vendredi 22 septembre 2023

ENFANCE

Les cinq enfants les plus âgés de Charles 1er Stuart  (1627) 

 
- Anton van Dyck

  


AUTEURS


Nanou Auriol
Christian Bobin ****
Théodore Calbet *
ChatGTP
Andrée Chédid ****
François Cheng**
E.E. Cummings ***
André Dupleix **
Haïkus japonais ? **
Lise Durand
Marineta Mazoyer *
Didier Metenier
Catherine de Monpezat
Jacques Prévert *****
Philippe Sahuc
Patricia Soula et Tahar Ben Jelloun  ****
Svante Svahnström

Présenté par
Nicole Sibille *
Catherine de Monpezat**
Didier Cummings ***
Agnès Laplaze ****
Svante Svahnström *****






NANOU AURIOL

En attente
………………………

CHRISTIAN BOBIN

J'ai été seul pendant deux mille ans – le temps de l'enfance. De cette solitude, personne n'est responsable. Je buvais du silence, je mangeais du ciel bleu. J'attendais. Entre le monde et moi il y avait un rempart sur lequel un ange montait la garde, tenant dans sa main gauche une fleur d'hortensia – une sorte de boule de neige bleue. Peut-on imaginer cela ?
in Prisonnier au Berceau
…………………….

Théodore CALBET  (1862-1949)

Ma prumièra pichona classa (1946)

Ò mannada pichona classa
ont dintrègui per gai matin,
as gardat la melhora plaça
dans la trama de mon destin.

Una trentena de visatges
levant temidament los uèlhs,
semblavan me dire : « Sem satges
malgrat nòstre aire d’estornels.

« Quitam amb’ una granda pena
sabes, nòstras bonas mamans ;
aima-nos plan, pensant a la tièuna,
que de tu se languís al mas.

« Siagues per nosaus un grand fraire
atencionat al nòstre entorn ;
tacharem de plan te complaire
per que siagues content totjorn. »

Devinhant com’una caressa
dins lors clars agachs enfantins,
me soi sentit pres de tendresa
per aquels pichons diablotins.

A ton burèu prenguèri plaça
lo còr doçament esmaugut,
puèi, cada jorn, manada classa,
per tu mon amor a crescut.


    Ma première petite classe

Ô charmante petite classe
 où j’entrai par gai matin,
 tu as gardé la meilleure place
 dans la trame de mon destin.

Une trentaine de visages
levant timidement les yeux
semblaient dire « Som sages
malgré nos airs d’étourneaux.

 « Laissons à grand peine
 tu sais, nos bonnes mamans ;
aime-nous, pense à la tienne
qui de toi se languit au mas.

« Sois pour nous grand frère
attentionné envers nous ;
nous tâcherons de te complaire
pour te contenter toujours. »

Devinant comme une caresse
dans leur clair regard enfantin,
je me suis pris de tendresse
pour ces petits diablotins.

À ton bureau je pris place
le cœur doucement ému,
puis, chaque jour, jolie classe,
pour toi mon amour s’est accru.
 




…………………..

CHAT GPT

L’ENFANCE
L'enfance est un jardin plein de promesses,                       Où chaque jour est un nouveau trésor,
Un monde de jeux, d'aventures et de caresses,
Où les rires résonnent comme un tambour.
Les jours sans fin, les nuits sans sommeil,                              Les rêves éveillés, les pieds nus dans l'herbe,          Les histoires lues ou racontées sans pareil,                      Et les yeux émerveillés devant l'horizon superbe.
L'enfance est le temps des espoirs fous,                            Des imaginaires débordants, des amitiés sincères,                                                         Des premières découvertes, des passions pour tout.
Mais hélas, le temps passe et l'on grandit,                      On se souvient alors avec tendresse et nostalgie,               De ces années bénies qui jamais ne s'enfuient.
……………………..


ANDRÉE CHEDID (1920-2011),
REGARDER L’ENFANCE
 
Jusqu’aux bords de ta vie
Tu porteras ton enfance
Ses fables et ses larmes
Ses grelots et ses peurs
Tout au long de tes jours
Te précède ton enfance
Entravant ta marche
Ou te frayant chemin

Singulier et magique
L’œil de ton enfance
Qui détient à sa source
L’univers des regards.

in Épreuves du vivant, Ed. Flammarion, coll. Vieux fonds, poésie, 1983.

………………………..


FRANÇOIS CHENG

En attente
………………..

EDWARD EASLIN CUMMINGS

En hommage à i ici (à e.e.c.)

Nota bene :
e.e.c. (prononcer [ i ] [ i ] [si ]) -  
initiales minuscules pour
Edouard Estling Cummings, poète américain (1894-1962)

who are you little i

(five or six years old)
peering from some high

window; at the gold

of november sunset

(and feeling that if day
has to become night

this is a beautiful way)




Edward Estlin Cummings, Op.citato, Dreams in the mirror,
Richard S. Kennedy, p.480, Liveright, 1980
    

Interprétation en français très personnelle de Didier Métenier


qui es-tu, petit i

(de cinq ou six ans d'âge)
qui contemples ébahi

à la  haute fenêtre

le céleste spectacle

sous les ors automnales
d'un coucher de soleil

(percevant mieux ainsi
à l'affût de l'étoile

quand le jour devient nuit)

En anglais :
i ( « I » ainsi que le veut l'usage) – je
(traduction de DM)



………………..

DIDIER METENIER


qui est ce i ?
ce i ci
n'est qu'un i
ce i là
quant-à lui
est un je...
un drôle de je
un je multiple qui se singularise
et se personnifie...

En anglais :
i  – je

…………….

qui est ce i ?
ce je n'est qu'un champ d'i...
un chandaï chamarré
univers des possibles
et des inexplorés
« je » propice aux semailles
à tout jeu de rimailles
et aux contes de fée...

En anglais :
i (prononcer [aï]) – je

…………………..

qui es-tu petit i
au plus vrai des entrailles ?
petit i qui es-tu ?
sur quelles drailles
me conduis-tu ?
intime vérité
et gage de sagesse
mon en-quête d'i
vresse
ma ligne d'inconduite
sans jamais renier
mon en-quête d'i
vrai

En anglais :
i (prononcer [aï]) – je
En occitan :
draille - chemin


qui es-tu petit i ?
(encore i ici !!!)

i ce n'est pas n'importe qui
i c'est toi
i c'est moi
i ce n'est pas n'importe quoi

ce «  i »-ci n'est qu'un « i »
un i en devenir
en quête d'un autre i
qu'en est-il petit i
de tous tes rêves et de ta vie ?

qui est ce i ?
mais aussi
qui est ce « i » ?
qui est ce chevalier " Jedi "?


En anglais :
i (prononcer [aï]) – je
Jedi (prononcer [djedaï]) – valeureux personnage de Star Wars

……………
ANDRÉ DUPLEIX
En attente
………………..

LISE DURAND

LES ZÈBRES

Les zèbres ont des zébrures
Noires et blanches maman,
Les zèbres ont des zébrures
Aux contours attachants,
Les zèbres ont des zébrures
Dit le petit cheval,
Les zèbres ont des zébrures
Pourquoi pas moi maman ?
           
        Publié en 1985        
                            Presses de l’Imprimerie Gerbert
                            Aurillac (Cantal)

……

La savane se desséchait
Sous un beau soleil de mai.
La girafe dit au girafeau
Viens ici boire en peu d’eau.
Non de l’eau je n’en veux pas
Je veux de la barbe à papa.
Dans la savane la girafe chercha.
Il n’y avait pas de barbe à papa.
Le girafeau tout en sanglots
Ne voulut pas boire de l’eau.
La girafe était désespérée.
Elle aussi se mit à pleurer.
La savane était alarmée.
Mais le singe eut une idée.
Il prit la barbe de son papa
Et au girafeau la donna.
C’est depuis que les petits enfants
En mangeant de la barbe à papa
Rient avec de grands éclats.
Ils pensent au petit girafeau
Qui faillit mourir sans eau
Et au malin petit singe
Qui dans la savane en émoi
Inventa la barbe à papa.

        Dans « Un bout de chemin »
                            Publié en 2020   
                            Editions du Non Verbal / A.M.Bx

……

Le chamelon avait deux bosses
Le poil doux et les yeux très beaux
Le chamelon avait deux bosses
Et il croyait avoir tout faux.
Maman chameau n’était pas tendre
Pourtant elle aimait son petit
Et le chamelon à deux bosses
Trop souvent trouvait le temps gris.
Il rencontra dame grenouille
Qui lui dit mon petit garçon
Tu as une bien belle bouille
Et « deux bosses » veut dire deux dons.
Le chamelon comprit la tendresse
Qui émanait de ce discours
Dans son cœur comme une promesse
Dame grenouille planta l’amour.
Depuis le chamelon délaisse
Les dromadaires mal pourvues
Car il sait que sur sa planète
Deux bosses sont très bienvenues.
       
        Dans « Un bout de chemin »
                            Publié en 2020   
                            Editions du Non Verbal / A.M.Bx
…………………….
 

HAÏKUS
En attente
………………….
MARINETA MAZOYER

NE T’EN FAIS PAS FILLETTE …

Ne t’en fais pas fillette,
Tu seras grande un jour !

Tu veux t’habiller comme une petite dame,
Tu as envie de te parer,
Joue encore à la poupée !
Le temps viendra, le temps viendra !

Ne t’en fais pas fillette,
Tu seras grande un jour !

Tu te sens comme une petite femme,
Tu es à penser ou à pleurer,
Amuse-toi comme une fillette !
Dame tu te feras, dame tu te feras !

Ne t’en fais pas fillette,
Il s’épanouira l’amour un jour !

Tu désires qu’il t’aime jeune fille
Celui qui te fait battre le cœur,
Tu le voleras dans tes menottes,
Tu le serreras, le lieras fort !

Ne t’en fais pas fillette,
Tu dévideras ta vie un jour !

Tu veux brûler le temps qui passe,
Pour des jours et des jours égrener,
Profite de chaque année,
Tu n’as pas besoin de te presser !

 Ne t’en fais pas fillette…
Tu vieilliras trop vite toujours !


MARINETA MAZOYER
(1940/)
PARAULAS DE HEMNAS (Reclams)
    TE’N FAGUES PAS DROLLETA…

Te’n fagues pas drolleta,
Saràs granda un jorn !

Te vòls vestir coma dameta,
As enveja de te parar,
Jòga encara a la peteta !
Lo temps vendrà, lo temps vendrà !

Te’n fagues pas drolleta,
Vendràs bèla un jorn !

Te sentisses coma femneta,
Siás a pensar o a plorar,
Amusa-te coma drolleta !
Dòna te faràs, dòna te faràs !

Te’n fagues pas drolleta,
S’espelirà l’amor un jorn !

Desiras que t’aimes joventa,
Lo que te fa batre lo còr,
Lo raubaràs dins tas manetas,
Lo quicharàs, lo ligaràs fòrt !

Te’n fagues pas drolleta,
Debanaràs ta vida un jorn !

Vòles brutlar lo temps que passa,
Per de jorns e de jorns desgrunar,
Aprofecha de cada annada,
As pas besonh de te preissar !

Te’n fagues pas drolleta,
Vielheràs tròp lèu totjorn !

................................


MARINETA MAZOYER
(1940/)
PARAULAS DE HEMNAS (Reclams)



………………………


CATHERINE DE MONPEZAT
En attente


………….......


JACQUES PRÉVERT
 

LE CANCRE


Il dit non avec la tête
mais il dit oui avec le coeur
il dit oui à ce qu’il aime
il dit non au professeur
il est debout
on le questionne
et tous les problèmes sont posés
soudain le fou rire le prend
et il efface tout
les chiffres et les mots
les dates et les noms
les phrases et les pièges
et malgré les menaces du maître
sous les huées des enfants prodiges
avec les craies de toutes les couleurs
sur le tableau noir du malheur
il dessine le visage du bonheur.


…………………………….
 

PHILIPPE SAHUC
On l'a tant attendue,
certains jours,
quand on était enfant,
la neige...
Comme le sable incertain
des jours d'hiver,
la plage...
Parce que parfois
on en avait assez
des cubes et des pavés,
qui se ressemblent...
Parce qu'il fallait,
pour nous émerveiller,
ce que la main fait vivre,
ce qui change...


..........................
 

PATRICIA SOULA et TAHAR BEN JELLOUN
 

ENFANCE


La tentation de s’incliner devant l’enfance
Est une erreur enrobée de miel
L’homme s’y rêve
A l’ombre d’un arbre
Où la connaissance ne scinde rien
Ni bien ni mal
Il est l’enfant
Il est bon d’aimer l’enfance
Fragile équilibre de l’amour infini
Et de l’égoïsme tranchant
Parfois totalitaire
L’homme s’enivre de pureté
Et oscille le saccage
La bascule de l’innocence
Ainsi vit le père de l’homme
Devenu rat pour l’homme
Enterrant l’enfance et ses boniments
Son garant contre la mort
A l’envie
Respiré dévoré
Une caution
Avalée crue
Les grands assassins de l’humanité
Ont tous été des enfants
Funambules angéliques
De tant de drames annoncés
L’enfant ignore
Avant de s’abîmer dans la carrière
D’être soldat martyr indifférent
Que tout cela s’oeuvrait déjà en lui
Il reste suspendu
Un enfant qui sommeille
Comme le rêve qui a pris froid
D’un amour perdu.

Pont-Audemer, 24 septembre 2011


………………………….


SVANTE SVAHNSTRÖM


EXPLORATIONS OBLITÉRÉES


L’enfant voit un jour la lumière dans l’atmosphère
Désagréablement
après la moelleuse obscurité matricielle des trimestres passés
Dans une guimauve de chair laisse les doigts creuser des cratères
Suavement cramponne les lèvres autour d’un mamelon raidi
L’exaltante marche d’escargot de lèvres de parents sur sa joue
Délicieuses évacuations sans efforts sans précautions
suivies de l’inconfort suintant de couches-culottes collées aux cuisses
Mais les projections tièdes du sein devenu biberon consolent

Et puis les choses vont vite
et quand même pas tant
Foncer à quatre pattes
debout prendre le monde de haut
avancer plus vite encore sur dix orteils
maître de ses caps
Plus tard s’étonner de l’effervescence
autour de la première parole
prononcée sans conscience ni intention
Une phrase, dit-on, s’y accrochera
peu de semaines après
dans la colère par exemple
du refus de la douche
Et voici engagée un échange raisonné
Ni la révélation que sera la montée de l’escalier
en toute ignorance de l’enjeu
ni les vivats célébrant la maîtrise du sphincter
ne sauront incruster en l’enfant le souvenir d’un bonheur

Découvrir en maternelle que dur est le monde
se fait sans poussée des ecchymoses sur la mémoire
mais des visages d’amis peuvent s’incruster pour durer
Même ce jour entre pupitre et tableau noir
où ciel et terre s’ouvrent à lui
ce jour où l’enfant sait qu’il sait lire
est pour lui anodin
comme continuer le matin à beurrer les tartines

Dans une énergique indifférence
l’enfant change de peau
et chaque enfant ainsi mué colporte son répertoire d’oublis.
 

samedi 22 avril 2023

L'ENFER

Pandemonium - L'Enfer vu par John Martin, 1841


AUTEURS

 Michel Aliot**
Aragon *
Nanou Auriol
Jean Bodon ***
Chat GPT *****
Jean-Claude Collas *****
Laurent Drelincourt **
Lise Durand
Didier Metenier

Catherine de Monpezat
François Villon *
Svante Svahnström

Présentés par :
Agnès Laplaze *
Évelyne Bruniquel **
Jean Sibille ***
Svante Svahnström ****





MICHEL ALIOT, Toulouse

L’ENFER


Il atteignit enfin le fleuve
Aux flots sombres et écumants
Vit une barque dérivant
Sans que quiconque ne la meuve
Cette barque tout près de lui
S’arrêta et il y monta
Sans réfléchir comme surpris
Nulle crainte ne le hanta
Pourtant sur le flot écumant
Des personnages gémissaient
Bouche ouverte dans le courant
Et que le fleuve maudissait
Sur la rive droite dansaient
Femmes tordant leur chevelure
 Et leurs inhumaines figures
Hurlaient paroles insensées
Bientôt il atteignit le gouffre
Où se noient les âmes damnées
De celles et de ceux qui souffrent
Eternellement condamnés
Il vit une dernière fois la route
Où se terminent enfin ses pas
Et fut envahi par le doute
Avant de plonger au trépas


……………………………………………..

 ARAGON


LA SOIF ET LA SOURCE
 
L’amour de toi qui te ressemble
C’est l’enfer et le ciel mêlés
Le feu léger comme les cendres
Éteint aussitôt que volé
L’amour de toi biche à la course
C’est l’eau qui fuit entre les doigts
La soif à la fois et la source
La source et la soif à la fois
L’amour de toi qui me divise
Comme un sable à dire le temps
C’est pourtant l’unité divine
Qui fit un seul jour de trente ans
L’amour de toi c’est la fontaine
Et la bague qui brille au fond
Et c’est dans la forêt châtaine
L’écureuil roux qui tourne en rond
Mourir à douleur et renaître
Te perdre à peine retrouvée
Craindre dormir crainte peut-être
De n’avoir fait que te rêver
Déchiré d’être pour un geste
Un mot d’ailleurs indifférent
Un air distrait La main qui jette
Un journal ou qui le reprend
Tout est toujours mis à l’épreuve
Rien ne sert ni la passion
Et toujours une angoisse neuve
Nous pose une autre question
Cet abîme est comme un azur
Immensément démesuré
Aime-t-il celui qui mesure
L’amour de ses bras à son pré
Je n’ai pas le droit d’une absence
Je n’ai pas le droit d’être las
Je suis ton trône et ta puissance
L’amour de toi c’est d’être là
L’amour de toi veut que j’attende
Comme un drap propre sur le lit
Qui sent le frais et la lavande
Où ton chiffre brodé se lit
Que suis-je de plus que ton chiffre
Un signe entre autres de ta vie
Le verre bu qui demeure ivre
À son bord des lèvres qu’il vit
……………………………..


NANOU AURIOL


ENFER

Enfer, ferme, mépris, prison, zombie, bipolaire, air  pollué épais, pénombre, ombres mêlées,
les vents violents, langues de feu, feu rouge, rouge sang, sans dessous- dessus, sous- terre,
terre brûlée, laideurs, heures comptées, t'es mort, morsures infectées, tais-toi "Orphée", fétu,tu es
en ENFER.

………………………………………..

JOAN BODON


aLE CHIENDENT

Le chiendent, moi je l’ai cueilli
Sur la fosse du pauvre mort.
Mauvaise graine, je l’ai brandie
Aux quatre coins de mon jardin.
Et le grand vent de la misère
L’éparpillera sur ma terre.
Et dans votre siècle d’airain,
Vienne la paix, vienne la guerre,
Moi, je sèmerai le chiendent…

............

MON AMI

Mon ami, je l’ai écrit ce livre ;
C’est pour toi, mon ami, qu’il est écrit.
J’ai posé ma veste de félibre,
Jamais je ne me suis contredit.

Approche-toi, mon ami, je veux te voir ;
On luttera tous les deux, au plus fort.
Ma peau sera ointe de ton huile
Et s’il le faut je pleurerai ta mort.

C’est ainsi, mon ami, qu’est notre vie :
On ne sait pas ce qu’il y a par-delà.
La clameur de l’enfer nous convie,
Et pourtant le jour clair s’obscurcit.


Saint-Laurent d’Olt, 20-06-1964 

 ...................

UKRAINE*

Où peut bien être ce pays qu’on appelle Ukraine ?
Peut-être qu’il n’existe pas, nul ne s’en soucie…
Vent du Nord, front du paradis, grêle tintante,
Crisse la neige comme riz, la fille se met nue,
Et j’ai ma main sur des piquants. Je ne connais pas l’Ukraine.

Quand donc chantait-il le Grand-Duc ? Au temps des Poulacres :
Régiment qui a le cœur au ventre, avec ses tambours…
Mais que pouvait tant d’ardeur contre les rois malfaiteurs ?
Camps barbelés sur les hauteurs, combien d’hommes en haillons ?
On a tranché le cou du Grand-duc. J’oublie les Poulacres.

Tournesol, tourne la fleur, la fleur sur ta chemise.
Une prison pour mon amour, une couverture grise.
Chaumes sans fin sur des champs d’honneur sans croix ni devise.
Chacun gratte où ça le démange : l’épée est sur nos têtes.
Le soleil tourne sur la fleur, garde ta chemise.

Pour arrêter l’eau des ruisseaux, il faut un barrage,
Et pour prier le Bon Dieu, il faudrait vivre en frères.
Si tu te refuses à moi, dors un instant sur mon coussin.
Dernière nuit de mon été, brille la gelée blanche.
J’irai le long de la rivière, chercher le barrage.

Il grêle sur ce pays qu’on appelle Ukraine :
C’est au bord du paradis, vent du nord tintant.
Peut-être l’enfer n’existe pas, nul ne s’en soucie…
Neige comme poudre de riz, une fille toute nue,
Barbes et barbelés de mort, cimetières d’Ukraine.


Saint Laurent d’Olt, été 1968.

 *Ukraine = lisière  

 

aL’ÈRBA D’AGRAM

L’èrba d’agram, ieu l’ai culhida
Sus la cròsa del paure mòrt.
Marrida grana, l’ai brandida
Als quatre caires del mèu òrt.
E lo grand vent de la misèria
L’escampilha sus la miá terra.
Al vòstre sègle de l’aram,
Que venga patz, que venga guerra,
Semeni, ieu, l’èrba d’agram…

 ...............

MON AMIC

Mon amic, l’ai escrich aquel libre ;
Es per tu, mon amic, qu’es escrich.
Ai pausat mon vestit de felibre
Que jamai me soi pas contradich.

Sarra-te, mon amic, ieu te vòli ;
Lucharem totes dos al pus fòrt.
Ongerai la miá pèl del teu òli
E se cal plorarai la tiá mòrt.

Es aital, mon amic, nòstra vida :
Sabèm pas çò que i a per delà.
La clamor de l’infèrn nos convida,
Lo jorn clar s’escurzís ça que la.
 

Sant Laurenç d’Òlt, 20-06-1064 

................ 

UCRAINA*

Ont existís aquel país que se ditz Ucraina ?
Tanplan benlèu non existís, mas degun se’n maina.
Cisampa, front del paradís, granissa tintaina,
Crica la nèu coma lo ris, la filha se degaina,
E ieu la man sus in eriç. Coneissi pas Ucraina.

Quora cantava lo Grand Duc ? Del temps dels Polhaires :
Un regiment pas fregeluc, e los tamborinaires…
Mas que podiá tant d’abeluc contra los reis laires ?
Pargues d’aram de truc en truc, quantes de pesollhaires ?
Copèron lo còl del Grand Duc. Oblidi los Polhaires.

Virasolelh, vira la flor sus la tiá camisa.
Una prison per mon amor, la flaçada grisa.
Rastolhs sens fin del camp d’onor sens crotz ni devisa.
Per cada pèl la siá prusor : l’espasa nos avisa.
Vira lo solelh sus la flor, garda la tiá camisa.

Per arrestar l’aiga del riu cal una paissièira,
Per la pregària del Bon Dieu manca la frairièira.
Se me vòls pas, dormìs un brieu sus la ccoissinièira.
Darrièira nuèch del meu estiu, torna lusir l’aubièira.
Caminarai lo long del riu, vau cercar la paissièira.

Granissa sus aquel país que se ditz Ucraina :
Es a la broa del paradís, cisampa tintaina.
L’infèrn benlèu non existís, mas degun se’n maina…
Posca de nèu coma de ris, una filha sens gaina,
Picons de mòrt, barba d’eriç, cementèris d’Ucraina.


Sant Laurenç d’Òlt, esttiu de 1968.

*Ucraina = talvera

 

 

 

 

 

………………………………...


CHAT GPT OPEN AI


Consigne donnée : écrire en français un poème en deux strophes de quatre vers sur l'Enfer

L'enfer brûle sans cesse dans la nuit obscure,
Les âmes damnées pleurent leur triste sort impur,
Le diable triomphe en riant de leur torture,
Leur souffrance éternelle est sa plus belle armure.

Le feu dévorant consume leur chair et leur esprit,
Leur cri de détresse résonne dans l'infini,
La douleur est leur lot dans ce monde maudit,
Enfer éternel, leur destin est ainsi écrit.

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JEAN-CLAUDE COLLAS


Les pavés de Paris Roubaix


Les pavés du diable de l’enfer du nord,
Sentiers battus qu’acheminent en farandole,
Des hommes blindés épris d’aventures folles,
Souvent inondés à l’approche de leur port…

Foncent en héros, dans la boue ou la poussière !
Pralinant les visages de surnaturel…
Ne laissant apparaître que les yeux au ciel ! ;
Pour cadeaux, pieusement, la douleur en trière…

Les chutes, fractures, glissades, sont du jour…
Pleurent ! bien mal en pis renfourchent leurs machines ! ;
Quand crevaisons, bris quelconques, les éliminent…

Seul, deux, en petits groupes, sautillent toujours !
Ces grognards en campagne, aux ailes méritoires,
Se feront du premier au dernier, leur victoire !


https://www.bonjourpoesie.fr/vospoemes/Poemes/jean_claude_collas3/les_paves_de_paris_roubaix
……………………………………..
 

LAURENT DRELINCOURT 1626-1680

 
Sur l'Enfer


Juste Dieu, que l'Enfer est un gouffre effroyable !
Ses ténèbres, ses feux, son soufre, ses tourments,
Ses gênes, ses bourreaux, ses cris, ses hurlements,
N'ont rien, dans l'univers, qui leur soit comparable.

Là ronge incessamment le ver insatiable,
Là l'on sent du remords les époinçonnements,
Là sans pouvoir mourir l'on meurt à tous moments,
Là l'éternité rend la peine épouvantable.

Objet rempli d'horreur, tu viens mal à propos
Intimider mon âme et troubler mon repos ;
Loin d'ici, noire image, à mon bonheur contraire.

Non, reviens : c'est ma chair qui m'aveugle en ce point,
Mais voici de l'Esprit le conseil salutaire
Crains sans cesse l'Enfer pour n'y descendre point.


…………………………………………….


LISE DURAND


Quand tu auras compris
Qu'il n'y a rien à comprendre
Que la mort est au bout
Et son poteau de feu
Qu'il n'y a rien à faire
Simplement qu'à apprendre
A vivre pleinement
Et sans baisser les yeux
Sinon il te faudra
Mourir à petit feu.
Quand tu auras compris
Qu'il n'y a rien à comprendre
Alors tu seras libre
Et peut-être heureux.

                      Toulouse le 20 août 2016
…..
L'enfer
C'est quand tu as cru
Que l'on t'aimait
Et que c'est faux.
L'enfer
C'est quand il reste
Rien
Que des sanglots.
L'enfer
C'est juste avant
Le paradis
Lorsque tu es seul
Et que tu ris...

                       Toulouse le 31 mars 2023

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DIDIER METENIER


c'est par manque d'amour surtout
sur notre terre
qu'il y a la faim qu'il y a la guerre
c'est par manque d'amour surtout
que pour beaucoup
elle tourne à l'envers
que pour d'aucuns
elle vire à l'enfer

atout cœur...
atout pique...

dès lors que faire ? que penser?
devant tant d'injustices, quel regard adopter ?
être plus attentif, apprendre à observer...
à tout choc esthétique sentir son cœur toquer
choyer le souvenir d'une fleur,
d'un regard, d'un sourire, d'un baiser,...
savoir jour après jour
s'émerveiller sans fin
savoir encourager
les rebonds du destin

atout cœur...
atout pique...

jour après jour
nuit après nuit
sachons renaître à la beauté
jour après jour
nuit après nuit
sachons renaître à la vie
à l'amour
au présent
et au futur aussi

l'amour est un déclic
sachons l'apprivoiser
et le mettre en pratique
pourquoi douter encore
que le meilleur est à écrire
que le meilleur c'est
l'à venir...

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CATHERINE DE MONPEZAT

L'enfer

Qui ne croit pas à l'enfer
Sur terre n' a point vécu
Aveugle il marche à l'envers
Et Lucifer l'a reconnu!

Le diable est toujours à genoux
Humble, discret et silencieux
Un sourire d'Ange, un regard doux
Vous le prenez pour le Bon Dieu!

Sans foi ni loi il part en guerre
Avec toujours bonne intention
Vous veut du bien, cherche à vous plaire
Il vous attrape...par affection

Et vous allez comme à tâtons
Cahin, caha dans la nuit noire
Main dans la main vers l'horizon
D'un Ciel serein il vous fait croire!.

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Refus d'aimer : l'Enfer

 1)
Vous avez refusé d'aimer:
et je suis tombée en enfer
Vous avez refusé d'aimer:
Le monde s'est mis en guerre

J'ai accepté le mensonge:
et vous êtes tombé en enfer
J'ai accepté le mensonge:
Vos pas s'égarent, pauvre erre.

2)
Vous avez voulu la richesse
et je fus une "moins que rien"
Vous avez voulu la richesse
comme maîtresse comme seul bien.

J'ai reçu offense et mépris
et vous avez gonflé d'orgueil.
J'ai reçu offense et mépris
Tout est mort: partout c'est le deuil.

3)
Vous avez choisi la luxure
et mon corps en fut bafoué
Vous avez choisi la luxure
Femme, j'ai perdu ma beauté.

J'ai pensé que j'étais aimée
Vous m'avez prise, sans défense
J'ai pensé que j'étais aimée :
Le diable rit, le diable danse .

4)
 Vous avez vécu de colère
Pour me faire mal et me faire peur.
Vous avez vécu de colère
Votre gloire : ma terreur.

J'ai cru pouvoir vous aider
Peine perdue, ce fut un leurre.
J'ai cru pouvoir vous aider
Je suis déçue, je suis en pleurs.

5)
Les sept péchés capitaux
Vous les avez tous pratiqués
Les sept péchés capitaux:
C'est votre loi, suivie, aimée.

L'orgueil, la luxure, l'avarice s'avancent ensemble à petit pas.
Les autres suivent bien en lisse
Et je vais mourir au combat.


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FRANÇOIS VILLON


Ballade des pendus

Frères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les cœurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis.
Vous nous voyez ci attachés, cinq, six :
Quant à la chair, que trop avons nourrie,
Elle est piéça dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poudre.
De notre mal personne ne s'en rie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !
Se frères vous clamons, pas n'en devez
Avoir dédain, quoique fûmes occis
Par justice. Toutefois, vous savez
Que tous hommes n'ont pas bon sens rassis.
Excusez-nous, puisque sommes transis,
Envers le fils de la Vierge Marie,
Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
Nous préservant de l'infernale foudre.
Nous sommes morts, âme ne nous harie,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !
La pluie nous a débués et lavés,
Et le soleil desséchés et noircis.
Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés,
Et arraché la barbe et les sourcils.
Jamais nul temps nous ne sommes assis
Puis çà, puis là, comme le vent varie,
A son plaisir sans cesser nous charrie,
Plus becquetés d'oiseaux que dés à coudre.
Ne soyez donc de notre confrérie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !
Prince Jésus, qui sur tous a maistrie,
Garde qu'Enfer n'ait de nous seigneurie :
A lui n'ayons que faire ne que soudre.
Hommes, ici n'a point de moquerie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Commentaire d’Agnès Laplaze :
La Ballade des pendus est un poème célèbre de François Villon. Cette grande ballade macabre aurait été écrite en prison lorsque le poète, condamné à la suite d’une rixe, attendait son exécution par pendaison. Ce poème médiéval sur le thème de la rédemption est surtout un appel à la charité chrétienne.

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SVANTE SVAHNSTRÖM


L’ENFER


Je marche, je marche
Je m’arrête et l’âme continue
Le jour J pour moi c’est tout de suite
Dans la salle d’attente un rôtissoire bruyant et fétide
est déjà assailli et mon être sans volume et sans poids
maltraité sur toute sa nudité
Il n’est pas improbable que lors du Jugement
une réservation soit prise pour moi
au Palais de Satan
Devenant ainsi résident pour toujours du Pandaemonium
aurais-je le loisir de choisir une salle ?
Quelle éternité molestera le moins ma transparence ?
Dans la salle de réception Toulouse
se faire consumer bestialement par le feu de la gueule du monstre
du vitrail de Saint-Sernin
Ou à Conques la salle voisine
subir en pierre les jeux sanglants ignobles
des démons du tympan de l’abbatiale.
Dans la salle polyvalente Cité de Dieu
le bassin de l’enfer froid peut succéder à la broche
et au chaudron d’huile bouillante
permettant de périr éternité après éternité
dans le manuscrit 19 de la Bibliothèque Nationale
Au fond du réfectoire Albi
être commensal de Sainte-Cécile en peinture alla fresca
au banquet des abjections de la cathédrale
Ou opter pour être dans le dortoir Issoire sous le pinceau humide
transpercé par les crocs de Léviathan
et dans son gosier suivre sa déglutition
puis dans ses sucs gastriques se laisser dissoudre
durant les siècles des siècles de l’église Saint-Austremoine

Je n’ai pas arrêté mon choix
J’aurai bien le temps de m’en préoccuper
En cet instant je marche encore