu, on apporte le moins bon. Mais toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à maintenant. »
11 Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. C’était à Cana de Galilée. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui.
12 Après cela, il descendit à Capharnaüm avec sa mère, ses frères et ses disciples, et ils demeurèrent là-bas quelques jours.
13 Comme la Pâque juive était proche, Jésus monta à Jérusalem.
14 Dans le Temple, il trouva installés les marchands de bœufs, de brebis et de colombes, et les changeurs.
15 Il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple, ainsi que les brebis et les bœufs ; il jeta par terre la monnaie des changeurs, renversa leurs comptoirs,
16 et dit aux marchands de colombes : « Enlevez cela d’ici. Cessez de faire de la maison de mon Père une maison de commerce. »
17 Ses disciples se rappelèrent qu’il est écrit : L’amour de ta maison fera mon tourment.
18 Des Juifs l’interpellèrent : « Quel signe peux-tu nous donner pour agir ainsi ? »
19 Jésus leur répondit : « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai. »
20 Les Juifs lui répliquèrent : « Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce sanctuaire, et toi, en trois jours tu le relèverais ! »
21 Mais lui parlait du sanctuaire de son corps.
22 Aussi, quand il se réveilla d’entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela ; ils crurent à l’Écriture et à la parole que Jésus avait dite.
23 Pendant qu’il était à Jérusalem pour la fête de la Pâque, beaucoup crurent en son nom, à la vue des signes qu’il accomplissait.
24 Jésus, lui, ne se fiait pas à eux, parce qu’il les connaissait tous
25 et n’avait besoin d’aucun témoignage sur l’homme ; lui-même, en effet, connaissait ce qu’il y a dans l’homme.
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Livre de Daniel        LA FÊTE DE BALTHAZAR


01 Le roi Balthazar donna un somptueux festin pour les grands du royaume au nombre de mille, et il se mit à boire du vin en leur présence.
02 Excité par le vin, il fit apporter les vases d’or et d’argent que son père Nabucodonosor avait enlevés au temple de Jérusalem ; il voulait y boire, avec ses grands, ses épouses et ses concubines.
03 On apporta donc les vases d’or enlevés du temple, de la Maison de Dieu à Jérusalem, et le roi, ses grands, ses épouses et ses concubines s’en servirent pour boire.
04 Après avoir bu, ils entonnèrent la louange de leurs dieux d’or et d’argent, de bronze et de fer, de bois et de pierre.
05 Soudain on vit apparaître, en face du candélabre, les doigts d’une main d’homme qui se mirent à écrire sur la paroi de la salle du banquet royal. Lorsque le roi vit cette main qui écrivait,
06 il changea de couleur, son esprit se troubla, il fut pris de tremblement, et ses genoux s’entrechoquèrent.
07 Le roi cria de faire entrer les mages, les devins et les astrologues. Il prit la parole et dit aux sages de Babylone : « L’homme qui lira cette inscription et me l’interprétera, on le revêtira de pourpre, on lui mettra un collier d’or, et il sera le troisième personnage du royaume. »
08 Tous les sages du roi entrèrent donc, mais ils ne purent lire l’inscription ni en donner au roi l’interprétation.
09 Le roi Balthazar en était épouvanté : son visage changea de couleur, et les grands du royaume furent atterrés.
10 La reine, alertée par les paroles du roi et des grands, entra dans la salle du banquet. Elle prit la parole et dit : « Ô roi, puisses-tu vivre à jamais ! Que tes pensées ne t’épouvantent pas, que ton visage ne change pas de couleur !
11 Dans ton royaume, un homme possède en lui l’esprit des dieux saints. Du temps de ton père, on a trouvé en lui une lumière, une intelligence, et une sagesse pareille à la sagesse des dieux. Le roi Nabucodonosor, ton père, le nomma chef des magiciens, des mages, des devins et des astrologues. Il fit ainsi
12 parce qu’on avait trouvé en ce Daniel – à qui le roi avait donné le nom de Beltassar – un esprit supérieur, une intelligence, une clairvoyance pour interpréter les songes, déchiffrer les énigmes et dénouer les difficultés. Donc, que Daniel soit appelé, et il donnera l’interprétation. »
13 On fit venir Daniel devant le roi, et le roi lui dit : « Es-tu bien Daniel, l’un de ces déportés amenés de Juda par le roi mon père ?
14 J’ai entendu dire qu’un esprit des dieux réside en toi, et qu’on trouve chez toi une clairvoyance, une intelligence et une sagesse extraordinaires.
15 Et maintenant on a fait venir en ma présence les sages et les mages pour lire cette inscription et m’en faire connaître l’interprétation. Mais ils n’ont pas été capables de me la donner.
16 J’ai entendu dire aussi que tu es capable de donner des interprétations et de résoudre des questions difficiles. Si tu es capable de lire cette inscription et de me l’interpréter, tu seras revêtu de pourpre, tu porteras un collier d’or et tu seras le troisième personnage du royaume. »
17 Daniel répondit au roi : « Garde tes cadeaux, et offre à d’autres tes présents ! Moi, je lirai au roi l’inscription et je lui en donnerai l’interprétation.
18 Ô roi, le Dieu Très-Haut avait donné à ton père le roi Nabucodonosor la royauté, la grandeur, la gloire et la splendeur.
19 La grandeur qui lui était donnée faisait trembler de crainte devant lui tous les peuples, nations et gens de toutes langues. Il tuait qui il voulait, laissait vivre qui il voulait ; il élevait qui il voulait, abaissait qui il voulait.
20 Mais lorsque son cœur devint hautain, son esprit dur jusqu’à l’orgueil, il fut jeté à bas de son trône royal, et sa gloire lui fut retirée.
21 On le chassa d’entre les hommes, son cœur devint comme celui des bêtes ; il demeura avec les ânes sauvages, on le nourrissait d’herbe comme les bœufs ; son corps était trempé par la rosée du ciel, jusqu’au moment où il reconnut que le Dieu Très-Haut est maître du royaume des hommes et place à sa tête qui il veut.
22 Toi, son fils Balthazar, tu n’as pas abaissé ton cœur, et pourtant, tu savais tout cela.
23 Tu t’es élevé contre le Seigneur du ciel ; tu t’es fait apporter les vases de sa Maison, et vous y avez bu du vin, toi, les grands de ton royaume, tes épouses et tes concubines ; vous avez entonné la louange de vos dieux d’or et d’argent, de bronze et de fer, de bois et de pierre, ces dieux qui ne voient pas, qui n’entendent pas, qui ne savent rien. Mais tu n’as pas rendu gloire au Dieu qui tient dans sa main ton souffle et tous tes chemins.
24 C’est pourquoi il a envoyé cette main et fait tracer cette inscription.
25 En voici le texte : Mené, Mené, Teqèl, Ou-Pharsine.
26 Et voici l’interprétation de ces mots : Mené (c’est-à-dire “compté”) : Dieu a compté les jours de ton règne et y a mis fin ;
27 Teqèl (c’est-à-dire “pesé”) : tu as été pesé dans la balance, et tu as été trouvé trop léger ;
28 Ou-Pharsine (c’est-à-dire “partagé”) : ton royaume a été partagé et donné aux Mèdes et aux Perses. »
29 Alors, Balthazar ordonna de revêtir Daniel de pourpre, de lui mettre au cou un collier d’or et de proclamer qu’il deviendrait le troisième personnage du royaume.
30 Cette nuit-là, Balthazar, le roi des Chaldéens, fut tué.


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 JOAN BODON

LA VÒTA  Poemas 1940

Me sovendrai d’aquela vòta,
d’aquela vòta que farem pas pus…
Me sovendrai d’aquela vòta.

Lo sabte, copèrem de cades *
a Telhet, a Ròcargiron.
Ne bastiguerem lo téatre
e bégèrem mai d’un pinton.

Sul tard, après lo catechisme
arribèron de nos fintar
los dròlles pichons que fan rire
nos agachavan sens parlar.

Lo rosal luississiá suls cadres
e i aviá pas degús enlòc
quand arribèrem totes quatre
lo lendeman, al fons del lòc.

Dins d’abòrd venguèron las bancas,
Lo monde plangián pas l’argent
E las danças seguián la danças.
Erem joves, èrem contents.

Mas sul ser aguèrem la pluèja
una pluèja del mes d’abrial,
e lo monde per las fenèstras
fintèron rajar las canals.

Se despacet et la velhada
se dancet jusca mièjanuèch.
Sus la rota tota molhada
mai que mai tustèron los pès.

Tornegèrem en farandòla
quand siet l’ora de s’arrestar.
E lo drapèu cambiet de còla,
anèrem beure a nos bandar.

Demorèrem dins una aubèrja
beviam per nos desrevelhar
Se tornet mettre a far de pluèja
e beviam per poder cantar.

Sens avere cap de pensada
lo lendeman en m’en anent,
aviái lo cap que me pesava,
èri las sens èstre content.

Me sovendrai d’aquela vòta,
D’aquela váta que farem pas pus.
Me sovendrai d’aquela vòta.

 

* Après observation d'une lectrice attentive, j'ai corrigé le mot imprimé dans le livre, "cadres".

LA FÈTE (1940) 

Je m’en souviendrai, de la fête,
de cette fête où on n’ira plus..
Je m’en souviendrai, de la fête.

Le samedi, on a coupé des genièvres
à Teillet et à Roquegirgou,
On en a bâti la scène
et on a bu pas mal de verres.

Sur le tard, après le catéchisme
sont arrivés pour nous regarder
les petits gamins qui font rire,
ils nous regardaient sans parler.

La rosée brillait sur les branches,
il n’y avait personne en vue
quand on est arrivés tous les quatre,
le lendemain, dans ce trou perdu.

D’abord sont venus les forains,
Les gens ne plaignaient pas l’argent
Et les danses suivaient les danses,
On était jeunes, on était contents.

Mais le soir on a eu la pluie,
une pluie de mois d’avril,
et les gens par les fenêtres
regardaient cracher les chénaux.

Le soir ça s’est arrangé,
On a dansé jusqu’à minuit.
Sur la route toute mouillée
tant et plus on a tapé des pieds.

On a dansé la farandole
quand ça a été l’heure d’arrêter.
Et le drapeau a changé de mains,
On est allé boire pour se saoûler.

On est restés dans une auberge,
on buvait pour se réveiller.
Il s’est remis à pleuvoir,
on buvait pour pouvoir chanter.

Sans avoir la moindre pensée,
le lendemain, en m’en allant,
je sentais ma tête lourde,
j’étais las sans être content.

Je m’en souviendrai de la fête,
de cette fête où on n’ira plus.
Je me souviendrai de la fête.

 

Traduit en français par l'auteur

 

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MARIE-MAGDELEINE CARBET 1902-1996

Il est né le divin enfant
Parfums, bêtes-à-feu, cantiques
Montent dans le bleu triomphant
De la nuit claire en Martinique

Le cabri-bois sur son flutiau
Lance à la ronde la nouvelle
Le poisson ailé sur les eaux
L’annonce en volée d’étincelles

Pâté tout chaud, bien pimenté,
Noël !
Du vrai, du fort, café corsé,
Noël !

Le vent sur l’eau ouvre son aile
Noël !
La cloche en joie dit Gloria,
Noël !

Pâté tout chaud, piment-z-oiseau
Noël !
Mi café fô, pas tchô-lô-lô,
Noël !
En clocher-à c’est Gloria
Noël !

Dans la paille ou Jésus sourit
A Tensia, Maïoté et féfé,
Profils bronzés penchés sur lui,
Quelques étoiles sont tombées.

Il est né le divin enfant
Parfums, bêtes-à-feu, cantiques
Montent dans le bleu triomphant
De la nuit claire en Martinique

Longs filaos, vols d’angelots,
Noël !,
Le punch est prêt, le citron frais,
Noël !
L’an sera bon, la nuit est belle,
Noël !
La crêche en fête rit au ciel.
Noël !

Dans filaos, z’anges ka joué zouel,
Noël !
Rhum ka moussé dans carafe-là,
Noël !
L’an-née ké bon, lan-nuitt-là bel,
Noël !
Compé Michaud ka ri dans ciel,
Noël !


Écoute soleil-dieu, 1974

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MARIE-ANGE GACHERIEU


JE DANSERAI    (2021 Biarritz)

Notes égrenées, rythmées
Emportée, soulevée,
En vagues déchaînées,
Enroulez moi, grisée…
De nacre et de moire
Irisée, en volutes,
Je danserai, sirène noire,
L’œil vert, au son du luth
Dans un éclair, j’apparaîtrai
En nudité, sauvage,
Au son du tam-tam je frapperai
Martèlerai le rivage
Morte je ressusciterai
Dans les vagues de tes rêves,
Dans les remous de tes pensées
Ecume folle de tes fièvres ;
Feu follet éclairé par la lune
Dansant dans un éclair de brume
Dans une écharpe de rosée
Que les fées auront tissé.
Amour vibrant de mille feux
Allumés au sein de la nuit
Et les étoiles seront mes yeux
A jamais ouverts sur l’infini.

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DIDIER METENIER

SA MAJESTE

Confettis
Arlequins
Ripoux et Colombines
Nous
Avons follement
Valsé
Avec
Le roi

 ...

Au bal masqué
J'ai salué une princesse,
J'ai dit bonjour au matelot,
J'ai contourné une sorcière,
J'ai bousculé Pierrot...
Oh, Pardon!

Et puis, emporté par la danse,
J'ai oublié mes beaux habits...
J'ai tournoyé à contre-sens
Et j'ai gobé des confettis...
Sapristi!!!


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CATHERINE DE MONPEZAT

A l'Ami qui me "sauva la vie"
Tu es ... Ma Fête

Tu es...
un sourire effleuré
sur le regard du temps
retenu et donné
pour retrouver l'enfant...

Un désert de prière
une soif, un silence
Une main qui desserre
et m'ouvre à l'Espérance

Tu es...
Une pluie de lumière
pour la fête du coeur
Sur l'émotion amère
la rosée tel un pleur

Une flamme cachée
Une tendresse folle
et ma nuit avancée
recule et dégringole.

Tu es...
L' oiseau dans mon orage
la rose dans mes sables
L' appel sur le rivage
et mon corps danse aimable

Un regard comme une aile
L' envol d'une pensée
qui rejoint ma nacelle
et la fait naviguer

Tu es...
Un geste sans parole
quand il n'y a rien à dire
Une arabesque drôle
et mon âme chavire

Le vrai frai d'un matin
sur mon corps en furie
Un murmure câlin
qui berce... et je sourie

Tu es...
Une larme le soir
que retient ta prière
Chargée de tant d'espoir...
elle me sort de l'ornière

Un rire sans raison
Une raison d'aimer
qui fête mes saisons
de joie...de liberté

Tu es...
Une lueur d'aurore
qui annonce le jour
et me conduit au port...
aux portes de l'Amour

Quelques mots qui respirent
et déploient l'horizon
Vogue alors mon navire...
C'est fête à la maison!


           Tu es mon Île et mon château
           Mon  océan, ma terre
           Pays tranquille, Espace, Echo
           de mon plein chant, de ma prière...
           Et sur mes cils un souffle chaud...
           Baiser du vent sur mes paupières.

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Poème :
Tant de mots "tempête"...
Tant de mots en fête...  (Chant)

1)  Si tous ces mots vous charment
     C'est pour vous faire la fête
     Et votre coeur en larme
     Changera bien de tête...
                        S'ils sont trop insolents
                        Aussi justes que libres
                        C'est qu'ils cachent au dedans
                        Un monde en équilibre...
      S'ils vous parlent en secret
      C'est toujours en Ami
      Aubade improvisée
      Qui sourit à la vie...
                        S'ils vous prennent le coeur
                        Et même s'ils vous toisent
                        Surtout n'ayez pas peur
                        C'est vous qu'ils apprivoisent.
   
2)  S'ils sont fous et de feu
     S'ils sont doux, généreux
     C'est à vous voir heureux
     Qu'ils se prennent au jeu...
                         Mais parfois ils se taisent
                         Ils sont mal dans leur peau
                         Ils disent le malaise
                         D'un monde qui est faux...
     Si certains trop vous blessent
     Laissez les en chemin
     S'ils vous touchent en caresses
     Prenez les comme un pain...
                         S'ils sont tumultueux
                         Discours un peu bruyant
                         Vides ou ennuyeux
                        Jetez les dans le vent .

3)  S'ils deviennent un peu durs
      Et qu'ils grincent des dents
      Cassez leur la figure
      Vous les verrez contents...
                        S'ils se sont bien choisis
                        Violents et volontaires   
                        C'est une moquerie
                        Qui singe vos manières...
     S'ils se choquent entre eux
     Et dansent vos défaites
     C'est pour vous dire au mieux
     Qu'ils s'en vont à la fête...
                           S'ils ne vous disent rien
                           Alors laissez les faire
                           Mais s'ils vous font du bien
                           C'est à vous de vous taire! .

      Tant et tant de mots
       Qu'il faut garder au chaud....
 

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JACQUES PRÉVERT

Fête foraine

Heureux comme la truite remontant le torrent
Heureux le cœur du monde
Sur son jet d'eau de sang
Heureux le limonaire
Hurlant dans la poussière
De sa voix de citron
Un refrain populaire
Sans rime ni raison
Heureux les amoureux
Sur les montagnes russes
Heureuse la fille rousse
Sur son cheval blanc
Heureux le garçon brun
Qui l'attend en souriant
Heureux cet homme en deuil
Debout dans sa nacelle
Heureuse la grosse dame
Avec son cerf-volant
Heureux le vieil idiot
Qui fracasse la vaisselle
Heureux dans son carrosse
Un tout petit enfant
Malheureux les conscrits
Devant le stand de tir
Visant le cœur du monde Visant leur propre cœur Visant le cœur du monde En éclatant de rire.

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SVANTE SVAHNSTRÖM


FÊT. NAT.


L’aorte est dégagée
En sens inverse grouillent les carnavaliers
un flux de costumes vers le coeur
Des grumeaux noirs blancs beiges bleus déferlent
Des nuages colorés couvrent la ville
blanc rouge bleu
Un trait est tiré par-dessus l’axe cordial
Multiplication de capes blanches au vent
contre la noire contre Darth
contre l’Empire de Vader
Épaules sciées
Étincelants accessoires d’acier sous le soleil
Barbes et tabliers de cuir
Oscillations de bras rythmes cuivres
En compagnie de la valeur défile le dévouement
Des hommes des femmes fiers austères
Une fête purgée de sourires
Les colonnes coulant des écoles de colonels
sont des sentinelles
ongles sur des mains tenant
un parapluie de paix
Vers le départ de l’artère parade la sécurité
Aujourd’hui c’est Fêt. Nat.
Sous le plomb du soleil
digne ému et rassuré
le Coeur de la Nation attend accueille
le flux en armes


in J'adhère à la brique

 

 

vendredi 7 mai 2021

Mouvement

Nu descendant un escalier - Marcel Duchamp


AUTEURS

Sabine Aussenac
Karin Boye *
Aurélia Lassaque *
Mao Zedong *
Filippo Tommaso Marinetti *
Umberto Saba *
Svante Svahnström
Tomas Tranströmer *
Gérard Zuchetto *

* présenté par Svante Svahnström

 

 

SABINE AUSSENAC

Lettre à un jeune voyageur

Quitter Paris, me demandes-tu ?
Tu me dis la vitesse, et les gens, et le stress.
Tu m’écris que tu ne peux plus vivre « ici ».

Je ne sais que te dire, mon tendre et jeune ami. Si ce n’est d’écouter et ton cœur et ta vie. Parcourir ses voyages, oser prendre des trains, c’est aussi quelque part le pari d’un demain.

Il faudra découvrir, et oser, et plonger. Dans des villes inconnues, aux senteurs différentes, en des terres où les femmes seront moins insolentes.

Tu verrais à Bordeaux une ville océane, des embruns, des secrets, des voiliers immobiles. Et puis non loin de là ces vignobles aux tons roux, où l’automne vendange les soleils les plus fous.

A Toulouse les cambrures d’une Espagne affolée, tant de nuits où Garonne prend des airs d’Alhambra ; tu lirais notre histoire en mon beau Capitole, tu saurais qu’en l’Autan mes écrits caracolent…

Si tu vas à Marseille, ton passé sourira. Arme-toi de sourires plutôt que de courage, et sache qu’au-delà des rumeurs malveillantes, la blancheur algéroise est parfois bienveillante.

Lyon saurait t’accueillir en secrètes traboules, tu verrais des soieries, et quand tu serais ivre d’avoir bu tant de foules, tu irais vers les Alpes respirer en névés.

Mais peut-être veux-tu parcourir les silences, quitter ports et fracas, découvrir les absences ? La campagne saurait te donner abondance, quand les vents sont les seuls à parler au marcheur, quand les blés et les bois te seront un seul toit…

Rimbaud lui est parti, il allait vers l’Afrique, mais sa muse est restée, toute seule, en sa Meuse.

Garde, toi, tous tes mots, ils seront ton armure, ta potion, ton calice, quand des plaines du Nord aux soleils de Galice tu iras vers ta vie comme on aime une étoile.

Je t’attendrai toujours, pour te dire parfois, quand les nuits seront belles, les secrets des abeilles et des textes-soleils.

***

Les eaux mêlées

Je suis la petite comme l’eau
Camelote de mes joies vives
Je coule de source au gré des mots
Torrent vert pomme malhabile
Entendez-vous les clapotis
Tintant en cascades folles
De pierres en gué je vais ma vie
Eclaboussante je caracole
En alpages humant les edelweiss
Je vais vers plaines sages
Me jeter pure innocence
En rivière alanguie et lente
Je me sens comme Ophélie
Méandres vases calmes sombres
On sentirait presque l’oubli
On s’y attache en vagabonde
Au gré des joncs et des marais
Une île aux mille hérons abonde
Je suis bercée au Mascaret
Mais tiens l’océan gronde
Et me voilà fille des vents
Plongée en sels grisants
L’air est plus vif
Je suis esquif
Au delta des dangers
Je fonds en eau profonde
Gorgée de vies marines
Salée brassée océane
Je m’éternise rimbaldienne
Alliée au soleil et obsidienne
Quand soudain happée d’éther
Je m’élève dans mes grands airs
Cantatrice de doux nimbus
Aquarelle des ombrelles
Et je retombe évaporée
En fines perles irisées
Toute apaisée et ciselée
Ma vie devient comme dentelle
Des eaux mêlées courant maudit
J’ai fait opales ombelles
Les noires gangues enfin taries
Me laissent colombelle.

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KARIN BOYE  1900-1941

 

I rörelse

Den mätta dagen, den är aldrig störst.
Den bästa dagen är en dag av törst.

Nog finns det mål och mening i vår färd
men det är vägen, som är mödan värd.

Det bästa målet är en nattlång rast,
där elden tänds och brödet bryts i hast.

På ställen, där man sover blott en gång,
blir sömnen trygg och drömmen full av sång.

Bryt upp, bryt upp! Den nya dagen gryr.
Oändligt är vårt stora äventyr.

En mouvement

Le jour de satiété jamais n’est le meilleur
Le meilleur jour est un jour de soif

Certes, un but, un sens éclairent notre voyage
Mais le chemin est ce qui gratifie la peine

La meilleure destination est un repos nocturne
auprès du feu et du pain vite rompu

Là où une seule fois tu dors
serein est le sommeil et plein de chants le rêve

Départ, départ ! Un jour nouveau s’éveille
Sans limite est notre suprême aventure

 
 in Härdarna (Les foyers)

Traduction du suédois S. Svahnström


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AURÉLIA LASSAQUE

Sa pèl escura e cauda…

Sa pèl escura e cauda
Coma una nuèch d’estiu
S’estira fins a fintar l’alba3
Quand son còs de cavala fèra
Tprnamai s’alanda
E cava dins la prigondor de sas cambas
Un paradís d’auselaire   

Sa peau chaude et obscure…

Sa peau chaude et obscure
Comme une nuit d’été
S’étire et dupe l’aube
Quand son corps de jument sauvage
À nouveau se déploie
Et creuse dans la profondeur de ses jambes
Un paradis d’oiseleur


in Pour que chantent les salamandres


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MAO ZEDONG  1893-1976

The Long March

The Red Army fears not the trials of the Long March,
Holding light ten thousand crags and torrents.
The Five Ridges wind like gentle ripples,
And the majestic Wumeng Mountain roll by, globules of clay.
Warm the steep cliffs lapped by the waters of the Jinsha,
Cold the iron chains spanning the Dadu River.
Min Mountains' thousand li of snow joyously crossed,
The three Armies march on, each face glowing. 

 (1935)

 Informal translation


https://en.wikipedia.org/wiki/Poetry_of_Mao_Zedong
#The_Long_March_(1935)[38]

La Longue Marche  

 L'Armée rouge ne craint pas les épreuves de la longue marche,
Tenant la lumière de dix mille rochers et torrents.
Les cinq crêtes serpentent comme de douces ondulations,
Et la majestueuse montagne Wumeng défile, des globules d'argile.
Réchauffez les falaises abruptes baignées par les eaux du Jinsha,
Refroidissez les chaînes de fer qui enjambent la rivière Dadu.
Les mille li de neige des montagnes Min traversées joyeusement,
Les trois armées marchent, chaque visage brillant.

 (1935)

Traduction Google

 

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沁园春·雪
 
北国风光,
千里冰封,
万里雪飘。
望长城内外,
惟余莽莽;
大河上下,
顿失滔滔。
山舞银蛇,
原驰腊象,
欲与天公试比高。
须晴日,
看红装素裹,
分外妖娆。
 
江山如此多娇,
引无数英雄竞折腰。
惜秦皇汉武,
略输文采;
唐宗宋祖,
稍逊风骚。
一代天骄,
成吉思汗,
只识弯弓射大雕。
俱往矣,
数风流人物,
还看今朝。

Snow
 
My country’s northern scenery:
A thousand li encased in ice,
Ten thousand li of swirling snow.
The noble Wall surrounded on both sides
By only blank totality.
The Yellow River’s epic stretch
Locked into place, its torrents stilled.
The mountains, dancing silver snakes,
The highlands, charging elephants,
Triumphantly competing with the heavens’ lofty height.
And come a clear day,
The land adorned with sunlight, draped in white,
Seduces all who bear its sight.
 
That wondrous view, so dear and tender all at once,
Moved countless heroes, bowing from their waists, to pay their due homage.
Alas, for Zheng of Qin and Wu of Han
Grasped not the art of poetry,
While Zong of Tang and Zu of Song
Had not virile minds nor forms.
A generation’s pride and joy,
The fierce and mighty Genghis Khan,
Knew only how to shoot the condors up above the steppes.
They are but history,
For those who seek a greater figure yet
Must look toward this age alone.

 

https://en.wikipedia.org/wiki/Poetry_of_Mao_Zedong

#Snow_(1936.02)

Neige

Le paysage nordique de mon pays:
Un millier de li enfermé dans la glace,
Dix mille li de neige tourbillonnante.
 Le noble Mur entouré des deux côtés
Par une totalité vierge seulement.
Le tronçon épique du fleuve Jaune
Verrouillé en place, ses torrents apaisés.
Les montagnes, des serpents d'argent dansants,
Les hauts plateaux, éléphants chargeant  
En triomphante compétition avec la noble hauteur des cieux.
Et vienne un jour clair,
La terre ornée de soleil, drapée de blanc,
Séduit tous ceux qui endurent sa vue.


Cette vue merveilleuse, si chère et à la fois si tendre ,
Émouvait d'innombrables héros, s'inclinant de leur taille, pour rendre leur hommage.
Hélas, pour Zheng de des Qin et Wu de des Han
N’ont pas saisi l'art de la poésie,
Alors que Zong de des Tang et Zu de des Song
n’étaient doués ni d’esprits ni de formes virils.
La fierté et la joie d’une génération,
Le féroce et puissant Genghis Khan,
Ne savait que tirer sur les condors au-dessus sur les hauteurs des steppes.
Ils ne sont, qu’histoire,
Et ceux qui recherchent une personnalité plus grande
Doivent regarder la seule époque présente


Ce poème est dit être le plus célèbre de Mao

Traduction Google, ajustée par S. Svahnström





































































































































































https://en.wikipedia.org/wiki/Poetry_of_Mao_Zedong#Snow_(1936.02)

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 FILIPPO TOMMASO MARINETTI

1876-1944

All’Automobile da corsa

Veemente Dio d’una razza d’acciaio,
Automobile ebbrrra di spazio,
che scalpiti e frrremi d’angoscia
rodendo il morso con striduli denti…
Formidabile mostro giapponese,
dagli occhi di fucina,
nutrito di fiamma
e d’olî minerali,
avido d’orizzonti e di prede siderali…
io scateno il tuo cuore che tonfa diabolicamente,
scateno i tuoi giganteschi pneumatici,
per la danza che tu sai danzare
via per le bianche strade di tutto il mondo!…
Allento finalmente
le tue metalliche redini,
e tu con voluttà ti slanci
nell’Infinito liberatore!
All’abbaiare della tua grande voce
ecco il sol che tramonta inseguirti veloce
accelerando il suo sanguinolento
palpito, all’orizzonte…
Guarda, come galoppa, in fondo ai boschi, laggiù!…
Che importa, mio dèmone bello?
Io sono in tua balìa!… Prrrendimi!… Prrrendimi!…
Sulla terra assordata, benché tutta vibri
d’echi loquaci;
sotto il cielo accecato, benché folto di stelle,
io vado esasperando la mia febbre
ed il mio desiderio,
scudisciandoli a gran colpi di spada.
E a quando a quando alzo il capo
per sentirmi sul collo
in soffice stretta le braccia
folli del vento, vellutate e freschissime…
Sono tue quelle braccia ammalianti e lontane
che mi attirano, e il vento
non è che il tuo alito d’abisso,
o Infinito senza fondo che con gioia m’assorbi!…
Ah! ah! vedo a un tratto mulini
neri, dinoccolati,
che sembran correr su l’ali
di tela vertebrata
come su gambe prolisse…
Ora le montagne già stanno per gettare
sulla mia fuga mantelli di sonnolenta frescura,
là, a quella svolta bieca.
Montagne! Mammut, in mostruosa mandra,
che pesanti trottate, inarcando
le vostre immense groppe,
eccovi superate, eccovi avvolte
dalla grigia matassa delle nebbie!…
E odo il vago echeggiante rumore
che sulle strade stampano
i favolosi stivali da sette leghe
dei vostri piedi colossali…
O montagne dai freschi mantelli turchini!…
O bei fiumi che respirate
beatamente al chiaro di luna!
O tenebrose pianure!… Io vi sorpasso a galoppo
su questo mio mostro impazzito!…
Stelle! mie stelle! l’udite
il precipitar dei suoi passi?…
Udite voi la sua voce, cui la collera spacca…
la sua voce scoppiante, che abbaia, che abbaia…
e il tuonar de’ suoi ferrei polmoni
crrrrollanti a prrrrecipizio
interrrrrminabilmente?…
Accetto la sfida, o mie stelle!…
Più presto!… Ancora più presto!…
E senza posa, né riposo!…
Molla i freni! Non puoi?
Schiàntali, dunque,
che il polso del motore centuplichi i suoi slanci!
Urrrrà! Non più contatti con questa terra immonda!
Io me ne stacco alfine, ed agilmente volo
sull’inebriante fiume degli astri
che si gonfia in piena nel gran letto celeste!

Per leggere il testo di All’Automobile da corsa di Filippo Tommaso Marinetti in lingua francese (A mon Pégase ), clicca qui!


https://www.filastrocche.it/contenuti/automobile-da-corsa/

A mon Pégase 

Dieu véhément d’une race d’acier,
Automobile ivre d’espace,
qui piétines d’angoisse, le mors aux dents
stridentes!
O formidable monstre japonais aux yeux de forge,
nourri de flamme et d’huiles minérales,
affamé d’horizons et de proies sidérales,
je déchaîne ton coeur aux teuf-teufs diaboliques,
et tes géants pneumatiques, pour la danse
que tu mènes sur les blanches routes du monde.
Je lâche enfin tes brides métalliques… Tu
t’élances,
avec ivresse, dans l’Infini libérateur!…
Au fracas des abois de ta voix…
voilà que le Soleil couchant emboîte
ton pas véloce, accélérant sa palpitation
sanguinolente au ras de l’horizon…
Il galope là-bas, au fond des bois… regarde!…
Qu’importe, beau démon?…
Je suis à ta merci…Prends-moi!
Sur la terre assourdie malgré tous ses échos,
sous le ciel aveuglé malgré ses astres d’or,
je vais exaspérant ma fièvre et mon désir
à coups de glaive en pleins naseaux!…
Et d’instant en instant, je redresse ma taille
pour sentir sur mon cou qui tressaille
s’enrouler les bras frais et duvetés du vent.
Ce sont tes bras charmeurs et lointains qui
m’attirent!
ce vent, c’est ton haleine engloutissante,
insondable Infini qui m’absorbes avec joie!…
Ah! Ah!… des moulins noirs, dégingandés,
ont tout à coup l’air de courir
sur leurs ailes de toile baleinée
comme sur des jambes démesurées…
Voilà que les Montagnes s’apprétent à lancer
sur ma fuite des manteaux de fraîcheur
somnolente…
Là! Là! regardez! à ce tournant sinistre!…
Montagnes, ô Bétail monstrueux, ô Mammouths
qui trottez lourdement, arquant vos dos immenses
vous voilà dépassés…noyés…
dans l’échevau des brumes!…
Et j’entends vaguement
le fracas ronronnant que plaquent sur les routes
vos jambes colossales aux bottes de sept lieues…
Montagnes aux frais manteaux d’azur!…
Beaux fleuves respirant au clair de lune!…
Plaines ténébreuses! je vous dépasse au grand galop
de ce monstre affolé… Etoiles, mes Etoiles,
entendez-vous ses pas, le fracas des abois
et ses poumons d’airain croulant interminablement?
J’accepte la gageure…avec Vous, mes Etoiles!…
Plus vite!… encore plus vite!…
Et sans répit, et sans repos!…
Lachez les freins!… Vous ne pouvez?..
Brisez-les donc!…
Que le pouls du moteur centuple ses élans!
Hurrah! Plus de contact avec la terre immonde!…
Enfin, je me détache et je vole en souplesse
sur la grisante plénitude
des Astres ruisselants dans le grand lit du ciel!
 

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UMBERTO SABA  1883-1957


ULYSSE

J’ai navigué dans ma jeunesse
Le long des bords de la Dalmatie. À fleur
de vague émergeaient des îlots,
couverts d’algues, glissants, beaux
au soleil comme des émeraudes ; parfois
un oiseau s’arrêtait avide de proies. Quand
la marée haute et la nuit les annulaient, les voiles
sous le vent dérivaient plus au large,
pour en fuir l’embûche. Aujourd’hui mon royaume
est cette terre de personne. Le port
pour d’autres allume ses feux ; mon esprit,
non dompté, me pousse encore au large,
et mon douloureux amour de la vie.

In Méditerranées

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SVANTE SVAHNSTRÖM


POLONAISE

S’introduire dans le château
entre créneaux et émail
Après un mariage de goûts
immersion dans un bassin d’acide
Se laisser démembrer
en noces chymiques
Célébration dans un alambic de muscles
pieds en lambeaux sur une moquette mouillée
voracité des villosités
Sérénité
Devoir d’achever l’Oeuvre

Se vider de substance
Cumuler la matière
Las du festin
las du grêle
progresser vers la grande colonnade
entre carbone et dioxyde
Cadencer le parcours ténèbre
avec des moignons de bras
gesticuler l’équilibre
Persévérance dans l’expiration
des milliards de tièdes petites vies

Happé par la lente polonaise de l’indole
accélérer avec la scatole en tarantelle
tituber dans l’hydrogène
culbuter dans sa sulfure même
En queue de parade les tourbillons de méthane
Chercher l’air, la lumière
Noceurs embaumés d’humeurs en fusion
entrer dans un nouvel état
devenir fluide
Avancer sans dévier
fendre pesamment les vapeurs de caverne

Et les parois flageolent
sous l’atmosphère en expansion
Rectitude, pondération et paix
et soudain
dans une rafale
forcer le pont-levis
plonger dans la lumière
L’Oeuvre est au blanc
Dans la brisure d’une bulle
nauséabond s’anéantir


in Hocus Corpus


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TOMAS TRANSTRÖMER


SOIR MATIN  (17 poèmes)

Le mât de la lune est pourri et la voile froissée.
Une mouette plane ivre par-delà les eaux.
L lourd carreau de l’embarcadère a été calciné. Les
ronces s’affaissent dans l’obscurité.

Je sors de la maison. L’aube frappe encore et encore
les barrières de pierre grise de la mer et le soleil crépite
au plus près du monde. Les dieux de l’été, à moitié
étranglés, tâtonnent dans les brumes marines.

in Baltiques


OSTINATO  ( 17 poèmes)

Sous le point immobile de la buse qui tournoie,
l’océan s’ébroue et gronde dans la lumière,
ronge aveuglément son frein d’herbes marines et souffle
de l’écume sur le littoral.

La terre se couvre d’une obscurité que les chauves-souris
mesurent. La buse s’immobilise et se change en étoile.
L’océan avance en tonnant et souffle de l’écume sur le littoral.


in Baltiques

*Le traducteur a cru traduire le mot « vrak », qui veut dire « épave », qu’il a confondu avec « vråk , qui veut dire « buse ». J’ai d’onc remplacé « épave «  par « buse ».

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GÉRARD ZUCHETTO

Sus un arbre de mèl

èran montats tan haut
brescaires sens compès
suspenjats a de fials
noncertans

e mai montavan haut
mai èran alonhadas
las abelhas quietósas
a desfisar le temps
omenenc

e vesián s’escafar
lor somi deleichós
deseg del mèl de vida
per qual pensavan quèra
aquesit

Sur un arbre de miel

ils étaient montés si haut
récolteurs de miel sans équilibre
suspendus à des fils
incertains

et plus ils montaient haut
plus elles étaient loin
les abeilles tranquilles
à défier le temps
des hommes

et ils voient s’effacer
leur rêve délicieux
désir du miel de vie
pour lequel ils pensaient qu’il était
acquis


in Entrelacs & chansons