dimanche 1 mars 2026

Orient

 

La Mosquée bleue à Tauris en Perse - Jules Joseph Augustin Laurens
1872

 

AUTEURS

MURIÈLE MODÉLY
Poète invitée du mois. Le bouquet des poèmes présent
 au cours de la rencontre se découvre dans l’espace réservé
 en bas de cette page.

Saïd Benjelloun 
Laurent Doucet  *
Lise Durand
Elias Lönnrot**
Didier Metenier 
Jean-Louis Piat ***
Poète persan ****
Svante Svahnström
Thibaut Bois – ce poème, dont les notes indispensables
sont volumineuses, est placé in extenso en conclusion 
des contributions de la séance


Présenté par :
Didier Metenier *
Thibaut Bois **
Nicole et Jean Sibille ***
Murièle Modély ****




SAÏD BENJELLOUN


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LAURENT DOUCET


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LISE DURAND

L’Orient ne m’inspire pas.
Avec ses belles peaux jaunes
Et ses beaux yeux bridés
L’Orient ne m’inspire pas.
Bien sûr la baie d’Ha Long 
Est magnifique
Et la grande muraille
Fantastique
Mais,
L’Orient ne m’inspire pas.
Kyoto et son pavillon d’or 
Ne me font pas oublier
Le côté très policé
De tout ce monde japonais
L’Orient ne m’inspire pas.
L’Inde j’y suis jamais allée
L’Orient ne m’inspire pas.
Seul le détroit de Béring 
Me fait rêver
Lui qui réunit en trois mots
L’Occident et l’Orient
Sous ses eaux…
                                                                                                                    
                             Toulouse le 27 janvier 2026
…………………

L'Occident
A conquis le monde
Et comme 
Tout conquérant
Il porte
Les poids d'antan.
L'Orient
Nous a transmis
Le zéro
Confucius et Mao.
Qui a raison
Qui a tort
Dans ce monde
Qui se déchire
Comme s'il y avait
Rien d'autre 
A dire.
                                                                           
                   Toulouse le 19 janvier 2026

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ELIAS LÖNNROT 1802-1884  Finlandais

Collecteur et adaptateur d’un ensemble de cinquante chants du folklore finnois,
intitulé Kalevala (« Terre nourricière des héros »).


  Chant XII

Siitä Ahti Lemminkäinen
Tuo on kaunis Kaukolainen
Aina aikoja eleli 
Nuoren neitosen keralla;
Ei itse sotia käynyt
Eikä Kyllikki kyleä.

Niin päivänä muutamana
Huomenna moniahana
Itse Ahti Lemminkäinen
Lähtevi kalankutuhun, 
Tullut ei illaksi kotihin,
Ensi yöksi ennättänyt.

Or donc Ahti, fils de Lempi,
le bel homme d'orée lointaine
vit la belle âge, en saison douce,
auprès de sa jeune compagne;
oncques ne s'en départ en guerre, 
ni Kyllikki en voisinage.
 
Or un jour après tant de jours,
lendemain d'après mainte veille, 
Ahti, le garçon de Lempi
s'en va pêcher à la frayère;
au soir ne rentre point au gîte
pour la nuit car la route est longue.


Édition de 1953 en langue finnoise, traduction française de Gabriel Rebourcet

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DIDIER METENIER

Orient... Orient... voyons...
C'est un' question d'orientation
Ah oui! Que dis-je?
Ne pas perdre le Nord...
L'Orient, c'est mystérieux
quand on ferme les yeux...
C'est à la fois proche et lointain:
il y a le proche Orient
et le proche Occident.
C'est tout ce qui est proche
et qu'on ne connaît pas.
D'ailleurs, proche ou lointain,
c'est du pareil au même
quand n'est pas du coin
et qu'on est sédentaire.

……………………………

JEAN-LOUIS PIAT


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Poète persan 


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SVANTE SVAHNSTRÖM

Dans mon assiette géographique
la Turquie est un bifteck montagneux
mariné dans une mer de raki

Voyez dans ses vallées
comme les arbres si rares  
scintillent d'éparses hachures de persil

Les grains de sel disséminées
moulus comme des cités dévastées
témoignent de grandeurs ensevelies

En haute Cappadoce poussent
les champignons calcaires habités
qu’effrite sans trève
le ventilateur de la cuisinière

Voici Istanbul la puissante, la glorieuse
fortifiée d'une rondelle de piment

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THIBAUT BOIS

Les Prodiges 

Le propos sera court, mais la morale profonde
Alors veillez bien jusqu'à la dernière seconde,
Afin qu'en votre âme s'imprime ce message 
Vous laissant au final, je l'espère, un peu plus sage. 
Je connais la petite vie d'un homme au grand destin
Natif qu'il fut du sous-continent indien. 
Dont le génie fut tel, à ce jour, si unique
Qu'il révolutionna les mathématiques
Pour qu'autour de lui commencent à graviter
Les astres de ce domaine, à haute vélocité,
Et par l'appui de son ami(1), et de sa divinité(2)
Il quitta ses contrées pour l'Angleterre,
Avant que ne sonnent les débuts de la Grande Guerre 
De laquelle le temple de l'intellect protégea 
Le frère cadet de Râma(3) .
Il lutta malgré tout face à la rigueur occidentale,
Peu usité à la mystique orientale
Qui pourtant avait tant à lui apprendre. 
Tout ce qu'on lui offrit, cent fois il sut le rendre
Qu'il instruira à l'avenir savants et physiocrates
D'une sagesse plus vieille encore que Socrate :
« Qui acceptera l'inconnu en son esprit
Connaîtra les dieux, l'univers, et l'infini. »
 
1.    L'ami en question est le mathématicien britannique Godfrey Harold Hardy (1877-1947), ici le deuxième prodige dont il est fait mention dans cette fable. Il fit « la plus grande découverte de sa carrière en la personne de Ramanujan », comme il le dira lui-même, après avoir reçu une lettre de sa main contenant plusieurs échantillons de ses découvertes sur plusieurs champs d'études des mathématiques (trigonométrie, calcul infinitésimal, séries, intégrales...) et saisi de fascination, il se résolut de le faire venir en Angleterre à Cambridge. Il y parviendra en Avril 1914 et lui permettra d'y résider pour un séjour de deux années.                                        2.    Issu d'une lignée de brahmanes orthodoxes enracinée dans la région du Tamil Nadu dans le sud de l'Inde, Ramanujan comme sa famille vénéraient la déesse Namagiri. Laquelle, dit-on, dictaient régulièrement des formules à son protégé, d'où il tirerait son étonnante aptitude au calcul mental, et serait même apparue en vision à sa propre mère afin de lui ordonner de le laisser quitter l'Inde pour l'Angleterre, là où les serments traditionnels brahmanes interdisent aux fidèles de quitter leur territoire.                                   
3.    « Le frère cadet de Râma », traduction littérale de « Ramanujan » premier prodige dont il est fait mention dans cette fable, Srinivisa Ramanujan Iyer (1887-1920), génie précoce et autodidacte des mathématiques dont la vie fut immortalisée par plusieurs biographes indiens, mais également par l'universitaire américain Robert Kanigel dont l'ouvrage biographique s'intitule L'homme qui défiait l'infini, et adapté au cinéma sous le même nom avec Dev Patel dans le rôle principal. 

 
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MURIÈLE MODÉLY – POÈTE INVITÉE DU MOIS



extrait de Tu écris des poèmes, éditions du Cygne, 2017

comme le poème, tu as un trou au milieu de la phrase
un cratère d'où les mots roulent, s'écoulent jusqu'aux chevilles 
agrandissent jour après jour la surface de l'île
d'un littoral friable 
qui plonge dans la mer
comme le poème
personne n'en a fait la cartographie
la matière est floue sous la canopée
le poème et toi êtes deux espèces endémiques

*

à la réflexion tu es en tout point identique au poème
le poème et toi
vous êtes un peu de noir sur beaucoup de blanc
le poème et toi
vous êtes un caillou minuscule dans la chaussure du roman
le poème et toi 
vous êtes le détail invisible sous le coup de crayon
le poème et toi 
êtes enfermés dans une case
obligés d'inventer
le poème et toi
un genre mineur qui sort du chapeau
une didascalie que le metteur en scène nie
le poème et toi
vous êtes un discours inaudible sous les palabres ambiants
vous êtes un idiome qui résiste, qui ploie, ne cède pas
le poème et toi
vous êtes la langue étrangère dans la bouche de l'entre soi
la langue de l'entre soi dans la bouche étrangère
l'entre soi de la langue dans l'étrange bouche
la langue dans la bouche
soi dans l'antre
le poème est toi 
et tu es le poème


Editions du Cygne - Tu écris des poèmes 

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Extrait de Penser maillée, éditions du Cygne, 2012

Un jour 
Il faudra bien 
Que j'éructe l'exil
Que je cesse 
De considérer 
La fuite
De l'île

Hors de peau
Hors des miens
Hors de mon 
quotidien

Il faudra bien 
Que j'écarte 
Des côtes
Les bords francs 
De la plaie
Que je laisse le sang 
Ou les larmes couler

Ou mon cerveau
Qu'importe

Que mon corps 
S’investisse 
Que je cesse 
De dire
Vissée au 
Continent

Il faudra bien 
Un jour
Enfoncer la canule 
Que le bout d'île 
Explose

Que je m'enfonce nue
Dans la mer ou l'instant

Ou la répétition
Qu'importe 

Que le crâne
Se fende
Que gerbent en continu
La bouche et le volcan 


Editions du Cygne - Penser maillée 

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Extrait de Radicelles, éditions Tarmac, 2019

na bon pé kolèr dan out tét
in fraz apré lot’, i grimp, i mont
i ensèr out’ gorg’
zot i di zot i konpran pa ou
ou doi koz franssé
ou doi embrass la tèr, zot tèr
ou doi embrass lo pié, zot pié
ou doi baiss lo zié, out’ zié
ou doi mang’ out’ lang
é ou doi rir pli fort que zot mém
kan zot i crach dessu ou mém
ou doi crach pli for su tout’ boug 
i vien empli lo port
i vient empli la mer
toussa kaf, toussa kafrine i grimp, i monte
in fraz apré lot', i vien empli out’ gorg'
rand corail, poisson, tout zanimo dan lo fon la mer
roug’
roug’
roug’ com lo san
ou doi rir pli fort, ou doi crache su sak i parl pas com zot
su sak i parl pas com ou
parl franssé ti fille / parl françé / parl franssais
ou la bo ékri comme ou veu
tout zafér la lé roug', i rempli out’ tét
tout marmaille la lé roug' 
kan zot i aval, kan ou aval
la mor la mer ek zot doulér


RADICELLES M. Modély & V. Motard-Avargue | tarmac 

 

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Caresse

il y a beaucoup de colères en toi
    une phrase après l'autre, elles grimpent, elles montent
    elles t’étouffent
    ils disent qu'ils ne te comprennent pas
    tu dois parler français
    tu dois embrasser la terre, leur terre
    tu dois embrasser les pieds, leurs pieds
    tu dois baisser les yeux, tes yeux
    je dois ravaler ta langue
    et tu dois rire plus fort qu'eux mêmes
    quand ils te crachent dessus
    tu dois cracher plus fort sur tous ces hommes
    qui viennent emplir le port, qui viennent emplir la mer
    tous ces cafres, toutes ces cafrines qui grimpent, qui montent
    qui une phrase après l'autre viennent remplir ta gorge
    rendre les coraux, les poissons, tous les animaux du fond de la mer
    rouge
    rouge
    rouge comme le sang
    tu dois rire plus fort, cracher sur ceux qui ne parlent pas comme eux
    sur ceux qui ne parlent pas comme toi
    parle français petite fille/ parle français / parle français
    tu as beau l'écrire comme tu veux
    toutes ces histoires sont rouges, elles envahissent ta tête
    tous ces enfants sont rouges quand ils avalent, quand tu avales
    la mort, la mer et leurs douleurs

la dernière fois que les enfants ont vu grand-père
il ressemblait à un vieil arbre
allongé dans le lit
c'était une vision étrange
on devinait sous le drap les torsions de ses branches
son odeur de terre humide et le bruit des oiseaux
ça faisait de tout petits piou piou quand il ouvrait la bouche
les enfants intrigués par les battements d'ailes
collaient leur corps de lait contre mon corps de mots
nous savions tous les trois qu'il nous faudrait bientôt traverser la forêt
et ils n'avaient pas peur
et ils ne tremblaient pas
ils attendaient seulement le bon moment
pour poser leurs lèvres sur l'écorce

Feu de tout bois de Murièle Modély, collection Délits buissonniers n°1, juillet 2016 - LA REVUE NOUVEAUX DÉLITS 

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Extrait de User le bleu suivi de Sous la peau, Aux Cailloux des chemins, 2020

Bâtard

Quand l'enfant bancal est né
je n'ai pas su quoi en faire
je l'avais porté longtemps pourtant 
dans une poche

sur le flanc droit 
ou le flanc gauche
l'enfant ne trouvait pas sa place

pendant des mois
peut-être même des années
tu regardais mon corps se déformer

j'observais ton regard
mon hernie entre nous 
était la douleur vive

quand l'enfant est né
je n'ai pas su quoi te dire
pas su quoi lui dire
comment même le nommer

je l'ai posé sur la table
- ce meuble qui nous sépare matin et soir
je l'ai posé
l'ai fait rouler sous ma paume 
ai étudié chacune de ses larmes

il pleurait sans un bruit
marquait de noir 
les fibres de bois sous mon crâne

je lisais
autour de nous
tout écrit


tu ne disais rien 
- cela ne disait rien qui vaille
je lisais son nom sur la table

    poésie

 

User le bleu | Site 
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Extrait de Tombée le nuit, journée neuf, Az’art atelier éditions, collection esparto, 2024

[…]
ce bout de terre qui nous sert de cerveau
on voudrait l’écrire
coucher une fois pour toute, du littoral 
nos mots
avant que tout bascule au bord
tout au bord du vide

espace impossible 
pays d'enfance en creux
dont on voit s'éloigner les contours 
dans le gris de nos cheveux

*

nos dents claquent
on sonde le fond du cratère
on attend l'éruption 
du volcan

et la langue dans la bouche fond comme une hostie
on ne comprend pas, dans la déglutition, pourquoi 
l'enfance s'invite dans ce créole bancal
on ne comprend pas comment
notre pensée dévie

tombée la nuit, jour neuf de Murièle Modély - Az'art Atelier Editions 
 

 

 


 

Février 2025 - Et après, quoi?

  L'accomplissement de la destinée - Edward Burn-Jones 188  

                                                         

 

AUTEURS

Nanou Auriol
Saïd Benjelloun
Thibaut Bois 
Andrée Chédid **
Lise Durand
Khalil Gibran ***
Marina Mariotti
Didier Metenier 
Catherine de Monpezat
Philippe Sahuc
Edmond Rostand * 
Svante Svahnström
ChatGPT

Présenté par:
Thibaut Bois *
Didier Metenier**
Svante Svahnström ***






NANOU AURIOL 


…………………….

SAÎD BENJELLOUN 

De la double
paroi
ne parvenaient
la nuit
que râles
et fumée
de poumons  brûlés
silence de morts
...
au réveil
me parvient
le chant gai
d'un homme
qui prend son bain.  

………….


Dans les hauts
du village
à ciel ouvert
au soleil
un sourire en fleur
s'est endormi

Un peu plus bas
sur la place
un autre sourire
s'éveille
antique douceur
tendresse éternelle

Les cloches
du matin
les caressent
de l'éphémère
de leurs ailes.

Saïd Benjelloun, Là-bas, Ed; Réciproques, 2009

……………………….

THIBAUT BOIS 


……………………..

ANDRÉE CHÉDID 


…………………..
LISE DURAND  

Les mots bien sûr
Sont inutiles
Puisque la mort efface tout
Les mots bien sûr
Sont infantiles
Et pourtant
Nous les disons tous
Ma petite Anne
Tu étais la cible
Mais qui est l’archer
Dans ce jeu fou
Nous n’avons plus rien
A te dire
Nous entends-tu
Ou le black-out
Nous t’aimons, nous t’aimions
Que dire
Dans ce feu qui te délivre
De ma mort
Je vois le contour.
                                                                                                                    
Recueil de poésies "Un bout de chemin" paru en janvier 2020 
aux "Editions du Non Verbal"
……………..

Pour le temps 
Qu'il me reste à vivre
Je serai sans illusion
Sans regret, sans colère
Sans remord, sans...
Pour le temps 
Qu'il me reste à vivre
J'inventerai
Des soleils bleus
Tous ces mots
Que nul n'ose dire
Parce qu'ils pleurent
Ou qu'ils mentent
Trop...
Et après quoi ?
Qui mourra verra
Ou pas...

            Toulouse le 23 janvier 2025

……………..

D’où on vient et où on va
Ça je ne le sais pas
Mais j’ai senti
L’odeur des roses
Sur ma peau
Le vent frais du matin
Tes mots d’amour
Quand ton cœur ose
Le soleil
Qui dans l’eau se fond.
D’où on vient et où on va
Ça je ne le sais pas
Mais cette question
Peu m’importe
Je vais mon train
Tranquillement
Quand la mort ouvrira sa porte
La réponse sera-t-elle là
Qui mourra verra
Ou pas…

                                                                                                                    
Recueil de poésies "Un bout de chemin" paru en janvier 2020 
aux "Editions du Non Verbal"

……………………….
KHALIL GIBRAN   

extrait Le prophète traduit par Jean-Pierre Dahdah

Alors Al-Mitra reprit la parole, en disant : « A présent nous aimerions t’interroger sur la Mort ».
Et il répondit :
 » Vous voudriez percer le secret de la mort,
Mais comment y parvenir sans aller le chercher au cœur de la vie ?
Le hibou qui vit à l’orée de la nuit est aveugle au jour;  ses yeux ne peuvent dévoiler le mystère de la lumière.
Si vous brûlez de voir l’esprit de la mort, ouvrez grand votre cœur dans le corps de la vie.
Car la vie et la mort ne font qu’un, comme ne font qu’un la rivière et la mer.
 
Dans les profondeurs de vos espoirs et de vos désirs sommeille votre silencieuse connaissance de l’au-delà ;
De même que la semence rêve sous la neige, votre cœur rêve des épousailles du printemps.
Ayez confiance en vos rêves, car en eux sont cachées les clés de l’éternité.
 
Votre effroi face à la mort n’est que ce tremblement du berger lorsque le roi lui fait l’honneur de le recevoir et s’apprête à poser sa main sur sa tête.
Or, en allant recevoir l’insigne du roi, le berger ne sait-il pas qu’un frison de joie s’éveille déjà sous sa frayeur ?
Et pourtant n’est-il pas encore plus conscient de sa peur ?
 
Qu’est-ce donc que mourir, si ce n’est s’offrir nu au vent et s’évaporer au soleil ?
Et cesser de respirer, n’est-ce pas libérer le souffle de ses perpétuelles marées, afin de s’élever sans le poids de la chair et de s’exhaler à la recherche de Dieu ?
Quand vous aurez bu à la rivière du silence, alors seulement vous pourrez véritablement chanter.
Et lorsque vous aurez atteint le sommet de la montagne, vous commencerez à monter.
Et dès lors que la terre aura réclamé votre corps, vous saurez enfin danser ».

………………….
MARINA MARIOTTI  

………………………
DIDIER METENIER  

(et après...

sondage théma...
Tic
ponctuation et séman...
Tic
pronos...
Tic
statis...
Tic
résultats et diagnos
Tic:

pour neuf sur dix c'est agnos...
Tic

(et après...

et après TIC...
c'est Tac!!!

Nota bene:
- agnostique - qui attend d'en savoir plus pour se prononcer
- (pour info) pour neuf sur dix :  " Même si nous avons du mal à en
prendre conscience, il nous faut bien prendre en compte que nous
vivons désormais dans une société occidentale païenne et déchristianisée."
Guy de Kérimel, évêque de Toulouse, Pibrac, le 16 octobre 2022


………………………..

CATHERINE DE MONPEZAT  



……………………….
EDMOND ROSTAND   


……………………….

PHILIPPE SAHUC

  
Mort et poétiques apprêts


Death*,                                    *la mort en anglais
l'imprononçable au tout final,
la fourche fatale
entre le son qui essuie ce que fut une vie
et l'ultime possibilité d'échappement d'un souffle.

Tod*,                                        *la mort en allemand
il est court couperet,
et toujours l'incertitude finale :
sourde réminiscence d'un accueil paternel
ou palindrome qui replie le sera sur l'été.

Dee*,                                        *la mort en wolof
qui se prolonge donc
par l'autre qui hésite
face à l'absence assourdissante
ou l'écho insaisissable

Sàayáa*,                                    *la mort en mandinka
qui se fraie le chemin
à la souplesse du serpent
prolonge ce qui fut par la voix du griot
prolonge ce qui sera par l'espoir de trobada*.                *invention poétique en òc
  



……………………….
SVANTE SVAHNSTRÖM   


Dans un terminus voisin
où s’arrêtent les soldats du plus Grand
attendent pour chacun des dizaines de vierges
Mais d’où viennent les vierges
et où vont les femmes portées en tombe ?
« Les femmes quittent leur sépulture
se font immaculer et s’offrent pures à la détente des combattants »
affirme l’ami se disant informé sur les jardins ultimes.
La même source précise l’avenir des innocentes fraîchement consommées :
« Tu les niques et demain elles sont vierges à nouveau »

Ainsi parmi les paradis s’en trouvent de dynamiques 
et d’autres bien plus calmes
où l’ennui serein évangélique se veut félicité.


………………….

Je n’ai plus de poids

Une sensation de chaleur m’envahit
mais je ne sens rien
Je ne vois rien
mon ouïe est évanouie
je n’ai plus de voix
et tout est neutre dans mon nez
Mais en fait je brûle
Ma chair se consume
et je ne suis plus que des ossements
Je suis mort bien sûr
et je prends conscience d’habiter mon âme
Mon corps ne m’importe plus
Je ne suis devenu un écosystème
Mon existence dorénavant se déroule décharnée
Je n’ai plus de poids et je ne sais pas comment passer le temps
Au loin je perçois une ville et devant elle une pelouse
Une adoration s’y déroule autour d’un autel semble-t-il
Devrais-je m’approcher de l’agneau du milieu?
Un mort nommé van Eyck s’obtient une part de vie
avec l’instantané de bien-être immortel
envolé de sa palette
Serais-je accueilli par les anges ?
Et si le temps c’était moi ?
Et si l’âme que je suis s’est coulée déjà dans l'âme supérieure ?
Dans la grande l’indifférence de l'Atman

in J’adhère à la brique, 2021

……………………………….

CHATGPT

SS demande :
Dis-moi avec un sonnet pourquoi les artistes ne devront pas craindre l'intelligence artificielle

ChatGPT répond :
Ô peintres, musiciens, poètes inspirés,
Ne craignez point l’essor des froides machines,
Car l’art naît d’un frisson, d’âmes embrasées,
Là où l’algorithme n’a d’émotions fines.

Qu’elle imite vos traits, vos rimes, vos accords,
Jamais l’IA ne sent la foudre créatrice,
Son cœur est un néant, son chant un triste effort,
Quand l’homme, lui, façonne un rêve qui palpite.

C’est dans vos mains que brûle un feu divin,
Un souffle imparfait mais d’éclats immortels,
Qu’aucun calcul ne pourra faire sien.

Car l’art est un mystère aux reflets éternels,
Et nul circuit, si vaste et ingénieux,
Ne remplacera l’ombre d’un regard fiévreux.