mercredi 13 mai 2026

Émerveillement 9/4-2026

 

 

                                     Émerveillement autour du nouveau-né : naissance de la Vierge                                                 Jean Manset, Flandre 15e siècle

AUTEURS

Nanou Auriol
Sabin Aussenac
Pascaline Baudry *
Saïd Benjelloun
Big Flo et Oli **
Claudine Candat
e.e. cummings ***
Frances Dudònhon ****
Lise Durand
Saint Jean **
Lotte Kramer *****
Marina Mariotti
Pierre Melenteau ******
Didier Metenier 
Philippe Sahuc
Sainte Thérèses d’Avila **
Nathalie Vincent-Arnaud
Svante Svahnström

Présenté par :
Alex Lucas *
Svante Svahnström ** 
Didier Metenier ***
Nicole Sibille ****
Nathalie Vincent-Arnaud *****
Claudine Candat ****** 
 


NANOU AURIOL

…………………………

SABINE AUSSENAC 

Un grand souffle joyeux inonde les vitraux

La lumière est divine et le mal bien lointain,
Dans l'église apaisée le jour se fait serein:
Un grand souffle joyeux inonde les vitraux
Qui s'élancent en corolle, embrassant le Très Haut.

Aux Jacobins l'Histoire caracole, immobile,
Et les touristes prient au doux cœur de la ville...
Le palmier irradie sa splendeur purpurine
Et la pierre respire, embrasée et mutine,

Ces mille chatoyances quand soleil déluré
Vient saluer les ombres des gisants et des cierges.
Dans le cloître fleuri un piano se fait fugue;

On croirait voir furtives des moniales pressées
Rejoignant leur autel pour adorer la Vierge...
À Toulouse le futur au passé se conjugue.

……………………..

SAÏD BENJELLOUN

 Shod boshu der zi
                Mir mazdat merhuban

                                        Rudaki
                                                                       ای بخارا شاد باش و دیر زی * میر زی تو شادمان آید همی
                                                                       ش
Bokhara ! Réjouis-toi et demeure éternel
le roi revient vers toi, épanoui de bonheur

Ey Buxoro
Ville musée
Medersas
Masjids et maqbarat 
Les marchands 
En ont fait leur temple
La foi colore leur quotidien
Les longs cheveux
Épousent le vent 
Les robes longues et colorées
Défient le temps
Et les foulards
Se diluent 
En sourires radieux. 
A la petite qui tend la main
Nozim lui offre un câlin
La propreté se déploie
Avec dignité
Une discrète Basmalah
Couronne chaque repas
Après la ronde des mets et plats
Les mains se joignent
En une courte prière
Avant de trinquer
D’une larme de vodka.
Salom alaykum
Rehmet

Avec un large sourire
Et la main droite sur le cœur
Suffisent  pour faire
La  conversation.


III

Ey buxoro
Là où les langues
Fraternisent
Ouzbek et russe
S’entrecroisent 
Arabe et persan 
En calligraphies
Tulth et kufi
S'entrelacent
Sur les façades
Des Medersas
En faÏences 
Sur les minarets
Les iwans 
Des Mausolés
Au dessus des mihrabs
Des mosquées
En majolique
Au harem du palais
Sur le portique
De l‘observatoire
D'astronomie
Partout
On rénove
On restaure
On maintient
L’authentique
L'ancien

 V

Ey Buxoro
Où il fait bon vivre
Où il fait bon se promener
De jour comme de nuit
Sans se presser
Sans s'angoisser
Se laisser guider
Se faire masser 
Vigoureusement
Dans le chaud et le baume 
De miel et de gingembre
Revigorant
D'un ancestral hammam


VII

II 

Ey buxoro
Ey El-Buxori
Toi qui compilait
Avec Muslim 
Les paroles et gestes
Du dernier des prophètes
Toi et tant d'autres 
Y virent le jour 
Al-Biruni
Ibn Sina
Al-Xawarizmi
Du temps où le savoir
N'était pas breveté
Du temps
Où librement 
Il voyageait
Et se transmettait
En manuscrits, 
Et rouleaux
En arabe 
En hébreu
Ou en persan 
Aujourd'hui sur les étals
Corans
Prières
Et incantations
Bien conservés
Ou en lambeaux
Côtoient
Étoffes
Plumiers sculptés
Porte-livres
Plateaux
Et couteaux gravés

 IV

Ey buxoro
Aux larges artères
Aux immenses 
Restaurants
Et hôtels
Somptueusement 
Décorés
Aux miroirs
Et rétroviseurs
Connectés
Aux des coins de rue des bornes
Pour régler ses factures
Sans que jamais les mains 
Fortes du hashar
Ne perdent de leur dextérité
Pour fleurir 
Les bords de route
Cueillir fraises et cerises
Creuser conduits et canaux
Sculpter colonnes  et chapiteaux
Reproduire
Miniatures
Et calligraphies 

 VI

Ey Buxoro
Aux couleurs chatoyantes
Des habits traditionnels
Des danseurs et danseuses
Représentant 
Diverses régions
Venus répéter
Fiers et enchantés
Pour l’'avènement 
Du printemps   

Ey Buxoro
Ey Buxoro

Routes où on vous arrête
Non pour vous contrôler
Mais pour que vous vous reposiez

Ouvert à l'inattendu 
Un maître artisan
Qui détaille son art
Avec passion
Des musiciens et danseuses
Aux mille couleurs
Dans leur répétition
Un cycliste déterminé
Avec le drapeau de son pays
S'en va 
Effectuer sa Umra

Ey Buxara
Ainsi parlait Nozim
Notre guide mu’allim:

“ Je m'appelle Nozim,
Je suis votre guide
En Ouzbékistan   
Demain 
Prêts ou pas prêts
Nous partirons
À… " 

Bouxara-Khiva  23-24 avril 2025


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BIGFLO ET OLI

Quelques exclamations  d’émerveillement de journaliste sur  France Inter le 19/3  à 9h devant l’album « Karma » de Bigflo et Oli, présenté comme « album de la remontada ».

Et puis encore de:

 « On va prendre ligne par ligne : Dans karma il y a de très très haut niveau »
« Un texte très très très bien écrit »  - la chanson 44D
« Vos mots dans Karma qui sont magnifiquement écrits »
« Libération et Télérama ont fait des critiques dityrambiques »

Aussi, voici les paroles de "Le Retour du Texte":

 [Intro : Oli]

Yeah-yeah-yeah-yeah, j'entends pas ma voix, yeah-yeah-yeah-yeah
Encore, ma voix, elle est, yeah, voilà, yeah

[Couplet 1 : Bigflo]
Combien d'carrières j'ai enterrées ?
Plus facile est la montée, plus rapide est la descente
Des gars en feu dont il reste que des cendres
Des mecs que j'enviais qui ont disparu еn décembre
Combien d'fois j'ai parlé d'fric dans mеs textes ?
Sûrement trop, Oli m'l'a souvent reproché
Combien d'cases à cocher ? Combien d'cash sur l'côté ?
Combien d'fois sous-coté ? Yeah
Combien d'fois j'ai pas vu ma mère ? À la place, rien à faire
J'étais sur mon canapé avachi
La vie et tout c'qu'on lui prend pour acquis
Combien d'fois j'm'en voudrai le jour où elle s'ra partie ?
…………..
Pourquoi ces fils de putes vivent pendant qu'c'est Naâman qui meurt ?
Combien d'fois j'ai mis du fric dans des marques de luxe
Qui m'respectent même pas ? Ni moi ni notre culture
Tout ça pour impressionner des gars plus pauvres que moi
Et enrichir leurs structures, ouais
Heureusement qu'on change, mec, yeah

……………………

e.e. cummings     traduction Didier Metenier/Svante Svahnström

all worlds have halfsights ; seeing either with

life's eye  (which is if things seem spirits) or
(if spirits in the guise of things appear)
death's : any world must always half perceive.

Only whose vision can create the whole...

(being born a foolishwise
proudhumble citizen of extasies
more steep than climb can timewith all his years)

he's free into the beauty of the truth ;

and strolls the axis of the universe
- love. Each believing world denies, whereas
your lover (looking through both life and death)
timelessly celebrates the merciful

wonder no world deny may or believe

# 73 (extract), 73 poems


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now is a ship

which captain a
sails out of sleep

steering for dream...

arise my soul ; and sing... 

tout monde n'offre qu'une demi-vision ; regardant ou bien avec

les yeux de la vie ( existant si objets semblent esprits) ou bien
(les esprits apparaissant sous forme matérielle)
avec les yeux de la mort : toujours tout monde doit moitié percevoir 

Seul vision dont peut créer l’ensemble 

(né sous le signe de folieraisonnable
fierhumble citoyen de l'extase
plus d’extases plus escarpées qu’escalader peut avecletemps)

le voilà livré à la beauté de la vérité ;

à arpenter l'axe de l'univers
- l'amour. Chacun croyant le monde refuse  tandis que ton amour (au regard qui traverse vie et mort ) 
glorifie hors-du-temps le miséricordieux

mystère que nul monde n’a droit de refuser ou croire

 

 

 

le présent est un navire

que capitaine suis
à la voile sort du sommeil 

cap sur rêve 

éveille-toi, mon âme ; et chante... 

...                # 9, 73 Poems


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PASCALINE DAUBRY

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FRANCESA DUDÒNHON  (1952-…)

L’ESBELADA

Quala brava jornada,
La que lo solelh muda
Las gotas d’aiga
Que pingolhan de las brochas
En perlas rondas e perfachas
Beleu ben
Que te vau escharnir en far la qu’obluda
La miseria del monde
Qu’es sovent, tanben,
Miséria de se-mesma…
Mas ‘uei, vese nonmas
Sa beutat,
Quò fai que                                            Sei de gost d’aimar. 

L’EMBELLIE

Quelle belle journée que celle-ci,
Où le soleil transforme
Les gouttes de pluie
Qui pendent aux branches
En perles rondes et parfaites
Peut-être vais-je t’agacer
En ayant l’air d’oublier
La misère du monde
Qui est souvent, aussi,
Misère de soi-même…
Mais en ce jour, je ne vois
Que sa beauté,
Et l’envie
Me vient d’aimer

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LISE DURAND

Rien ne m’émerveille
Sur cette terre.
La violence des extrémistes
L’irrespect des trop sûrs d’eux
Des psychopathes, des envieux
De ceux qui ont besoin
De se la péter
Pour se sentir exister
Tout cela me fait gerber.
Rien ne m’émerveille
Sur cette terre.
Sur cette terre en danger
Seul le sourire des petits enfants
M’émerveille et me fait rêver.
                                    
                      Toulouse le 16 mars 2026
………….

J'ai beaucoup voyagé
Dans ma tête
Et dans le passé
Et aussi dans le monde
Entier.
J'ai beaucoup lu 
Et réfléchi
Beaucoup écrit
Mais rien 
Ne m'a émerveillée
Sauf la baie d'Ha Long
Et sa paix...
                                      
                        Toulouse le 22 mars 2026

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SAINT JEAN

APOCALYPSE

 CHAPITRE 22

01 Puis l’ange me montra l’eau de la vie : un fleuve resplendissant comme du cristal, qui jaillit du trône de Dieu et de l’Agneau.
02 Au milieu de la place de la ville, entre les deux bras du fleuve, il y a un arbre de vie qui donne des fruits douze fois : chaque mois il produit son fruit ; et les feuilles de cet arbre sont un remède pour les nations.
03 Toute malédiction aura disparu. Le trône de Dieu et de l’Agneau sera dans la ville, et les serviteurs de Dieu lui rendront un culte ;
04 ils verront sa face, et son nom sera sur leur front.
05 La nuit aura disparu, ils n’auront plus besoin de la lumière d’une lampe ni de la lumière du soleil, parce que le Seigneur Dieu les illuminera ; ils régneront pour les siècles des siècles.
06 Puis l’ange me dit : « Ces paroles sont dignes de foi et vraies : le Seigneur, le Dieu qui inspire les prophètes, a envoyé son ange pour montrer à ses serviteurs ce qui doit bientôt advenir.
07 Voici que je viens sans tarder. Heureux celui qui garde les paroles de ce livre de prophétie. »

………………….

LOTTE KRAMER

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MARINA MARIOTTI

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PIERRE MELENTEAU

…………………..

DIDIER METENIER

ne sens-tu pas
                    combien le Oui
                    de nous deux
                    Main
                    tenant

                    n'est autre qu'un
                    Printemps

                    un pleine-lune
                    de soleil-jour...
                    vision d'alunissage
                    et d'ensoleillement...

                    un midi pile
                    un moment hors du temps...
                    un arrêt sur image
                    un émerveillement...

                    moment de grâce
                    un mi-nous rêve
                    un vrai « noone » time !!!


                                        En anglais :
                                        noon    -  (soleil au) zénith
                                        no one -  personne
                                        noone  -  nèologisme cummingsien (intraduisible)
                                        noone time  -  (un) moment de « noone » 

………………………

PHILIPPE SAHUC

Emerveillement :

Soleil au seuil du printemps...

L'amer veille aussi ?

…………………………

SAINTE THÉRÈSE D’AVILA  1515-1582

Sainte-Thérèse d’Avila relate dans son Livre de la vie l’extase vécue au moment où un ange la transperce d’une flèche. Cette expérience est mise en scène à Saint-Pierre de Rome par la sculpture du Bernin La transverbération de Sainte Thérèse. La sainte expose ainsi cette sensation : 

 

« C’est alors qu’il plût au Seigneur de m’accorder parfois cette vision : je voyais près de moi un ange (…) dans ses mains un long dard en or dont la pointe de fer portait, je crois, un peu de feu. Parfois, il me semblait qu’il me l’enfonçait dans le cœur plusieurs fois et qu’il m’atteignait aux entrailles. Lorsqu’il le retirait, on eût dit qu’il me les arrachait, me laissant tout embrasée d’un grand amour de Dieu. La douleur était si vive, qu’elle me faisait pousser ces plaintes dont j’ai parlé, et la douceur qu’elle me procure est si extrême, qu’on ne saurait désirer qu’elle cesse et l’âme ne peut se contenter de rien moins que de Dieu. Ce n’est pas une douleur corporelle, mais spirituelle, bien que le corps ne manque pas d’y participer un peu, et même beaucoup. Ce sont de si doux échanges entre l’âme et Dieu, que je le supplie de bien vouloir les faire goûter, dans sa bonté, à quiconque penserait que je mens… »

(XXIX, 13).

……………..

NATHALIE VINCENT-ARNAUD

………………………….

SVANTE SVAHNSTRÖM

Unt del païsatge

Francimand, òc
Suèquimand, òc tanben
mai que mai
Cabussat en Occitània
enlobatat en immersion
unt del païsatge
Un vistalhaire esmogut per l’aventura dels sègles
de la tèrra del prètz
Un vistalhaire que daissa pas mai lo país
vengut un abitant dels camps des vals dels rius 
de las ciutats
Un estrangièr que comença de polsar una istòria
anciana mas novèla dins sa boca
Un Suèc que demòra suèc
Un estrangièr que s’agrumela dins l’aire vibrejant
entre las nívols de posca entràs las colonas equestres crosadas
e los selhatges de l’escudariá d’alumini d’Airbus
ensús lo País d’Òc
Un òme occitan gaireben


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 AUGUSTA PERUSIA

I vallfart ledd till Etrurien
av släktleds dunster och konster
yr av det skönas ambrosia
Slagen till golvet
av stenar är jag berusad
vilsen i Augusta Perusia


 

 

Enduit du paysage

Français du Nord de la Loire, oui
Homme de Suède, oui aussi
surtout
Plongé en Occitanie
subjugué en immersion
enduit du paysage
Un visiteur ému par l’aventure des siècles
de la terre de la valeur
Un visiteur qui ne quitte plus le pays
devenu un habitant des champs des vallées des fleuves 
des villes
Un étranger qui commence à respirer une histoire ancienne
mais nouvelle dans sa bouche
Un Suédois qui demeure suédois
Un étranger qui se love dans l’air vibrant
entre les nuages de poussière derrière les colonnes équestres croisées
et les sillages de l’écurie d’aluminium d’Airbus
au-dessus du Pays d’Oc
Un homme occitan presque.



AUGUSTA PERUSIA

Poussé en pèlerin vers l’Etrurie
par les arts et odeurs d’un rosaire de générations
étourdi par l’ambroisie du beau
me voici jeté à terre
Ivre de pierres
Perdu dans Augusta Perusia.