vendredi 29 mai 2026

Couleurs 27 mai 2026

La palette,  2021 Anne-Marie Torrisi

AUTEURS

Nanou Aurol
Franc Bardòu 
Thibaut Bois 
Saïd Benjelloun 
Joan Bodon *
Karin Boye ****
Claudine Candat 
E.C.Cummings **
Lise Durand
Marina Mariotti  
Didier Méténier 
Catherine de Monpezat 
Michel Parrat ** 
Arthur Rimbaud **
Philippe Sahuc  
Léoplod Sedar Senghor ***
Nicole Sibille
Svante Svahnström

Présenté par :
Jean Sibille *
Didier Metenier **
Évelyne Bruniquel ***
Svante Svahnström ****




NANOU AURIOL

 
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FRANC BARDOU

Psalme de l’inquisitor

Abena-te lai, dins lo ser
d’unas campanas enartadas,
en montar las sèrras, al luènh,
lo temps de fondre dins la nuèit
de las memòrias fendascladas.

De monins sabents ja pretendon,
crincats sur catedras vanas,
que nòstras memòrias son falsas,
legendàrias e mentidoiras
coma lors bocas verinosas
d’avogats del diable et del mond.
Non nos esfaçaràn de l’alba !

Lo cèl s’escartaira d’azur
abans que, coga de pavon,
lo calabrun nevenc d’asuèlh
s’alambre en fèrras cascatèlas
jos las mila colors del fòc.
Savi va, lo que l’apastura
e’l monda en un meteis obratge !

Es alai, genta frenesia,
que te caldrà donar la Patz
als que, fa temps, tu, rostiguères,
in nomine Pater, et Filii et Spiritu Sancti.

Manjaràs la cendre dels mòrts
que semenères sul camin,
quand ta sang se cristallizava
d’ortogonala ortodoxia,
del temps que tos enfants ploravan
lors pèiras negras d’eresia.

Dins l’abís de tas piadas sornas,
mira un moment, e mai respira
l’aire del mond desesperat
que cracineja jos ton ira,
santa ironia de felon.

Fisançós, marcharàs amb eles
dins las flamas dels brutladors
qu’alestiguères en camin.

Sauràs, per la Santa Ordalia
de ton diable rasonassièr,
s’el entend ara tas maganhas
e se perdona tas errors.

Car non sap perdonar, lo Diable.
Acara-te a tas errors
coma o deguèt far ta victima.

Qui, aicí bais, non se forvia ?
Quiromancia de dolor :
Montsegur compta las petalas
dins la man fonsa de son nom
car t’aganta, en son agonia,
la garganta de sas doxias…

Franc Bardòu
Tirat de « Lo Rosari de Tèrrafòrt »
òbra inedita

Psaume de l’inquisiteur

Epuise-toi, là, dans le soir
d’une haute volée de cloches,
en montant sur les monts, au loin,
le temps de fondre dans la nuit
de nos mémoires pourfendues.

Des singes savants nous prétendent,
dressés sur de très vaines chaires,
que nos mémoires seraient fausses,
légendaires ou mensongères
comme leurs gueules venimeuses
d’avocats du diable et du monde.
Mais droits resterons-nous dans l’aube !

Le ciel s’écartèle d’azur
avant que dans sa queue de paon,
le soir enneigé d’horizon
flamboie en sauvages cascades
sous les mille couleurs du feu.
Sage est celui que l’alimente
avec le monde en un seul acte !

C’est là-bas, noble frénésie,
qu’il te faudra donner la Paix
à ceux que jadis tu brûlas,
in nomine Pater, et Filii et Spiritu Sancti.

Tu mangeras des morts la cendre
que tu éparpillas au chemin,
quand ton sang se cristallisait
d’orthogonale orthodoxie,
tandis que tes enfants pleuraient
leurs pierres noires d’hérésie.

Au gouffre de tes pas sordides,
regarde un instant, et respire
l’air du monde désespéré
se calcinant sous ta colère,
ta sainte ironie de félon.

Avec eux tu iras, confiant,
dans les flammes de ces bûchers
que tu dressas sur ton chemin.

Tu sauras, par Sainte Ordalie,
si ton diable hâbleur et futile,
comprend alors tous tes malheurs
et se pardonne tes erreurs.

Le Diable ne pardonne rien.
Fais face à tes propres erreurs
comme tes victimes le firent.

Qui, ici-bas, point ne se trompe ?
Chiromancie de la douleur :
Montségur compte les pétales
aux mains profondes de son nom
car son agonie t’a saisi,
à la gorge de ses doctrines…

Franc Bardou
Extrait de « Le Rosaire de Terrefort » 
Œuvre inédite

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 SAÏD BENJELLOUN

/ Du gris au bleu

Bien loin la cathédrale
Fine et grise
Et l'altière
Sa muse
Du Sans Soucis
Triste le bonheur
Né de l'arôme
Du lointain
Mais toujours bleu
Le rêve
Dont tu fus 
Le parfum
                Extrait de Double Voix, Ed. Réciproques, 2006

2/ Bleu, rose et noir

Du bleu
Je ne crains plus
L'ombre
Qui se glisse
Sous ma porte
Avant
Chaque retour

Du rose
Je ne crois plus
Au charme
Qui pare
La fée
D'ailes
De rancoeur

Du noir
Je guette plus
L'élégant mystère
Frêle
Mirage
De contrées perdues

                Extrait de Là-bas, Ed. Réciproques, 2009

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THIBAUT BOIS

Les Deux Loups

Outre les distances océanes, l'on raconte qu'un ancien
Connaissait toutes choses, et du mal et du bien 
Se faisant devoir d'offrir aux oreilles de la jeunesse
Les récits de son temps, porteurs de la sagesse. 
C'est entouré par les siens, illustrés par les flammes
Qu'il nous instruit quant à la couleur de nos âmes :
Celles-ci lui apparurent comme deux loups distincts, 
Bien qu'ils semblèrent semblables en tous points. 
Cependant que le premier, hargneux qu'il fut,
Montrait les dents et grognait sur le premier venu
Sans jamais que son esprit ne connût la tempérance.
Le second, au contraire, plus usé à cette science, 
Conservait la pureté de son éclat, et réservait
La primeur de sa rage à qui le méritait.
 
Entre ces deux partis, il appartient de choisir
Quel nuance de notre cœur nous voulons nourrir.

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JOAN BODON (1920-1975)

L’ÈRBA D’AGRAM

L’èrba d’agram, ieu l’ai culhida
Sus la cròsa del paure mòrt.
Marrida grana, l’ai brandida
Als quatre caires del meu òrt.
E lo grand vent de la misèria
L’escampilha sus la mià terra.
Al vòstre sègle de l’aram,
Que venga patz, que venga guerra,
Semeni, ieu, l’èrba d’agram…

     LE CHIENDENT

Le chiendent, moi je l’ai cueilli
Sur la fosse du pauvre mort.
Mauvaise graine, je l’ai brandie
Aux quatre horizons de mon champ.
Et le grand vent de la misère
L’éparpille sur ma terre.
Et dans votre siècle d’airain,
Vienne la paix, vienne la guerre,
Moi, je sème le chiendent.

Traduction de Jean SIBILLE
 Jean Boudou

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KARIN BOYE


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CLAUDINE CANDAT       

À MON PÈRE, LE PEINTRE

Certains se lèvent tôt pour aller au bureau,
À l’usine, à l’école ou bien sur un chantier.
Toi qui n’as jamais sué à l’ombre d’un métier
Tu te lèves pourtant à l’heure du travail
Car le premier rayon est l’aube d’un tableau
Qui ne te laissera jamais plus en repos.


Tu affûtes tes pinceaux sur les pierres des songes,
Tes univers s’enroulent aux crinières des rêves,
Mais que c’est dur parfois d’être trop à l’avance
Ou d’être demeuré au plus pur de l’enfance !
On ne peut plus dormir sans inventer sans cesse
Des arbres qui jaillissent où jaillissaient des sources
Et des sources roulant des soleils qui se blessent
Aux lourds galets du vent transpercés de lumière.
 

Et dans les puits profonds où stagnent les mystères,
Noir sabbat de sorcières qui s’habillent de nuit
Et mènent à l’abreuvoir des troupeaux de comètes,
Tu puises des couleurs qui te brûlent ou te glacent.
Ah ! Qu’il est difficile de démêler les nuances
De fruits qui n’ont jamais incendié nos vergers
Ou d’ourler une écume à la robe de plages
Où même les galères n’osent pas jeter l’ancre.

 

À ceux qui te croient fou et ne voient pas plus loin
Que les petits oiseaux et les petites fleurs,
Qui ne font qu’imiter les maîtres d’outre siècle
Mais les auraient maudits s’ils les avaient connus,
Je dirais à ceux-là que plus fous que les fous
Tu rejoins d’un coup d’aile les plus sages des sages
Qui balaient la poussière et ouvrent le passage
À l’invisible pur que dénude la vue.


Tu es assez à l’avance pour savoir qu’ils ont tort,
Que les rêves d’enfant sont toujours les plus forts.
Et quand tu dormiras dans le creux de la terre,
Les yeux pourtant ouverts sur tous les arcs-en-ciel,
Tes tableaux partiront conquérir les planètes
Sur des voiles trempés dans le sang d’un soleil.

Mon opium est dans mon cœur, éditions Il est Midi, 2024

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1946

1946, depuis un an la France après un séjour prolongé
À Berlin pour cause de captivité.
Il t’arrive de penser à la Prusse,
Aux lacs gelés, aux camarades russes.
Enfin ! Après avoir trimé cinq ans gratis
Sur un terrain d’aviation pour le compte des nazis.
Tu as retrouvé ton poste, un travail
Pour lequel on te paye.
Le soir, tu t’extirpes du bleu de chauffe pour t’habiller comme un prince
Sauf les fois où tu revêts le tablier durci par les taches de peinture
Pour prendre des cours aux Beaux-Arts,
Armé de tes outils préférés,
Le ciseau pour le bois,
Le pinceau pour la toile.
Pourtant tu sais déjà
Qu’en sculpture tu possèdes un don
Exempt d’apprentissage :
Ton esprit commande, ta main lui obéit.

1946, le dimanche il t’arrive de prendre ton vélo
Pour peindre dans la nature.
Ici, ce qu’on appelle forêt
Ne serait là-bas que sous-bois
Et les bastides d’argile en rase-motte
Arrivent à peine au premier étage des fermes prussiennes.
Là-bas, tu te rappelais avec nostalgie
La rondeur de la tuile romaine
Cuite au soleil du Midi.
Tu es ému de retrouver ces villages pimpants
Traversés d’un ruisseau qu’enjambe un petit pont,
Ces chemins poudreux perdus dans la verdure
Qui conduisent aux vergers, ces jardins
Qui baignent des maisons diverses exhalant
Un charme personnel.

1946, tu es saisi d’admiration
Face à tant de beauté sans façon,
Planté devant ton chevalet,
La main collée à la palette,
Mais, te sachant sculpteur,
Tu décides d’allier la forme à la couleur,
De faire jaillir des veines du bois l’ébauche d’un village
Et de le colorer aux saveurs de l’enfance.
Que l’eau soit bleue, que l’écume soit blanche,
Que l’herbe soit vert-tendre,
Verte la feuille du pommier
Et d’un vert plus profond la silhouette du cyprès,
Rouge le toit qui abrite la maison,
Finement ciselé l’escalier qui grimpe à travers le coteau.

1946, seul au milieu de la campagne,
Tu imagines ce qui peut sortir
D’un simple bout de bois
Et qui verra le jour sous la gouge
Dans le logis sommaire
Que tu partages près du chemin de fer avec ta mère.
Tu ignores encore la jeune fille aux cheveux noirs qui vient à ta rencontre,
L’enfant en devenir, le regard clair captivé par cette féérie
Où les râteaux, rangés dans l’appentis,
Ne sont pas partis escalader les toits
Pour capter la télévision,
Où les chemins ocrés sont vierges de bitume
Et de circulation.
Pas de piéton pour te distraire de ta solitude.

L’enfant, qui n’est pas encore née,
Ne mettra pas ses doigts dans la peinture,
Les mots seront son arme
Et sculpteront ses mondes.
C’est en vers que coulent ses larmes.
Elle t’aperçoit de loin depuis le perron enchanté
Qui abolit la mort et la fuite du temps.
Sur ses lèvres un sourire esquisse
La formule magique : 1946.

Tous droits réservés ©Claudine Candat / Tiroirs amers

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Si je survis à l’hécatombe

Poète ? Je ne sais si je suis encore
Ce que je fus
Si je survis à l’hécatombe
En emportant de doux débris
Éclaboussures d’écarlate
Et mille brisures d’azur,
Strophes bancales et vers luisants
Pour vous guider en mes obscures catacombes

Dans cette guerre que je livre
À l’armée des espoirs déçus
Il faudrait, si j’étais poète,
Que je me tresse des couronnes
De sang et de sueur
Où s’enchevêtreraient des ronces
Entre deux feuilles entre deux fleurs

Mais ce combat je l’ai perdu d’avance
La fièvre, plus haute que le mal,
Monte en neige des illusions
Qui abolissent l’espérance
D’une impossible guérison

Peut-être que je ne fus pas
Ce qu’aujourd’hui je ne suis plus
Poète qui ne vaut pas un clou

Sur mes joues le rose s’est tu
Comme au jardin s’en est allée
L’entêtante odeur de la rose
Qui persiste à rougir l’allée
Où sinue un triste gravier.

Tous droits réservés ©Claudine Candat / Tiroirs amersClaudine Candat

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 e.c.cummings


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LISE DURAND

A, e, i, o, u, mais
Je suis pas Rimbaud
Coco.
Je préfère
La couleur du ciel
Et l'arc-en-ciel.
A, e, i, o, u, mais
Je suis pas Rimbaud
Coco.
Je préfère le noir
Et le blanc
Qui ont bercé
Mon cœur d'enfant.
A, e, i, o, u, mais
Je suis pas Rimbaud
Coco.
Je préfère
Vivre ma vie
En me moquant
Des couleurs de peau.
A, e, i, o, u...
              Lise Durand
   Toulouse le 14 avril 2026
…….

Dans mon enfance
Il y avait
Des dragons rouges
Et des fées jaunes.
Dans ma vie
Il y a eu
Des soleils bleus
De verts amoureux
Du vin blanc doux.
Et aujourd’hui
Il y a du noir 
Du violet et
Le gris du temps.
Mais j’écris encore
Les couleurs du vent
Comme si
Orange dans ma tête
Rose dans mon cœur
J’avais vingt ans.
              Lise Durand
    Toulouse le 12 mai 2026

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MARINA MARIOTTI


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 DIDIER METENIER

Tharaux
plein ciel...
passe
r
elle
nat
r
elle
vers (le)
 la
 bel(le)
bleu(e)

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 CATHERINE DE MONPEZAT 


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MICHEL PARRAT

Offrir des fleurs d'acanthe équivaut à connaître
La valeur artistique d'une personne aimée
En langage floral son message exprimé
Estime le désir pouvant ainsi paraître...

Acanthe , La dévoilée , éd. Les plumes d'Ocris (2017)
Michel Parra

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ARTHUR RIMBAUD

Voyelles

A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu: voyelles
Je dirai quelque jour vos naissances latentes:
A, noir corset velu des mouches éclatantes
Qui bombent autour des puanteurs cruelles,

Golfes d'ombre ; E, candeurs des vapeurs et des tentes,
Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d'ombrelles;
I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes;

U, cycles, vibrements divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d'animaux, paix des rides
Que l'alchimie imprime aux grands fronts studieux;

O, suprême Clairon plein des strideurs étranges,
Silences traversés des Mondes et des Anges:
- O l'Oméga, rayon violet de Ses Yeux!

Poésies, Arthur Rimbaud


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PHILIPPE SAHUC  

Gris fait sa place forte,
aux saints de glace toute nuance,
jusqu'à griserie ?

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LÉOPOLD SEDAR SENGHOR 


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NICOLE SIBILLE

Lo Fòròm de las lengas del mond, un arcane de pòples.

F coma una festa blua sus una nívol violeta,
Ò, cercles concentrics fan la ronda dins un solelh iranje dardalhant de ròse,
R, verda e risolièra malgrat l’agaci qu’arriva,
Un autre Ò, per dire òc de segur, fach de cercles roges qu’una eliça verda fa virar,
Una bèla M puslèu escura, lo mond tan plan, tabelada de sang, s’espandìs sus una prada verda esclairada d’estelas,
Aquí lo Fòròm, arcane de lengas rojas e plenas de vida que dançan amb de letras negras per escriure lo bonur d’escambiar.

 

Le Forom des langues du monde, un arc-en-ciel de peuples.

F comme une fête bleue sur un nuage violine,
O, des cercles concentriques font la ronde dans un soleil orangé rayonnant de rose,
R, verte et souriante malgré l’averse qui arrive,
Un autre O, pour dire Oui bien sûr, fait de cercles rouges qu’une hélice verte fait tourner,
Un beau M plutôt sombre, le monde sans doute, tâché de sang, s’épanouit sur une prairie verte éclairée d’étoiles,
Voilà le Foròm, arc en ciel de langues rouges et pleines de vie qui dansent avec des lettres noires pour écrire le bonheur de se parler.

Nicole SIBILLE devant l’affiche du Forom des Langues 2026 

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SVANTE SVAHNSTRÖM 

Rayon vert

Il faut parler du coucher
Avant le mien celui du soleil
Son oreiller liquide est large et bleuissant
Ce soir son chevet se montre serein
Pas de remous sous son menton
La face tiédit
et son haleine déteint fruitée
sur le papier peint derrière le lit
qui mue de banane en abricot framboise cerise puis myrtille
Il se détache
laisse en suspend ses crins altocumulus
débranche la veilleuse
Quand s’affale sa paupière
il me jette en clin d’œil ultime
un éclair figue verte
Son célèbre rayon m’a enfin visé
J’attends quelques heures
pour éteindre ma propre veilleuse
Matinal plus que moi
le soleil a réglé son radio-réveil sur la fréquence Aurore