dimanche 1 mars 2026

Orient

 

La Mosquée bleue à Tauris en Perse - Jules Joseph Augustin Laurens
1872

 

AUTEURS

MURIÈLE MÉLODY
Poète invitée du mois. Le bouquet des poèmes présent
 au cours de la rencontre se découvre dans l’espace réservé
 en bas de cette page.

Saïd Benjelloun 
Laurent Doucet  *
Lise Durand
Elias Lönnrot**
Didier Metenier 
Jean-Louis Piat ***
Poète persan ****
Svante Svahnström
Thibaut Bois – ce poème, dont les notes indispensables
sont volumineuses, est placé in extenso en conclusion 
des contributions de la séance


Présenté par :
Didier Metenier *
Thibaut Bois **
Nicole et Jean Sibille ***
Murièle Modély ****




SAÏD BENJELLOUN


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LAURENT DOUCET


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LISE DURAND

L’Orient ne m’inspire pas.
Avec ses belles peaux jaunes
Et ses beaux yeux bridés
L’Orient ne m’inspire pas.
Bien sûr la baie d’Ha Long 
Est magnifique
Et la grande muraille
Fantastique
Mais,
L’Orient ne m’inspire pas.
Kyoto et son pavillon d’or 
Ne me font pas oublier
Le côté très policé
De tout ce monde japonais
L’Orient ne m’inspire pas.
L’Inde j’y suis jamais allée
L’Orient ne m’inspire pas.
Seul le détroit de Béring 
Me fait rêver
Lui qui réunit en trois mots
L’Occident et l’Orient
Sous ses eaux…
                                                                                                                    
                             Toulouse le 27 janvier 2026
…………………

L'Occident
A conquis le monde
Et comme 
Tout conquérant
Il porte
Les poids d'antan.
L'Orient
Nous a transmis
Le zéro
Confucius et Mao.
Qui a raison
Qui a tort
Dans ce monde
Qui se déchire
Comme s'il y avait
Rien d'autre 
A dire.
                                                                           
                   Toulouse le 19 janvier 2026

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ELIAS LÖNNROT 1802-1884  Finlandais

Collecteur et adaptateur d’un ensemble de cinquante chants du folklore finnois,
intitulé Kalevala (« Terre nourricière des héros »).


  Chant XII

Siitä Ahti Lemminkäinen
Tuo on kaunis Kaukolainen
Aina aikoja eleli 
Nuoren neitosen keralla;
Ei itse sotia käynyt
Eikä Kyllikki kyleä.

Niin päivänä muutamana
Huomenna moniahana
Itse Ahti Lemminkäinen
Lähtevi kalankutuhun, 
Tullut ei illaksi kotihin,
Ensi yöksi ennättänyt.

Or donc Ahti, fils de Lempi,
le bel homme d'orée lointaine
vit la belle âge, en saison douce,
auprès de sa jeune compagne;
oncques ne s'en départ en guerre, 
ni Kyllikki en voisinage.
 
Or un jour après tant de jours,
lendemain d'après mainte veille, 
Ahti, le garçon de Lempi
s'en va pêcher à la frayère;
au soir ne rentre point au gîte
pour la nuit car la route est longue.


Édition de 1953 en langue finnoise, traduction française de Gabriel Rebourcet

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DIDIER METENIER


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JEAN-LOUIS PIAT


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Poète persan 


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SVANTE SVAHNSTRÖM

Dans mon assiette géographique
la Turquie est un bifteck montagneux
mariné dans une mer de raki

Voyez dans ses vallées
comme les arbres si rares  
scintillent d'éparses hachures de persil

Les grains de sel disséminées
moulus comme des cités dévastées
témoignent de grandeurs ensevelies

En haute Cappadoce poussent
les champignons calcaires habités
qu’effrite sans trève
le ventilateur de la cuisinière

Voici Istanbul la puissante, la glorieuse
fortifiée d'une rondelle de piment

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THIBAUT BOIS

Les Prodiges 

Le propos sera court, mais la morale profonde
Alors veillez bien jusqu'à la dernière seconde,
Afin qu'en votre âme s'imprime ce message 
Vous laissant au final, je l'espère, un peu plus sage. 
Je connais la petite vie d'un homme au grand destin
Natif qu'il fut du sous-continent indien. 
Dont le génie fut tel, à ce jour, si unique
Qu'il révolutionna les mathématiques
Pour qu'autour de lui commencent à graviter
Les astres de ce domaine, à haute vélocité,
Et par l'appui de son ami(1), et de sa divinité(2)
Il quitta ses contrées pour l'Angleterre,
Avant que ne sonnent les débuts de la Grande Guerre 
De laquelle le temple de l'intellect protégea 
Le frère cadet de Râma(3) .
Il lutta malgré tout face à la rigueur occidentale,
Peu usité à la mystique orientale
Qui pourtant avait tant à lui apprendre. 
Tout ce qu'on lui offrit, cent fois il sut le rendre
Qu'il instruira à l'avenir savants et physiocrates
D'une sagesse plus vieille encore que Socrate :
« Qui acceptera l'inconnu en son esprit
Connaîtra les dieux, l'univers, et l'infini. »
 
1.    L'ami en question est le mathématicien britannique Godfrey Harold Hardy (1877-1947), ici le deuxième prodige dont il est fait mention dans cette fable. Il fit « la plus grande découverte de sa carrière en la personne de Ramanujan », comme il le dira lui-même, après avoir reçu une lettre de sa main contenant plusieurs échantillons de ses découvertes sur plusieurs champs d'études des mathématiques (trigonométrie, calcul infinitésimal, séries, intégrales...) et saisi de fascination, il se résolut de le faire venir en Angleterre à Cambridge. Il y parviendra en Avril 1914 et lui permettra d'y résider pour un séjour de deux années.                                        

2.    Issu d'une lignée de brahmanes orthodoxes enracinée dans la région du Tamil Nadu dans le sud de l'Inde, Ramanujan comme sa famille vénéraient la déesse Namagiri. Laquelle, dit-on, dictaient régulièrement des formules à son protégé, d'où il tirerait son étonnante aptitude au calcul mental, et serait même apparue en vision à sa propre mère afin de lui ordonner de le laisser quitter l'Inde pour l'Angleterre, là où les serments traditionnels brahmanes interdisent aux fidèles de quitter leur territoire.                                   
3.    « Le frère cadet de Râma », traduction littérale de « Ramanujan » premier prodige dont il est fait mention dans cette fable, Srinivisa Ramanujan Iyer (1887-1920), génie précoce et autodidacte des mathématiques dont la vie fut immortalisée par plusieurs biographes indiens, mais également par l'universitaire américain Robert Kanigel dont l'ouvrage biographique s'intitule L'homme qui défiait l'infini, et adapté au cinéma sous le même nom avec Dev Patel dans le rôle principal. 

 
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MURIÈLE MÉLODY – POÈTE INVITÉE DU MOIS
 

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Février 2025 - Et après, quoi?

  L'accomplissement de la destinée - Edward Burn-Jones 188  

                                                         

 

AUTEURS

Nanou Auriol
Saïd Benjelloun
Thibaut Bois 
Andrée Chédid **
Lise Durand
Khalil Gibran ***
Marina Mariotti
Didier Metenier 
Catherine de Monpezat
Philippe Sahuc
Edmond Rostand * 
Svante Svahnström
ChatGPT

Présenté par:
Thibaut Bois *
Didier Metenier**
Svante Svahnström ***






NANOU AURIOL 


…………………….

SAÎD BENJELLOUN 

De la double
paroi
ne parvenaient
la nuit
que râles
et fumée
de poumons  brûlés
silence de morts
...
au réveil
me parvient
le chant gai
d'un homme
qui prend son bain.  

………….


Dans les hauts
du village
à ciel ouvert
au soleil
un sourire en fleur
s'est endormi

Un peu plus bas
sur la place
un autre sourire
s'éveille
antique douceur
tendresse éternelle

Les cloches
du matin
les caressent
de l'éphémère
de leurs ailes.

Saïd Benjelloun, Là-bas, Ed; Réciproques, 2009

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THIBAUT BOIS 


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ANDRÉE CHÉDID 


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LISE DURAND  

Les mots bien sûr
Sont inutiles
Puisque la mort efface tout
Les mots bien sûr
Sont infantiles
Et pourtant
Nous les disons tous
Ma petite Anne
Tu étais la cible
Mais qui est l’archer
Dans ce jeu fou
Nous n’avons plus rien
A te dire
Nous entends-tu
Ou le black-out
Nous t’aimons, nous t’aimions
Que dire
Dans ce feu qui te délivre
De ma mort
Je vois le contour.
                                                                                                                    
Recueil de poésies "Un bout de chemin" paru en janvier 2020 
aux "Editions du Non Verbal"
……………..

Pour le temps 
Qu'il me reste à vivre
Je serai sans illusion
Sans regret, sans colère
Sans remord, sans...
Pour le temps 
Qu'il me reste à vivre
J'inventerai
Des soleils bleus
Tous ces mots
Que nul n'ose dire
Parce qu'ils pleurent
Ou qu'ils mentent
Trop...
Et après quoi ?
Qui mourra verra
Ou pas...

            Toulouse le 23 janvier 2025

……………..

D’où on vient et où on va
Ça je ne le sais pas
Mais j’ai senti
L’odeur des roses
Sur ma peau
Le vent frais du matin
Tes mots d’amour
Quand ton cœur ose
Le soleil
Qui dans l’eau se fond.
D’où on vient et où on va
Ça je ne le sais pas
Mais cette question
Peu m’importe
Je vais mon train
Tranquillement
Quand la mort ouvrira sa porte
La réponse sera-t-elle là
Qui mourra verra
Ou pas…

                                                                                                                    
Recueil de poésies "Un bout de chemin" paru en janvier 2020 
aux "Editions du Non Verbal"

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KHALIL GIBRAN   

extrait Le prophète traduit par Jean-Pierre Dahdah

Alors Al-Mitra reprit la parole, en disant : « A présent nous aimerions t’interroger sur la Mort ».
Et il répondit :
 » Vous voudriez percer le secret de la mort,
Mais comment y parvenir sans aller le chercher au cœur de la vie ?
Le hibou qui vit à l’orée de la nuit est aveugle au jour;  ses yeux ne peuvent dévoiler le mystère de la lumière.
Si vous brûlez de voir l’esprit de la mort, ouvrez grand votre cœur dans le corps de la vie.
Car la vie et la mort ne font qu’un, comme ne font qu’un la rivière et la mer.
 
Dans les profondeurs de vos espoirs et de vos désirs sommeille votre silencieuse connaissance de l’au-delà ;
De même que la semence rêve sous la neige, votre cœur rêve des épousailles du printemps.
Ayez confiance en vos rêves, car en eux sont cachées les clés de l’éternité.
 
Votre effroi face à la mort n’est que ce tremblement du berger lorsque le roi lui fait l’honneur de le recevoir et s’apprête à poser sa main sur sa tête.
Or, en allant recevoir l’insigne du roi, le berger ne sait-il pas qu’un frison de joie s’éveille déjà sous sa frayeur ?
Et pourtant n’est-il pas encore plus conscient de sa peur ?
 
Qu’est-ce donc que mourir, si ce n’est s’offrir nu au vent et s’évaporer au soleil ?
Et cesser de respirer, n’est-ce pas libérer le souffle de ses perpétuelles marées, afin de s’élever sans le poids de la chair et de s’exhaler à la recherche de Dieu ?
Quand vous aurez bu à la rivière du silence, alors seulement vous pourrez véritablement chanter.
Et lorsque vous aurez atteint le sommet de la montagne, vous commencerez à monter.
Et dès lors que la terre aura réclamé votre corps, vous saurez enfin danser ».

………………….
MARINA MARIOTTI  

………………………
DIDIER METENIER  

(et après...

sondage théma...
Tic
ponctuation et séman...
Tic
pronos...
Tic
statis...
Tic
résultats et diagnos
Tic:

pour neuf sur dix c'est agnos...
Tic

(et après...

et après TIC...
c'est Tac!!!

Nota bene:
- agnostique - qui attend d'en savoir plus pour se prononcer
- (pour info) pour neuf sur dix :  " Même si nous avons du mal à en
prendre conscience, il nous faut bien prendre en compte que nous
vivons désormais dans une société occidentale païenne et déchristianisée."
Guy de Kérimel, évêque de Toulouse, Pibrac, le 16 octobre 2022


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CATHERINE DE MONPEZAT  



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EDMOND ROSTAND   


……………………….

PHILIPPE SAHUC

  
Mort et poétiques apprêts


Death*,                                    *la mort en anglais
l'imprononçable au tout final,
la fourche fatale
entre le son qui essuie ce que fut une vie
et l'ultime possibilité d'échappement d'un souffle.

Tod*,                                        *la mort en allemand
il est court couperet,
et toujours l'incertitude finale :
sourde réminiscence d'un accueil paternel
ou palindrome qui replie le sera sur l'été.

Dee*,                                        *la mort en wolof
qui se prolonge donc
par l'autre qui hésite
face à l'absence assourdissante
ou l'écho insaisissable

Sàayáa*,                                    *la mort en mandinka
qui se fraie le chemin
à la souplesse du serpent
prolonge ce qui fut par la voix du griot
prolonge ce qui sera par l'espoir de trobada*.                *invention poétique en òc
  



……………………….
SVANTE SVAHNSTRÖM   


Dans un terminus voisin
où s’arrêtent les soldats du plus Grand
attendent pour chacun des dizaines de vierges
Mais d’où viennent les vierges
et où vont les femmes portées en tombe ?
« Les femmes quittent leur sépulture
se font immaculer et s’offrent pures à la détente des combattants »
affirme l’ami se disant informé sur les jardins ultimes.
La même source précise l’avenir des innocentes fraîchement consommées :
« Tu les niques et demain elles sont vierges à nouveau »

Ainsi parmi les paradis s’en trouvent de dynamiques 
et d’autres bien plus calmes
où l’ennui serein évangélique se veut félicité.


………………….

Je n’ai plus de poids

Une sensation de chaleur m’envahit
mais je ne sens rien
Je ne vois rien
mon ouïe est évanouie
je n’ai plus de voix
et tout est neutre dans mon nez
Mais en fait je brûle
Ma chair se consume
et je ne suis plus que des ossements
Je suis mort bien sûr
et je prends conscience d’habiter mon âme
Mon corps ne m’importe plus
Je ne suis devenu un écosystème
Mon existence dorénavant se déroule décharnée
Je n’ai plus de poids et je ne sais pas comment passer le temps
Au loin je perçois une ville et devant elle une pelouse
Une adoration s’y déroule autour d’un autel semble-t-il
Devrais-je m’approcher de l’agneau du milieu?
Un mort nommé van Eyck s’obtient une part de vie
avec l’instantané de bien-être immortel
envolé de sa palette
Serais-je accueilli par les anges ?
Et si le temps c’était moi ?
Et si l’âme que je suis s’est coulée déjà dans l'âme supérieure ?
Dans la grande l’indifférence de l'Atman

in J’adhère à la brique, 2021

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CHATGPT

SS demande :
Dis-moi avec un sonnet pourquoi les artistes ne devront pas craindre l'intelligence artificielle

ChatGPT répond :
Ô peintres, musiciens, poètes inspirés,
Ne craignez point l’essor des froides machines,
Car l’art naît d’un frisson, d’âmes embrasées,
Là où l’algorithme n’a d’émotions fines.

Qu’elle imite vos traits, vos rimes, vos accords,
Jamais l’IA ne sent la foudre créatrice,
Son cœur est un néant, son chant un triste effort,
Quand l’homme, lui, façonne un rêve qui palpite.

C’est dans vos mains que brûle un feu divin,
Un souffle imparfait mais d’éclats immortels,
Qu’aucun calcul ne pourra faire sien.

Car l’art est un mystère aux reflets éternels,
Et nul circuit, si vaste et ingénieux,
Ne remplacera l’ombre d’un regard fiévreux.

 

samedi 24 janvier 2026

Banalité


Femme peignant ses cheveux, Torii Kotondo, Japon 1933

 

 BANALITÉ

Hannah Arendt *
Un extrait de l’important ouvrage de Hannah Arendt, 
« La banalité du Mal », (1963).
S’agissant d’un document en prose, il est placé 
en deuxième position après la présentation des œuvres de poésie.

                                                                                                      Bénédicta Bonnet ***
Claudine Candat
Cécile Chadeuil ***
Maurice Couquiaud *****
e e cummings **
Lise Durand
Romain Lasserre *****
Marina Mariotti
Harry Martinson *****
Didier Metenier
Murièle Modély ****
Moon Chung Hee ****
Alan Pelhon ***
Matthias Vincenot *****
Svante Svahnström

Présenté par
Saïd Benjelloun *                                                                                  Didier Metenier **
Nicole & Jean Sibille ***
Hélène Svahnström ****
Svante Svahnström *****







BÉNÉDICTA BONNET  (1964 - )

Chantarai

  Chantarai la luna,
  Chantarai lo plais,
       l’èrba verda.
lo boisson blanc en flors
 la clarda mai la nuech.
       Purarai la dolor
de mon pair, de mair,
    credarai lor eime 
lor trabalh de la terra
         en se tàiser.
 Chantarai d’engueras
  lo fuòc que branda,
lo taulon de la chaminada,
        l’aiga de la baciá 
  e lo chanteu de pan :
en visar lo bec de la pola
   que chercha la grana
dins lo borrilh de l’esbalelh.


Par tous les chemins
FLORILÈGE POÉTIQUE
DES LANGUES DE FRANCE
Éditions Le Bord de l’Eau 

 Je chanterai

  Je chanterai la lune,
  Je chanterai la haie,
         l’herbe verte, 
   l’aubépine en fleurs
  la lumière et la nuit.
 Je pleurerai la douleur
de mon père, de ma mère,
    je crierai leur âme,
 leur travail de la terre
       sans mot dire.
  Je chanterai encore
   le feu qui flambe,
 l’étagère de la cheminée,
         l’eau de l’évier 
    et le pain entamé :
à regarder le bec de la poule
      qui cherche la graine
dans la poussière des marches.

 

 


……………………….

CLAUDINE CANDAT


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CÉCILE CHADEUIL (1980-)

Ai res a dire

Ai res a dire
Quilhs mots catan res
N’um li vei la fuelha per darrier
E si son ‘qui, son venguts per asard
Per asard de’quelas pensadas nivolosas
Sens color, sens gost, inconsistentas
Inconsistentas, demoratz!
Setz de ieu, seretz de mon lengatge.
Ai res a dire
E ben zo vau dire

Ai res a dire                                                                                                                                  Je n’ai rien à dire
Ces mots ne cachent rien
On y voit la feuille au travers
Et s’ils sont ici, c’est qu’ils sont venus par hasard
Par hasard des pensées nuageuses
Sans couleur, sans goût, inconsistantes
Inconsistantes, restez-le !
Vous êtes partie de moi, vous deviendrez mon
Langage.
Je n’ai rien à dire
Eh bien, je m’en vais le dire.

 

FLORILÈGE POÉTIQUE DES LANGUES DE France
Éditions Le Bord de L’eau

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MAURICE COUQUIAUD  1930-2023

L’ARMOIRE

Chaque jour a son parfum de nébuleuse !
Je cache un peu d’amour  sous le linge
empilé par tes soins dans notre armoire
entre les draps brodés de minutes soyeuses.

En les dépliant sur notre lit, sans le savoir
Tu sèmes tous nos silences comme du grain
… emplissant la chambre et ses miroirs
de mon désir aux noeuds de chanvre
de ma tendresse au toucher de lin.

in Anthologie poétique 1972-2012  L’Harmattan, 2014

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E.E. CUMMINGS

insu nli ght
                       o
                       verand
                       o
                       vering

A

                       onc
                       eup
                       ona
                       tim

e ne wsp aper

# 24, 73 Poems , e.e.c.

auso lei l

                    encore
                    et
                    enco(u)r
                    ant(d'air)

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                    ilét
                    aitu
                    nef
                    foi

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Traduction Didier Metenier

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#1, 95 Poems, e.e.c.

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itude

Traduction de Jacques Demarcq
Ed. Flammarion, 1983

………………………………….

LISE DURAND


Banalité
Animalité ?
Non mais !
Acrostiche
Liberté ?
Il doute
Tiens donc !
Et...
                 
                  Toulouse le 24 décembre 2025
……

Banalité
Viens dans ma tête
Apaiser
Mes rêves d'enfant
Qui voulait que le ciel 
Soit blanc.
Des mots, des gestes
Sans importance
Sans les soleils
De mon enfance
Banalité
Tu m'indiffères
Depuis longtemps
Banalité
J’ai plus vingt ans.
Banalité
Méchante mère 
Va-t’en.
                                                                                      
                       Toulouse le 23 décembre 2025

……………………….

ROMAIN LASSERRE

VODKA

Ma fille n’aime pas le baiser que je glisse
sous sa frange en rentrant de mes nuits d’allégresse
parce qu’il a l’odeur de ton haleine épaisse,
l’odeur de tes vapeurs et de tes orifices.

Mon fils est enfermé, protégé par sa sœur.
Ma femme dort encore, à l’autre bout du lit.
Je m’ennuie avec elle. Avec toi je revis :
je frissonne et j’exulte au grès de tes rondeurs.

Je vais bientôt promettre à ma femme et ma fille
de ne plus te revoir. Tout le monde ira mieux.
Je mettrai de l’ambiance aux repas de famille.
En riant aux éclats, je fermerai les yeux.

Je penserai à toi, mon seul amour, ma faille.
J’attendrai en secret l’heure des retrouvailles.

in Solitudes, N&B 2023
…………………………..

MARINA MARIOTTI


……………………………….


HARRY MARTINSON                Suède   traduction Svante Svahnström

LE VER DE TERRE (DAGGMASKEN)

Qui vénère le ver de terre,
ce cultivateur sous l’herbe dans la profondeur de l’humus.
Il laboure la conversion de la terre. 
Il travaille saturé d’humus,
muet d’humus et aveugle.

Il est le paysan d’en bas, celui du dessous
où les champs sont habillés pour la moisson.
Qui le vénère,
Le cultivateur tranquille, profond
L’éternel petit paysan gris de l’humus

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DIDIER METENIER

quand Badi
nages
et Bali
vernes
perte de temps
menus propos
se font écho

menus propos
reflets sans fond
de mille con
sidérations
en quête d'ainsi
narrations:

sortes de bis répétitions
emplies de
tergi
versations
vers ce final
tergi

verset

………………………………….

MURIÈLE MODÉLY

REPRISE DU TRAVAIL (APRÈS LONGUE MALADIE)

J’ai repris le travail le deux janvier
toute la journée, je n’ai pas arrêté
bonne année par-ci, bonne année par-là
bonne année machin, bonne année machine
vers dix-sept heures, ma bouche n’en pouvait plus
de tricoter des amas de salive aux commissures
de temps en temps, je courais au toilettes vérifier
si cette impression d’être une bête
de somme
était un tour de mon imagination
toute la journée j’avais henni
retroussé les babines
montré des dents
« c’était un jour nouveau »
je ne me faisais aucun illusion
je savais que cette année encore
je ne mordrais pas

 

in User le bleu, Aux Caillous des Chemins, 2020

………………………….

MOON CHUNG-HEE   Corée

EN FAISANT LA VAISSELLE

Je lave cette vaisselle mille fois
De cette façon
si jamais
elle devenait porcelaine blanche
je la laverais dix mille fois

Mais
la vaisselle qui reste vaisselle même si je la lave mille fois
En faisant la vaisselle pour laver simplement la vie
    quotidienne
je fais bouillir mon sang jaune

Plus tard quelle tombe épaisse
pourrait étouffer cette flamme ?

in Celle qui mangeait du riz froid, Éd Bruno doucet, 2012

…………………………..

ALAN PELHON  (1946-1994)

La poësia non si trova dins un libre cobert de mofa
La poësia es sus lo camin
Dins cada minuta que passa
La poësia es aquel morcèl de pan redond
Aquel tròç de fromai de cabra
La poësia es la tieu pèl secada per li ans
Lo rire qu’as sauput gardar
La poësia es pas per quauque tabalòri a belicres
La poesía es quauque ren dins li uèlhs
Una bona merenda
Aquel cat esquissat finda en travèrs dau camin
La poësia es aquel “vito”en dotze
Li “montagnards” que cantam quand avem
begut un còp de mai
L’estòcafich que banha dins lo bial dau Velopuèi
La poësia es aquela bona raissa
Que fa venir gròs lo riu
La poësia es aquí emé nautres
Assetada sus cada cadièra
Monsur madama, la poesía es per toi


FLORILÈGE POÉTIQUE DES LANGUES DE FRANCE
Éditions Le Bord de L’eau

La poésie ne se trouve pas dans un livre couvert de moisissures
La poésie est sur le chemin
Dans chaque minute qui passe
La poésie c’est ce morceau de pain rond
Ce bout de fromage de chèvre
La poésie c’est ta peau desséchée par les ans
Le rire que tu as su garder
La poésie n’est pas réservée à quelques imbéciles à lunettes
La poésie c’est quelque chose dans tes yeux
Un bon casse-croûte
Ce chat aussi écrasé en travers du chemin
La poésie, c’est ce « vitou » en douze
Les « Montagnards » que nous chantons quand
nous avons bu un coup de trop
Le stocfich qui trempe dans le canal du  Veloupeuil
La poésie c’est une bonne averse
Qui fait gonfler la rivière
La poésie est ici avec nous
Assise sur chaque chaise
Monsieur madame la poésie est pour tous.

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MATTHIAS VINCENOT

LE PUBLIC DE JOHNNY HALLYDAY

Le public de Johnny
C’est le voisin d’en bas
Patron du café
Celui ce Paribas
Le collègue Tony
Militant d’ONG

Le public de Johnny
Il va chez IKEA
Ou bien au Bon Marché
Quand il veut s’habiller
C’est pour du sur-mesure
Ou les puces à coté

Le public de Jophnny
Pardonne à ses excès
Se reconnaît en lui
Malgré ses jets privés
Et sur les magazines
Il semble familier

Le public de Johnny
Quand il sort déjeuner
Souvent, presque jamais
C’est Hippopotamus
Ou un Château Pétrus
Dans un Château-Relais

Le public de Johnny
Aime sa démesure
Qu’il ne se permet pas
Le cran de la ceinture
Qu’il décale parfois
Sans trop fendre l’armure

Le public de Johnny
Quand il part en vacances
Camping à Grau du roi
Ou surf à Marbella
Il danse dans la nuit
Pas dans la même ambiance

Le public de Johnny
Comédien, militaire
Secrétaire, normalien
Voyageur, sédentaire
RSA, ISF
SDF, avocat

Dans ses contradictions
Ses soucis en silence
Ses vœux de solutions
Pour le monde et pour lui
Le public de Johnny
Il ressemble à la France

in Les choses qui changent, Éditions Mines de Rien,  2013
 

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SVANTE SVAHNSTRÖM

Je châtre mon concombre
Je tranche les tomates jusqu’au sang
J’écorche mon oignon
et j’arrache les oreilles de ma tête de laitue
Je les jette dans un nuage de poivre
et j’asperge de vinaigre les plaies
de sel la chair nue
D’huile je badigeonne enfin les douleurs
Une tranquille soirée végétarienne

 in Languier, Librairie Galerie Racine, 2003

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QUOTIDIEN LATÉRAL

Le soleil est encore bas ce matin numérique
assaille les yeux 
après ses rebonds sur la vitre du virtuel

Tous ces dos en cuir et en papier
sont les briques d’un rempart
qui épaissit  les parois de ton alvéole
t’emmaillotent et t’invitent à créer

Tu prends ce livre aux pages rutilantes
qui exhibe sur des plateaux lisses 
des motifs répétitifs par dizaines

Si tu dévisages en tirant tes orbites
et plonges où ça pullule
ce fouillis d’éléments 
les mêmes les mêmes les mêmes
du désordre glacé tu verras émerger 
un monde qui attend muet sans mouvement ta visite
L’œil est devenu magique
Tu prends pied dans le pays où le plat se creuse 
en ouest en nord et en nadir
points cardinaux en dimension triplée

À l’heure du « Ça suffit » tu fermes le livre et sors 
des profondeurs des pages glissantes 
reviens à la surface à double dimension

Et là tu vois qu’étourdis sombres 
juchés sur le séchoir à linge
se reposent des cormorans centrifugés
à côté de chauves-souris également essorées
Une fois secs 
repliées les ailes aux gaines flexibles
les noirs damart et les gris dim attendent dans le tiroir
l’instant où tu en sélectionnes 
pour entourer ton entrejambe

De la fenêtre du deuxième étage 
s’observe la nature en ciment
Solides termitières aux façades infestées de lucioles
Après sa mutation 
se promène sur pneus un scolopendre
l’intestin saturé de piétons
Et les cloportes et les crache-sang 
coléoptères derrière crustacées devant
paradent sur des parcours d’asphalte
La nature est minérale et le vivant trottine    

Sous la soudaine averse tu descends
en quête de fibres à consommer
Tu te faufiles entre bipèdes au crâne sec
abritant leurs pas sous des dômes 
en baleines et en pétales

Vite vers le trivial tu fais revenir ta vision
Un coup d’oeil indifférent sur
les livres habillant tes parois ton ordinateur sans reflets
tes sous-vêtements en train de sécher 
l’immeuble en face la rue des bus et des voitures
la pluie les personnes presque sèches
sous la pénombre des parapluies


 in Texture n° 5,  2024

 « L’œil magique » chez Éditions JA&T est une série de livres d’images tridimensionnelles.

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 HANNAH ARENDT  1906-1975

Extrait de « La banalité du mal »  (1963)

« Il eût été réconfortant de croire qu’Eichmann était un monstre. (…) L’ennui avec Eichmann c’est précisément qu’il y en avait beaucoup qui lui ressemblaient et qui n’étaient ni pervers, ni sadiques, qui étaient et sont encore effroyablement normaux » [7].
(…)
Eichmann n’était pas stupide. C’est la pure absence de pensée – ce qui n’est pas du tout la même chose – qui lui a permis de devenir un des plus grands criminels de son époque. Cela est « banal » et même comique : avec la meilleure volonté du monde on ne parvient pas à découvrir en Eichmann la moindre profondeur diabolique ou démoniaque. Mais cela ne revient pas à en faire un phénomène ordinaire. Il n’est pas donné à tout le monde de ne pouvoir évoquer en montant sur l’échafaud que les phrases toutes faites que l’on prononce à tous les enterrements. (…) Que l’on puisse être à ce point éloigné de la réalité, à ce point privé de pensée ; que cela puisse faire plus de mal que tous les instincts destructeurs réunis qui sont peut-être inhérents à l’homme – voilà une des leçons que l’on pouvait tirer du procès de Jérusalem. Mais ce n’était qu’une leçon : ce n’était pas une explication du phénomène ni une théorie à ce sujet »