mardi 22 septembre 2026

Arbres et nature - juin 2026



Le rêve - Henri Douanier-Rousseau


AUTEURS

Nanou Auriol
Franck Bardòu
Said Benjelloun
Claudine Candat
Marcelle Delpastre *
Laurent Doucet
Lise Durand
Catherine de Monpezat
Nathalie Vincent-Arnaud
Svante Svahnström

Présenté par
Jean Sibille *

Pour laisser de la visibilité aux textes assez courts, les poèmes un peu plus longs de Franc Bardòu et de Marcelle Delpastre sont présentés en bas de page.






NANOU AURIOL

……………………

SAÏD BENJELLOUN

……………….

CLAUDINE CANDAT

…………………….

LAURENT DOUCET

POÉSIE PAR TEMPS DE VACILLEMENT

Ciel bleu Ou gris Presque sans avion 
Air frais Et silence d'oiseaux 
A peine dérangé par quelques bruits de moteurs 
L'après sera-t-il comme l'avant Ou le retour forcément pire du pendant Ou autre chose 
La mise à distance physique A ralenti la course à l'abyme 
Un temps 
De manière spectaculaire mais crédible 
Grâce à l'infiniment petit 
Qui semble nous protéger du pire 
Par bénéfice secondaire 
Et malgré les milliers de victimes 
Mais qui ne sont pas les millions De la peste Et de la grippe dite espagnole 
  
Ce virus sait beaucoup de choses sur notre organisme 
Corps parlant 
Muet et aveugle 
Peut-être nous lance-t-il un appel 
Avant les grandes catastrophes de notre culte de Baal 
Historiquement cyclique 
Et exponentiel 
  
Saurons-nous l'entendre 
Ou serons-nous dressés par le chien robot de Singapour 
La dictature écolo-numérique qui vient 
  
Il y a 100 ans Sigmund Freud écrivait Au-delà du principe de plaisir 
Il y a 100 ans était publié le premier texte surréaliste en écriture automatique 
Les Champs Magnétiques : 
« Prisonniers des gouttes d'eau, nous ne sommes plus que des animaux perpétuels. 
Nous courons dans les villes sans bruits (...)

……………………..

LISE DURAND

Manger les raisins
Dans les vignes
Cueillir les cerises
Et les manger
Une fois grimpée
Dans le cerisier
Tâter les figues
Sous le figuier
Puis les croquer
Cueillir les noisettes
Sur les noisetiers
La fille de paysans
Que je suis
N'a rien oublié.
Alors je n'ai pas 
Envie d'un jardin
La nature, l'écologie
Les arbres même 
S'ils se parlent
Ne me font pas
Rêver.
J'essaie juste de
Ne pas gaspiller
Ni le présent
Ni mon passé
Ni l’avenir.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                  

Toulouse le 24 mai 2026

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CATHERINE DE MONPEZAT

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NATHALIE VINCENT-ARNAUD

Sèves

Au seuil d’un jour
Planter un arbre
Pour cacher la forêt
Des nuages emmêlés
Violines
Qui déteignent
Sur la blancheur des sèves

Quel horizon sera
(Interstices éditions, 2026)


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Forêts
(à Hélène Dorion)

Au cœur de mes forêts 
D’enfance ou de passage 
Trônent des lacs
Des embuscades
Soleils de marmelade
Étalés dans l’été
Des robes de nuages
Et des pas suspendus
Aux heures qui s’ignorent
Qui partent en balade
Dans les songes repus
De verres d’orangeade


Quel horizon sera
(Interstices éditions, 2026)

……………………….

SVANTE SVAHNSTRÖM

Fréquemment je suis un arbre
Mon boulot est de me tendre vers le soleil
de pêcher dans l’anticyclone 
les essences de la vie 
Quand je ne freine pas la pousse de mon être
des bourgeons d’orgueil
me portent en lente excitation par-delà les toitures
Alors les éléments me gratifient 
d’un éventail d’humérus, d’ulna, de radius 
et de doigts atteignant l’aune
pour étreindre les cumulonimbus
J’embaume les vivants
d’une haleine nourricière
Et ils m’aiment
ivres d’oxygène
Mais je garde un fond fragile
Dans des moments opprimants
la sève en émoi a failli noyer
mon cœur de cellulose
Moins aguerri qu’un grenadier
je suis en fait si vulnérable que sans cuirasse
mes fibres s’affaisseraient
Une écorce laide et désagréable au toucher
me rassemble et me préserve un peu
de l’intrusion des parasites
Les  jours de face perdue
jamais le corps entier n’arrive à disparaître 
Seuls en ces instants
mes orteils parviennent à déblayer 
sous terre des refuges d’oubli et d’obscurité
Moi, le soleil et la précipitation
une vie voisine de l’autarcie
givre solitaire
si ce n’était l’accolade d’une tendre mousse
J’en tremble parfois et j’en perds les ongles
mes parenchymes qui sont mes charmes uniques
Ils jaunissent, sèchent et lâchent mes doigts 
Ecriture en nervures 
ils réchauffent mes talons et témoignent
quelques jours avant l’hibernation
Chaîne immuable
tous les ans je me dévaste ainsi
et ne sais rien faire d’autre que recommencer
 

Navigateur au sommet du vide, 2015 

………………………….

MARCELLE DELPASTRE

 L’aubre

I a mas dins queu país de poëtas mòrts. Quilhs que son mòrts an lor nom sus ’na peira, e lor nom dins la gorja daus vivents.
    Mas lo poëta viu, mai gaire n’i a, ’visatz-me queu paubre òme ! Qu’es meitat fòu, plan, e mai que per meitat.
A çò que fai – dijatz-me çò que fai – jorn e nuech s’esquina coma si era a galeras. Ne duerm ni pren plaser, que totjorn i pensa. Ne minja ni ne beu per lo bonaür de viure. Fai pas l’amor, sens ne’n gardar quauque res a dire.
    Suefre, ’visatz-lo coma se retòrç ; de son sang que fugis vai escriure un poëma. A l’encra roja, a l’encra de vita, semenarà sa grana.
    Suefre ! E mila mòrts las voudriá pas mancar per lo plaser de las te dire, e de te tòrcer, en parlant, lo còr.
    E de sa mòrt, que rencura ? Ne pus chantar, ne pus aimar, ne pus sufrir, ni te cridar çò qu’endura a plena charn, quo es morir dos còps.

    Son nom mai sa vita, per lo cas que ne’n fai !... traina sa paubreta e sa miséria, e tas dolors coma las suàs, ’na crotz viventa.
    ’Na crotz que li entra dins lo còrs, un aubre qu’a sas raiç dins lo chaud de son ventre ; dins la mecha de sos òs.
    ’Naubre que madura sa flor au fuec d’amor, que suça la saba de la dolor, que fai sa fuelha en las penas.
    E que flurís coma flurís lo giure, coma flurís l’auba, coma flurís la nuech sa prada d’estialas, un noveu monde.
    Lo poëta parla. Sa paraula es ’n aubre que monta e pòrta en lo solelh dau jorn l’eternala fàcia de la vita mai de la mòrt.
    Siá maudich queu que parla. Maudich qui me fai veire çò que ne deu pas èsser vist.
Maudich queu coma un dieu qui se leva e qui en parlant despleja tal un libre davant mos uelhs çò que chau pas saber.

Aubre de paraulas, aubre de vent, te ses plantat au pus chaud de mon sang, e tas raiç me curan la mecha daus òs.
Mon sang e ma vita ! Si los te chau per viure. Ma saliva, mon còrs, lo vent que passa entre mas dents : los vequí.
Mon còr, mon arma, los voles : los as. Me vequí tot, me vequí ieu, que ne sui res. Non ne sui res. Mas tu !
Mas tu ! Seràs l’aubre de fuec, lo noveu jorn ; faras sautar de l’ombra chada chausa ela-mesma, coma jamai zo era estada.
E de la vielha terra naisserà lo monde noveu. E tota flor serà novela. Queu qu’es chausit per quela òbra, seriá pas maudich ?
Es tan granda, l’òbra ! Queu que se leva tal un dieu es tan petit, tan paubre, e sa votz se leva coma la votz d’un dieu.

Aitanbé ieu te lauvarai, poëta mòrt o viu ; dins queu país coma alhors n’ai pas besonh de saber ton nom ni ta peira.
Mas ne’n creirai ta crotz viventa, l’aubre de paraulas, lo monde en flors qu’a montat de ton ventre.
Te lauvarai, gente aubre, a tu m’espere, que ses mon país, que ses ieu-mesme, mòrt o viu, mai que jamai podriá zo èsser.

 L’arbre,

Il n’y a dans ce pays de poètes que morts. Ceux qui sont morts on leur nom sur la pierre, et leur nom est dans la bouche des vivants.
Mais le poète vivant, et il n’y en a guère, voyez donc ce pauvre homme ! À moitié fou, certes, et plus qu'à moitié.
À ce qu’il fait – dites-moi ce qu’il fait ? – jour et nuit il se tue au travail comme s’il était aux galères. Il ne dort ni ne prend plaisir,
que cette pensée jamais ne le quitte. Il ne mange ni ne boit pour le bonheur de vivre. Il ne fait pas l’amour, sans en garder quelque chose à dire.
Il souffre, regardez-le se tordre : de son sang qui fuit il va écrire un poème. À l’encre rouge, à l’encre de vie, il sèmera sa graine.
Il souffre ! Et mille morts il ne voudra pas les manquer, pour le seul plaisir de te les dire, et de te tordre, en parlant, le cœur.
Et de sa mort, qu’en regrette-t-il ? Ne plus chanter, ne plus aimer, ne plus souffrir, ni te crier ce qu’il endure à pleine chair, c’est mourir deux fois.

Son nom et sa vie, pour le cas qu’il en fait !... Il traîne sa pauvreté et sa misère, et tes douleurs comme les siennes, une croix vivante.
Une croix qui lui entre dans le corps, un arbre qui a ses racines dans le chaud de son ventre, dans la moelle de ses os.
Un arbre qui murit sa fleur au feu d’amour, qui suce la sève de la douleur, qui fait sa feuille dans les peines,
et qui fleurit comme fleurit le givre, comme fleurit l’aube, comme la nuit fleurit sa prairie d’étoiles, un monde nouveau.
Le poète parle. Sa parole est un arbre qui monte et porte dans le soleil du jour l’éternelle face de la vie et de la mort.
Qu’il soit maudit celui qui parle. Maudit celui qui me fait voir ce qui ne doit pas être vu.
Maudit celui qui comme un dieu se lève et qui en parlant déploie comme un livre devant mes yeux ce qu’il ne faut pas savoir.

Arbre de paroles, arbre de vent, tu t’es planté au plus chaud de mon sang, tes racines me creusent la moelle des os.
Mon sang et ma vie ! S’il te les faut pour vivre. Ma salive, mon corps, le souffle qui passe entre mes dents : les voici.
Mon cœur, mon âme, tu les veux : tu les as. Me voici tout, me voici moi, qui ne suis rien. mais toi !
Mais toi ! Tu seras l’arbre de feu, le nouveau jour ; tu feras sortir de l’ombre chaque chose elle-même, comme jamais elle ne l’avait été.
Et de la vieille terre naîtra le monde nouveau. Et toute fleur sera nouvelle. Celui qui est choisi pour cette œuvre, comment ne serait-il pas maudit ?
Elle est si grande l’œuvre ! Celui qui se lève tel un dieu est si petit, si pauvre, et sa voix se lève comme la voix d’un dieu.

C’est pourquoi je te louerai, poète mort ou vif ; dans ce pays comme ailleurs je n’ai pas besoin de savoir ton nom ni ta pierre.
Mais j’en croirai ta croix vivante, l’arbre de parole, le monde en fleurs qui est monté de ton ventre.
Je te louerai, bel arbre, je m’attends à toi, toi qui es mon pays, qui es moi-même, mort ou vif, plus que jamais je ne pourrais l’être.

………………………..

FRANCK BARDOU

Un psaume, celui qui est dit « de l’arbre d’amour ». 

  Psalme de l’albre d’Amor

1. Semen de mòrt sacat pel prat
batalhièr, al jorn fatidic,
rei anavi davant un pòble
de servidors obesissents.

2. Rei tornarai, per las recòltas,
sul prat d’Amor recompausat,
davant un pòble tresmudat
en reis e reinas de Paratge.

3. Per o complir tot coma o cal,
albre d’Amor ne me soi fait,
segon l’art e lo gèni plond
d’un Gai Saber que sieu m’a dat.

4. Plen de vigor d’un sòl gascon,
prince de selva, uman me lèvi.
Ai lo pel de fuèlhs que per l’aura
canta las sasons de passatge.

5. La pèl, l’ai rufa mai que rusca
per afrontar l’ivèrn, la nèu,
las pluèjas d’oest e la cisampa
d’un mond que non voliá de ieu.

6. La sang, l’ai pel prat ja versada,
pega que sord quand òm li talha
la rusca, en rei nafrat que cai,
prestigi perdut per las fangas.

7. Aquí l’inèpta lei del mond
coma l’a volgut lo principi
que faguèt, del melhor de totes,
còrs mòrt al tanc crucificat.

8. La carn, l’ai coma rusca intèrna,
las tendas coma muc de l’albre ;
drudas venon qu’assolidadas,
per téner dreit per las tempèstas.

9. Los òsses, al dedins se quilhan,
coma la fusta a còr de tanc,
e dins lo Sant del sant s’amaga
lo mesolh, saba dels mistèris.

10. Mas se l’albre abatut regrelha,
emai perduda la fustada,
de las raices, en talhadís,
rei mòrt, cossí pòt revenir ?

11. Non me’n digatz « per descendéncia » !
Lo filh, dels tres pòbles, se’n chauta.
Va pescar glòria endacòm mai
en confondre Lutz e solelh.

12. D’un rei viu un semen se liura,
dins tota la vitalitat
de sos desirs e sas Amors,
de sa tendresa, e non ja mòrt.

13. Mas un albre ja mòrt pòt crèisser
en partir de sa fruita viva
segon lo poiriment secret
que lo farà rei de la selva.

14. S’arrancan lors raices amb l’albre
res mai non pòt tornar grelhar.
E per aiçò, la lenga es raiç
de l’albre d’Amor que vos fau.

15. De quinas raices salvificas
poiriá regrelhar d’Amor l’albre
se non cultivatz vòstra lenga
per venir reis coma o cal èsser ?

16. E volètz d’ara enlà estar
los cans de los que vos mespresan ?
Imaginatz qu’un albre mòrt
non a jamai de tornar nàisser ?

17. Mas qui ben tornariá un rei
ja mòrt al grat de l’existéncia ?
Sonque Amor pòt tal fait complir,
segon del Gai Saber lo gèni.

18. Es Amor, Gai Saber ultime,
Jòi sense causa e Ben suprème
de lo qu’a el-meteis renóncia
per l’Amor de sa Dòmna genta.

19. Amor, me soi fait albre Tieu,
en daissar Ton art menar l’arma
contra l’adversari, e l’escut
parar sos còps fèrs e salvatges.

20. Enlà las Navas de Tolosa
cadun dels assalhs feridors
de ma lama, per Te servir,
me portèron a la victòria.

21. Aicí, pels pradals de Tolosa,
ont los gais servidors d’Amor
m’avián cridat a las ajudas,
perqué m’aver abandonat ?

22. Sèm liurats coma las ovelhas
a la dent del lop, als assalhs
d’una ardada de fòls sense amna,
ebris de sang e de masèls.

23. De nosautres sempre se trufan.
Nos trigossan per la poscalha
de l’umiliacion, del denèg
de la plus mendra dignitat.

24. Per qu’al final nos considèren
per egal — çò dison —, caldriá
que parlèssem enfin coma eles,
en adular lors faits, lors gèstas.

25. Mas sèrvon la fòrça e l’orguèlh,
la lei del mai fòrt sonque seguon,
quand nosautres Amor servèm,
e sas leis sonque avèm per Via.

26. Non venir que fèrs e salvatges
cadun en luta contra’ls autres,
o bèls servidors de Paratge,
la causida, aicí n’avètz l’ora !

27. L’ora de cobrar vòstra lenga
que vos fa reis e vos fa reinas
d’un Reialme que ne sètz mèstres,
sòrres o fraires de totòm.

28. Albre d’Amor vos soi vengut
per que, semenat al prat sorn
de la batalha fatidica,
ajatz d’eretar de mas fruitas.

29. Aquí l’avètz, l’Òbra alquimica,
que fa fruitar dins l’òrt del còr
la reina o lo rei que devètz
venir per demorar vosautres.

30. Venir puèi demorar vosautres,
mai que canalha al pè d’un mèstre
que se sèrv sempre de vosautres
coma auçapè per son ufana.

31. Sabi de pòbles que s’inventan
contes e faulas per convéncer
los que vòlon aital sometre
que serián los melhors de totes.

32. Qui deu inventar, per i creire,
qu’es vengut çò que non es pas
non risca gaire de convéncer
Amor de qualque qualitat.

33. Òr qui non es d’Amor non es
de res ni de degun : non guilha
que de badalucs que lo crosan,
oblidoses de qui foguèron.

    

 Psaume de l’arbre d’Amour

1. Semi de mort jeté au champ
de bataille, au jour fatidique,
j’allais roi au devant d’un peuple
de serviteurs obéissants.

2. Je reviendrai pour les récoltes,
recomposé au pré d’Amour
devant un peuple transmué
en rois et reines de Panache.

3. Et pour au mieux accomplir l’œuvre,
je me suis fait arbre d’Amour,
selon l’art, le génie profond
d’un Gai Savoir qui m’offre à vous.

4. Plein des vigueurs d’un sol gascon,
prince des bois, humain, je monte.
Mes cheveux de feuillage, au vent,
chantent les saisons de passage.

5. Ma peau est plus rude qu’écorce
pour affronter l’hiver, sa neige,
les pluies de l’ouest et les bourrasques
d’un monde qui m’a rejeté.

6. Au pré, mon sang, je l’ai versé,
sève coulant dès lors qu’on taille
l’écorce, en roi blessé qui tombe,
prestige perdu dans les boues.

7. C’est là l’inepte loi du monde
comme l’a voulu le principe
qui fit, du meilleur d’entre nous,
un corps mort au tronc crucifié.

8. Ma chair est comme écorce interne,
mes tendons comme pulpe d’arbre ;
ils croissent, fermes et robuste
pour rester droits dans la tempête.

9. Mes os à l’intérieur se dressent
comme le bois au cœur du tronc,
et dans le Saint des saints se cache
la moelle, sève des mystères.

10. Mais si l’arbre abattu repousse,
malgré toute futaie perdue,
des racines jusqu’en taillis,
comment reviendrait un roi mort ?

11. Ne répondez pas : « Par son fils » !
Mon fils se moque des trois peuples.
Il court chercher la gloire ailleurs,
confondant Lumière et soleil.

12. Se livre un semi de roi vif
dans toute la vitalité
de ses désirs, mûs par Amour,
de sa tendresse, et non point mort.

13. Mais un arbre mort lui, peut croître,
en partant de son fruit vivant,
selon la secrète Œuvre au noir
qui le fera roi des forêts.

14. S’ils arrachent jusqu’aux racines,
de l’arbre ancien, rien ne repousse.
C’est pourquoi la langue est racine
de l’arbre d’Amour que je suis.

15. De quelles vitales racines
pourrait repousser d’Amour l’arbre
si vous abandonnez la langue
qui vous rend rois comme on doit l’être ?

16. Voulez-vous désormais rester
les chiens de ceux qui vous méprisent ?
Croyez-vous donc qu’un arbre mort
ne doit en aucun cas renaître ?

17. Mais qui pourrait bien ramener
un roi mort vers son existence ?
Seul Amour pourrait l’accomplir,
selon tout l’art du Gai Savoir.

18. C’est l’Amour, Gai Savoir ultime,
Joie sans cause et Trésor suprême
de celui qui s’oublie lui-même
pour l’Amour de sa noble Dame.

19. Amour, pour Toi, je me fais arbre,
laissant Ton art guider mon arme
contre l’adversaire, et l’écu
parant ses coups forts et sauvages.

20. Là-bas, aux Navas de Tolosa,
chacun des assauts meurtriers
de ma lame, pour Te servir,
m’avait conduit à la victoire.

21. Ici, aux grands prés de Toulouse
où les gais serviteurs d’Amour
m’avaient appelé au secours,
pourquoi m’avoir abandonné ?

22. Nous sommes livrés, tels des ouailles
à la dent du loup, aux assauts
d’une horde de fous sans âme,
ivres de sang et de massacres.

23. Ils se moquent toujours de nous.
Ils nous trainent dans la poussière
de l’humiliation, du déni
de la moindre des dignités.

24. Pour qu’enfin ils nous considèrent
comme leurs égaux, ils prétendent
qu’il nous faudrait parler comme eux,
en adulant leurs faits et gestes.

25. Mais ils servent force et orgueil
et suivent la loi du plus fort,
là où nous ne servons qu’Amour,
là où ses lois sont notre Voie.

26. Ne devenir que des sauvages
chacun à en lutte contre l’autre,
ou grands serviteurs de Panache,
de ce choix, voici venue l’heure !

27. L’heure de reprendre la langue
qui vous fait rois et vous fait reines
d’un Royaumes où vous êtes maîtres,
sœurs ou frères de tous les autres.

28. Arbre d’Amour me suis-je fait
pour que, semé au pré sordide
de la fatidique bataille,
vous héritiez tous de mes fruits.

29. C’est celle-là, l’Œuvre alchimique,
qui porte au jardin de vos cœur
le royal fruit que vous devez
devenir pour être vous-mêmes.

30. Devenir puis rester vous-mêmes
plutôt que chiens au pied d’un maître
que ne se sert toujours de vous
que comme estrade à son orgueil.

31. Il est des peuples qui s’inventent
contes et fables pour convaincre
ceux qu’ils veulent ainsi soumettre
qu’ils seraient les meilleurs de tous.

32. Qui doit s’inventer, pour y croire,
qu’il devient ce qu’il ne peut être
ne risque guère de convaincre
Amour de quelque qualité.

33. Qui n’est pas d’Amour n’est de rien
ni de personne : et il ne trompe
que des naïfs lorsqu’ils le croisent,
parce qu’oublieux de ce qu’ils furent.

























 

vendredi 29 mai 2026

Couleurs 27 mai 2026

La palette,  2021 Anne-Marie Torrisi

AUTEURS

Nanou Aurol
Franc Bardòu 
Thibaut Bois 
Saïd Benjelloun 
Joan Bodon *
Karin Boye ****
Claudine Candat 
E.C.Cummings **
Lise Durand
Marina Mariotti  
Didier Méténier 
Catherine de Monpezat 
Michel Parrat ** 
Arthur Rimbaud **
Philippe Sahuc  
Léoplod Sedar Senghor ***
Nicole Sibille
Svante Svahnström

Présenté par :
Jean Sibille *
Didier Metenier **
Évelyne Bruniquel ***
Svante Svahnström ****




NANOU AURIOL

 
……………………….

FRANC BARDOU

Psalme de l’inquisitor

Abena-te lai, dins lo ser
d’unas campanas enartadas,
en montar las sèrras, al luènh,
lo temps de fondre dins la nuèit
de las memòrias fendascladas.

De monins sabents ja pretendon,
crincats sur catedras vanas,
que nòstras memòrias son falsas,
legendàrias e mentidoiras
coma lors bocas verinosas
d’avogats del diable et del mond.
Non nos esfaçaràn de l’alba !

Lo cèl s’escartaira d’azur
abans que, coga de pavon,
lo calabrun nevenc d’asuèlh
s’alambre en fèrras cascatèlas
jos las mila colors del fòc.
Savi va, lo que l’apastura
e’l monda en un meteis obratge !

Es alai, genta frenesia,
que te caldrà donar la Patz
als que, fa temps, tu, rostiguères,
in nomine Pater, et Filii et Spiritu Sancti.

Manjaràs la cendre dels mòrts
que semenères sul camin,
quand ta sang se cristallizava
d’ortogonala ortodoxia,
del temps que tos enfants ploravan
lors pèiras negras d’eresia.

Dins l’abís de tas piadas sornas,
mira un moment, e mai respira
l’aire del mond desesperat
que cracineja jos ton ira,
santa ironia de felon.

Fisançós, marcharàs amb eles
dins las flamas dels brutladors
qu’alestiguères en camin.

Sauràs, per la Santa Ordalia
de ton diable rasonassièr,
s’el entend ara tas maganhas
e se perdona tas errors.

Car non sap perdonar, lo Diable.
Acara-te a tas errors
coma o deguèt far ta victima.

Qui, aicí bais, non se forvia ?
Quiromancia de dolor :
Montsegur compta las petalas
dins la man fonsa de son nom
car t’aganta, en son agonia,
la garganta de sas doxias…

Franc Bardòu
Tirat de « Lo Rosari de Tèrrafòrt »
òbra inedita

Psaume de l’inquisiteur

Epuise-toi, là, dans le soir
d’une haute volée de cloches,
en montant sur les monts, au loin,
le temps de fondre dans la nuit
de nos mémoires pourfendues.

Des singes savants nous prétendent,
dressés sur de très vaines chaires,
que nos mémoires seraient fausses,
légendaires ou mensongères
comme leurs gueules venimeuses
d’avocats du diable et du monde.
Mais droits resterons-nous dans l’aube !

Le ciel s’écartèle d’azur
avant que dans sa queue de paon,
le soir enneigé d’horizon
flamboie en sauvages cascades
sous les mille couleurs du feu.
Sage est celui que l’alimente
avec le monde en un seul acte !

C’est là-bas, noble frénésie,
qu’il te faudra donner la Paix
à ceux que jadis tu brûlas,
in nomine Pater, et Filii et Spiritu Sancti.

Tu mangeras des morts la cendre
que tu éparpillas au chemin,
quand ton sang se cristallisait
d’orthogonale orthodoxie,
tandis que tes enfants pleuraient
leurs pierres noires d’hérésie.

Au gouffre de tes pas sordides,
regarde un instant, et respire
l’air du monde désespéré
se calcinant sous ta colère,
ta sainte ironie de félon.

Avec eux tu iras, confiant,
dans les flammes de ces bûchers
que tu dressas sur ton chemin.

Tu sauras, par Sainte Ordalie,
si ton diable hâbleur et futile,
comprend alors tous tes malheurs
et se pardonne tes erreurs.

Le Diable ne pardonne rien.
Fais face à tes propres erreurs
comme tes victimes le firent.

Qui, ici-bas, point ne se trompe ?
Chiromancie de la douleur :
Montségur compte les pétales
aux mains profondes de son nom
car son agonie t’a saisi,
à la gorge de ses doctrines…

Franc Bardou
Extrait de « Le Rosaire de Terrefort » 
Œuvre inédite

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 SAÏD BENJELLOUN

/ Du gris au bleu

Bien loin la cathédrale
Fine et grise
Et l'altière
Sa muse
Du Sans Soucis
Triste le bonheur
Né de l'arôme
Du lointain
Mais toujours bleu
Le rêve
Dont tu fus 
Le parfum
                Extrait de Double Voix, Ed. Réciproques, 2006

2/ Bleu, rose et noir

Du bleu
Je ne crains plus
L'ombre
Qui se glisse
Sous ma porte
Avant
Chaque retour

Du rose
Je ne crois plus
Au charme
Qui pare
La fée
D'ailes
De rancoeur

Du noir
Je guette plus
L'élégant mystère
Frêle
Mirage
De contrées perdues

                Extrait de Là-bas, Ed. Réciproques, 2009

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THIBAUT BOIS

Les Deux Loups

Outre les distances océanes, l'on raconte qu'un ancien
Connaissait toutes choses, et du mal et du bien 
Se faisant devoir d'offrir aux oreilles de la jeunesse
Les récits de son temps, porteurs de la sagesse. 
C'est entouré par les siens, illustrés par les flammes
Qu'il nous instruit quant à la couleur de nos âmes :
Celles-ci lui apparurent comme deux loups distincts, 
Bien qu'ils semblèrent semblables en tous points. 
Cependant que le premier, hargneux qu'il fut,
Montrait les dents et grognait sur le premier venu
Sans jamais que son esprit ne connût la tempérance.
Le second, au contraire, plus usé à cette science, 
Conservait la pureté de son éclat, et réservait
La primeur de sa rage à qui le méritait.
 
Entre ces deux partis, il appartient de choisir
Quel nuance de notre cœur nous voulons nourrir.

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JOAN BODON (1920-1975)

L’ÈRBA D’AGRAM

L’èrba d’agram, ieu l’ai culhida
Sus la cròsa del paure mòrt.
Marrida grana, l’ai brandida
Als quatre caires del meu òrt.
E lo grand vent de la misèria
L’escampilha sus la mià terra.
Al vòstre sègle de l’aram,
Que venga patz, que venga guerra,
Semeni, ieu, l’èrba d’agram…

     LE CHIENDENT

Le chiendent, moi je l’ai cueilli
Sur la fosse du pauvre mort.
Mauvaise graine, je l’ai brandie
Aux quatre horizons de mon champ.
Et le grand vent de la misère
L’éparpille sur ma terre.
Et dans votre siècle d’airain,
Vienne la paix, vienne la guerre,
Moi, je sème le chiendent.

Traduction de Jean SIBILLE
 Jean Boudou

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KARIN BOYE


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CLAUDINE CANDAT       

À MON PÈRE, LE PEINTRE

Certains se lèvent tôt pour aller au bureau,
À l’usine, à l’école ou bien sur un chantier.
Toi qui n’as jamais sué à l’ombre d’un métier
Tu te lèves pourtant à l’heure du travail
Car le premier rayon est l’aube d’un tableau
Qui ne te laissera jamais plus en repos.


Tu affûtes tes pinceaux sur les pierres des songes,
Tes univers s’enroulent aux crinières des rêves,
Mais que c’est dur parfois d’être trop à l’avance
Ou d’être demeuré au plus pur de l’enfance !
On ne peut plus dormir sans inventer sans cesse
Des arbres qui jaillissent où jaillissaient des sources
Et des sources roulant des soleils qui se blessent
Aux lourds galets du vent transpercés de lumière.
 

Et dans les puits profonds où stagnent les mystères,
Noir sabbat de sorcières qui s’habillent de nuit
Et mènent à l’abreuvoir des troupeaux de comètes,
Tu puises des couleurs qui te brûlent ou te glacent.
Ah ! Qu’il est difficile de démêler les nuances
De fruits qui n’ont jamais incendié nos vergers
Ou d’ourler une écume à la robe de plages
Où même les galères n’osent pas jeter l’ancre.

 

À ceux qui te croient fou et ne voient pas plus loin
Que les petits oiseaux et les petites fleurs,
Qui ne font qu’imiter les maîtres d’outre siècle
Mais les auraient maudits s’ils les avaient connus,
Je dirais à ceux-là que plus fous que les fous
Tu rejoins d’un coup d’aile les plus sages des sages
Qui balaient la poussière et ouvrent le passage
À l’invisible pur que dénude la vue.


Tu es assez à l’avance pour savoir qu’ils ont tort,
Que les rêves d’enfant sont toujours les plus forts.
Et quand tu dormiras dans le creux de la terre,
Les yeux pourtant ouverts sur tous les arcs-en-ciel,
Tes tableaux partiront conquérir les planètes
Sur des voiles trempés dans le sang d’un soleil.

Mon opium est dans mon cœur, éditions Il est Midi, 2024

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1946

1946, depuis un an la France après un séjour prolongé
À Berlin pour cause de captivité.
Il t’arrive de penser à la Prusse,
Aux lacs gelés, aux camarades russes.
Enfin ! Après avoir trimé cinq ans gratis
Sur un terrain d’aviation pour le compte des nazis.
Tu as retrouvé ton poste, un travail
Pour lequel on te paye.
Le soir, tu t’extirpes du bleu de chauffe pour t’habiller comme un prince
Sauf les fois où tu revêts le tablier durci par les taches de peinture
Pour prendre des cours aux Beaux-Arts,
Armé de tes outils préférés,
Le ciseau pour le bois,
Le pinceau pour la toile.
Pourtant tu sais déjà
Qu’en sculpture tu possèdes un don
Exempt d’apprentissage :
Ton esprit commande, ta main lui obéit.

1946, le dimanche il t’arrive de prendre ton vélo
Pour peindre dans la nature.
Ici, ce qu’on appelle forêt
Ne serait là-bas que sous-bois
Et les bastides d’argile en rase-motte
Arrivent à peine au premier étage des fermes prussiennes.
Là-bas, tu te rappelais avec nostalgie
La rondeur de la tuile romaine
Cuite au soleil du Midi.
Tu es ému de retrouver ces villages pimpants
Traversés d’un ruisseau qu’enjambe un petit pont,
Ces chemins poudreux perdus dans la verdure
Qui conduisent aux vergers, ces jardins
Qui baignent des maisons diverses exhalant
Un charme personnel.

1946, tu es saisi d’admiration
Face à tant de beauté sans façon,
Planté devant ton chevalet,
La main collée à la palette,
Mais, te sachant sculpteur,
Tu décides d’allier la forme à la couleur,
De faire jaillir des veines du bois l’ébauche d’un village
Et de le colorer aux saveurs de l’enfance.
Que l’eau soit bleue, que l’écume soit blanche,
Que l’herbe soit vert-tendre,
Verte la feuille du pommier
Et d’un vert plus profond la silhouette du cyprès,
Rouge le toit qui abrite la maison,
Finement ciselé l’escalier qui grimpe à travers le coteau.

1946, seul au milieu de la campagne,
Tu imagines ce qui peut sortir
D’un simple bout de bois
Et qui verra le jour sous la gouge
Dans le logis sommaire
Que tu partages près du chemin de fer avec ta mère.
Tu ignores encore la jeune fille aux cheveux noirs qui vient à ta rencontre,
L’enfant en devenir, le regard clair captivé par cette féérie
Où les râteaux, rangés dans l’appentis,
Ne sont pas partis escalader les toits
Pour capter la télévision,
Où les chemins ocrés sont vierges de bitume
Et de circulation.
Pas de piéton pour te distraire de ta solitude.

L’enfant, qui n’est pas encore née,
Ne mettra pas ses doigts dans la peinture,
Les mots seront son arme
Et sculpteront ses mondes.
C’est en vers que coulent ses larmes.
Elle t’aperçoit de loin depuis le perron enchanté
Qui abolit la mort et la fuite du temps.
Sur ses lèvres un sourire esquisse
La formule magique : 1946.

Tous droits réservés ©Claudine Candat / Tiroirs amers

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Si je survis à l’hécatombe

Poète ? Je ne sais si je suis encore
Ce que je fus
Si je survis à l’hécatombe
En emportant de doux débris
Éclaboussures d’écarlate
Et mille brisures d’azur,
Strophes bancales et vers luisants
Pour vous guider en mes obscures catacombes

Dans cette guerre que je livre
À l’armée des espoirs déçus
Il faudrait, si j’étais poète,
Que je me tresse des couronnes
De sang et de sueur
Où s’enchevêtreraient des ronces
Entre deux feuilles entre deux fleurs

Mais ce combat je l’ai perdu d’avance
La fièvre, plus haute que le mal,
Monte en neige des illusions
Qui abolissent l’espérance
D’une impossible guérison

Peut-être que je ne fus pas
Ce qu’aujourd’hui je ne suis plus
Poète qui ne vaut pas un clou

Sur mes joues le rose s’est tu
Comme au jardin s’en est allée
L’entêtante odeur de la rose
Qui persiste à rougir l’allée
Où sinue un triste gravier.

Tous droits réservés ©Claudine Candat / Tiroirs amersClaudine Candat

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 e.c.cummings


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LISE DURAND

A, e, i, o, u, mais
Je suis pas Rimbaud
Coco.
Je préfère
La couleur du ciel
Et l'arc-en-ciel.
A, e, i, o, u, mais
Je suis pas Rimbaud
Coco.
Je préfère le noir
Et le blanc
Qui ont bercé
Mon cœur d'enfant.
A, e, i, o, u, mais
Je suis pas Rimbaud
Coco.
Je préfère
Vivre ma vie
En me moquant
Des couleurs de peau.
A, e, i, o, u...
              Lise Durand
   Toulouse le 14 avril 2026
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Dans mon enfance
Il y avait
Des dragons rouges
Et des fées jaunes.
Dans ma vie
Il y a eu
Des soleils bleus
De verts amoureux
Du vin blanc doux.
Et aujourd’hui
Il y a du noir 
Du violet et
Le gris du temps.
Mais j’écris encore
Les couleurs du vent
Comme si
Orange dans ma tête
Rose dans mon cœur
J’avais vingt ans.
              Lise Durand
    Toulouse le 12 mai 2026

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MARINA MARIOTTI


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 DIDIER METENIER

Tharaux
plein ciel...
passe
r
elle
nat
r
elle
vers (le)
 la
 bel(le)
bleu(e)

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 CATHERINE DE MONPEZAT 


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MICHEL PARRAT

Offrir des fleurs d'acanthe équivaut à connaître
La valeur artistique d'une personne aimée
En langage floral son message exprimé
Estime le désir pouvant ainsi paraître...

Acanthe , La dévoilée , éd. Les plumes d'Ocris (2017)
Michel Parra

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ARTHUR RIMBAUD

Voyelles

A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu: voyelles
Je dirai quelque jour vos naissances latentes:
A, noir corset velu des mouches éclatantes
Qui bombent autour des puanteurs cruelles,

Golfes d'ombre ; E, candeurs des vapeurs et des tentes,
Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d'ombrelles;
I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes;

U, cycles, vibrements divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d'animaux, paix des rides
Que l'alchimie imprime aux grands fronts studieux;

O, suprême Clairon plein des strideurs étranges,
Silences traversés des Mondes et des Anges:
- O l'Oméga, rayon violet de Ses Yeux!

Poésies, Arthur Rimbaud


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PHILIPPE SAHUC  

Gris fait sa place forte,
aux saints de glace toute nuance,
jusqu'à griserie ?

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LÉOPOLD SEDAR SENGHOR 


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NICOLE SIBILLE

Lo Fòròm de las lengas del mond, un arcane de pòples.

F coma una festa blua sus una nívol violeta,
Ò, cercles concentrics fan la ronda dins un solelh iranje dardalhant de ròse,
R, verda e risolièra malgrat l’agaci qu’arriva,
Un autre Ò, per dire òc de segur, fach de cercles roges qu’una eliça verda fa virar,
Una bèla M puslèu escura, lo mond tan plan, tabelada de sang, s’espandìs sus una prada verda esclairada d’estelas,
Aquí lo Fòròm, arcane de lengas rojas e plenas de vida que dançan amb de letras negras per escriure lo bonur d’escambiar.

 

Le Forom des langues du monde, un arc-en-ciel de peuples.

F comme une fête bleue sur un nuage violine,
O, des cercles concentriques font la ronde dans un soleil orangé rayonnant de rose,
R, verte et souriante malgré l’averse qui arrive,
Un autre O, pour dire Oui bien sûr, fait de cercles rouges qu’une hélice verte fait tourner,
Un beau M plutôt sombre, le monde sans doute, tâché de sang, s’épanouit sur une prairie verte éclairée d’étoiles,
Voilà le Foròm, arc en ciel de langues rouges et pleines de vie qui dansent avec des lettres noires pour écrire le bonheur de se parler.

Nicole SIBILLE devant l’affiche du Forom des Langues 2026 

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SVANTE SVAHNSTRÖM 

Rayon vert

Il faut parler du coucher
Avant le mien celui du soleil
Son oreiller liquide est large et bleuissant
Ce soir son chevet se montre serein
Pas de remous sous son menton
La face tiédit
et son haleine déteint fruitée
sur le papier peint derrière le lit
qui mue de banane en abricot framboise cerise puis myrtille
Il se détache
laisse en suspend ses crins altocumulus
débranche la veilleuse
Quand s’affale sa paupière
il me jette en clin d’œil ultime
un éclair figue verte
Son célèbre rayon m’a enfin visé
J’attends quelques heures
pour éteindre ma propre veilleuse
Matinal plus que moi
le soleil a réglé son radio-réveil sur la fréquence Aurore