jeudi 28 avril 2022

MAI

Les travaux de mai - Leandro Bassano


 

 

AUTEURS

Charles d’Orléans ****
Jean-Baptiste Clément *
Didier Metenier
Alfred de Musset **
Claude Nougaro **
Louisa Paulin **
Jean-Pierre Siméon ***
Jean-Michel Tartayre ****
Svante Svahnström

 


* Présenté par Patrick Zemlianoy
** Présenté par Nicole Sibille
*** Présenté par Evelyne Bruniquel
 **** Présenté par Svante Svahnström

 



CHARLES D’ORLEANS

Ballade no 48


"Le dieu d'Amour est coutumier
A ce jour de fête tenir,
Pour amoureux coeurs fêter
Qui désirent de le servir;
Pour ce fait les arbres couvrir
De Fleurs et les champs verts gai,
Pour fêter la plus belle embellir,
Ce premier jour de mai"

          
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JEAN-BAPTISTE CLÉMENT

Le mois de Mai , à contre courant du muguet et du soleil retrouvé ,  m'a évoqué la fin tragique de la Commune de Paris et le texte de Jean Baptiste Clément écrit pendant la répression en Mai 1871 au cours de la semaine sanglante pendant laquelle 20000 communards ont trouvé la mort.

Sauf des mouchards et des gendarmes,
      On ne voit plus par les chemins,
       Que des vieillards tristes en larmes,
       Des veuves et des orphelins.
       Paris suinte la misère,
       Les heureux mêmes sont tremblants.
       La mode est aux conseils de guerre,
       Et les pavés sont tout sanglants.
           Refrain
           Oui mais !
           Ça branle dans le manche,
           Les mauvais jours finiront.
           Et gare ! à la revanche
           Quand tous les pauvres s’y mettront.
           Quand tous les pauvres s’y mettront.

       Les journaux de l'ex-préfecture
       Les flibustiers, les gens tarés,
       Les parvenus par l'aventure,
       Les complaisants, les décorés
       Gens de Bourse et de coin de rues,
       Amants de filles au rebut,
       Grouillent comme un tas de verrues,
       Sur les cadavres des vaincus.
           Refrain
       On traque, on enchaîne, on fusille
       Tous ceux qu’on ramasse au hasard.
       La mère à côté de sa fille,
       L'enfant dans les bras du vieillard.
       Les châtiments du drapeau rouge
       Sont remplacés par la terreur
       De tous les chenapans de bouges,
       Valets de rois et d'empereurs.
            Refrain
       Nous voilà rendus aux jésuites
       Aux Mac-Mahon, aux Dupanloup.
       Il va pleuvoir des eaux bénites,
       Les troncs vont faire un argent fou.
       Dès demain, en réjouissance
       Et Saint-Eustache et l’Opéra
       Vont se refaire concurrence,
       Et le bagne se peuplera.
           Refrain
       Demain les manons, les lorettes
       Et les dames des beaux faubourgs
       Porteront sur leurs collerettes
      Des chassepots et des tambours
       On mettra tout au tricolore,
       Les plats du jour et les rubans,
       Pendant que le héros Pandore
       Fera fusiller nos enfants.
           Refrain
       Demain les gens de la police
       Refleuriront sur le trottoir,
       Fiers de leurs états de service,
       Et le pistolet en sautoir.
       Sans pain, sans travail et sans armes,
       Nous allons être gouvernés
       Par des mouchards et des gendarmes,
       Des sabre-peuple et des curés.
           Refrain
       Le peuple au collier de misère
       Sera-t-il donc toujours rivé ?
       Jusques à quand les gens de guerre
       Tiendront-ils le haut du pavé ?
       Jusques à quand la Sainte Clique
       Nous croira-t-elle un vil bétail ?
       À quand enfin la République
       De la Justice et du Travail ?

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DIDIER METENIER


oh mahé !!!
ce gazouillis
ce beau muguet
toutes et tous
en conviendrez
quel joli mois
ce mois de mai !!!

pour lui
pour elle
pour toi
pour moi
ce mois d'émois
où tout revit
et tout s'accroît

de plus longs jours
des nuits plus douces

temps pour mi-nous
cieux lumineux
bénis des dieux

cent mi-nous lieux
de rendez-vous
cent mi-nous lieux
pour me-nous-you

En anglais :
me  - moi
you  -  toi

En occitan :
oh … mahé !!! – pour sûr...et ce n'est rien de le dire !!!
(exclamation d'usage fréquent propre à traduire une forte approbation)

P.S.:
Je dédie ce poème à Mahé né le 15 août  2020 en Australie, ainsi qu'à Yolande, son arrière grand-mère pour qui ce prénom restera à jamais indissociable de cette tendre formulation, si particulière, usitée à tout bout de champ par les locuteurs occitans de son entourage proche dans son petit village des Pyrénées centrales: « Oh ! Mahé ! ».
Une expression susceptible de ponctuer n'importe quel discours et digne équivalent d'un « peuchère !!! » marseillais et de bien d'autres formulations locales.

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ALFRED DE MUSSET


          La Nuit de Mai

Poète, prends ton luth et me donne un baiser ;
La fleur de l’églantier sent ses bourgeons éclore.
Le printemps naît ce soir ; les vents vont s’embraser,
Et la bergeronnette, en attendant l’aurore,
Aux premiers buissons verts commence à se poser.
Poète, prends ton luth et me donne un baiser.

LE POÈTE.

Comme il fait noir dans la vallée !
J’ai cru qu’une forme voilée
Flottait là-bas sur la forêt.
Elle sortait de la prairie ;
Son pied rasait l’herbe fleurie ;
C’est une étrange rêverie ;
Elle s’efface et disparaît.

LA MUSE.

Poète, prends ton luth ; la nuit, sur la pelouse,
Balance le zéphyr dans son voile odorant.
La rose, vierge encor, se referme jalouse
Sur le frelon nacré qu’elle enivre en mourant.
Écoute ! tout se tait ; songe à ta bien-aimée.
Ce soir, sous les tilleuls, à la sombre ramée
Le rayon du couchant laisse un adieu plus doux.
Ce soir, tout va fleurir : l’immortelle nature
Se remplit de parfums, d’amour et de murmure,
Comme le lit joyeux de deux jeunes époux.

LE POÈTE.

Pourquoi mon coeur bat-il si vite ?
Qu’ai-je donc en moi qui s’agite
Dont je me sens épouvanté ?
Ne frappe-t-on pas à ma porte ?
Pourquoi ma lampe à demi morte
M’éblouit-elle de clarté ?
Dieu puissant ! tout mon corps frissonne.
Qui vient ? qui m’appelle ? Personne.
Je suis seul ; c’est l’heure qui sonne ;
Ô solitude ! ô pauvreté !

LA MUSE.

Poète, prends ton luth ; le vin de la jeunesse
Fermente cette nuit dans les veines de Dieu.
Mon sein est inquiet ; la volupté l’oppresse,
Et les vents altérés m’ont mis la lèvre en feu.
Ô paresseux enfant ! regarde, je suis belle.
Notre premier baiser, ne t’en souviens-tu pas,
Quand je te vis si pâle au toucher de mon aile,
Et que, les yeux en pleurs, tu tombas dans mes bras ?
Ah ! je t’ai consolé d’une amère souffrance !
Hélas ! bien jeune encor, tu te mourais d’amour.
Console-moi ce soir, je me meurs d’espérance ;
J’ai besoin de prier pour vivre jusqu’au jour.

LE POÈTE

Est-ce toi dont la voix m’appelle,
Ô ma pauvre Muse ! est-ce toi ?
Ô ma fleur ! ô mon immortelle !
Seul être pudique et fidèle
Où vive encor l’amour de moi !
Oui, te voilà, c’est toi, ma blonde,
C’est toi, ma maîtresse et ma soeur !
Et je sens, dans la nuit profonde,
De ta robe d’or qui m’inonde
Les rayons glisser dans mon coeur.
...
Les plus désespérés sont les chants les plus beaux,
Et j’en sais d’immortels qui sont de purs sanglots.

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CLAUDE NOUGARO

Paris Mai

Mai, mai, mai, Paris mai
Mai, mai, mai Paris
Mai, mai, mai, Paris mai
Mai, mai, mai Paris
Mai, mai, mai, Paris mai
Mai, mai, mai Paris

Le casque des pavés ne bouge plus d'un cil
La Seine de nouveau ruisselle d'eau bénite
Le vent a dispersé les cendres de Bendit
Et chacun est rentré chez son automobile
J'ai retrouvé mon pas sur le glabre bitume
Mon pas d'oiseau-forçat, enchaîné à sa plume
Et piochant l'évasion d'un rossignol titan
Capable d'assurer le Sacre du Printemps

Mai, mai, mai, Paris mai
Mai, mai, mai Paris

Ces temps-ci, je l'avoue, j'ai la gorge un peu âcre
Le Sacre du Printemps sonne comme un massacre
Mais chaque jour qui vient embellira mon cri
Il se peut que je couve un Igor Stravinsky

Mai, mai, mai, Paris mai
Mai, mai, mai Paris
Mai, mai, mai, Paris mai
Mai, mai, mai Paris
Et je te prends Paris dans mes bras pleins de zèle
Sur ma poitrine je presse tes pierreries
Je dépose l'aurore sur tes Tuileries
Comme roses sur le lit d'une demoiselle
Je survole à midi tes six millions de types
Ta vie à ras le bol me file au ras des tripes
J'avale tes quartiers aux couleurs de pigeon
Intelligence blanche et grise religion

Mai, mai, mai, Paris mai
Mai, mai, mai Paris

Je repère en passant Hugo dans la Sorbonne
Et l'odeur d'eau-de-vie de la vieille bombonne
Aux lisières du soir, mi-manne, mi-mendiant
Je plonge vers un pont où penche un étudiant

Mai, mai, mai, Paris mai
Mai, mai, mai Paris
Mai
Paris

Le jeune homme harassé déchirait ses cheveux
Le jeune homme hérissé arrachait sa chemise
"Camarade, ma peau est-elle encore de mise"
"Et dedans mon cœur seul ne fait-il pas vieux jeu"
"Avec ma belle amie quand nous dansons ensemble"
"Est-ce nous qui dansons ou la terre qui tremble"
"Je ne veux plus cracher dans la gueule à papa"
"Je voudrais savoir si l'homme a raison ou pas"
"Si je dois endosser cette guérite étroite"
"Avec sa manche gauche, avec sa manche droite"
"Ses pâles oraisons, ses hymnes cramoisis"
"Sa passion du futur, sa chronique amnésie"

Mai, mai, mai, Paris mai
Mai, mai, mai Paris
Mai
Paris

C'est ainsi que parlait sans un mot ce jeune homme
Entre le fleuve ancien et le fleuve nouveau
Où les hommes noyés nagent dans leurs autos
C'est ainsi, sans un mot, que parlait ce jeune homme
Et moi l'oiseau-forçat, casseur d'amère croûte
Vers mon ciel du dedans j'ai replongé ma route
Le long tunnel grondant sur le dos de ses murs
Aspiré tout au bout par un goulot d'azur
Là-bas brillent la paix, la rencontre des pôles
Et l'épée du printemps qui sacre notre épaule
Gazouillez les pinsons à soulever le jour
Et nous autres grinçons, pont-levis de l'amour.                                     

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LOUISA PAULIN

NOCTURNE
                                              
Le chant du rossignol est ruisselant de lumière,
de lumière frémissante et lunaire ;
la neige de l’aubépine dans la nuit s’étend,
terrestre et fragile lumière parfumée;
le chant du rossignol, ruban d’amour, l’unit
à la neige de la lune printanière.
Nuit de mai, de clarté, de musique, d’espoir,
harmonieuse et souveraine
comme l’amour dont a rêvé notre âme…
Dans l’ombre, silencieusement, une rose meurt ;
le chant du rossignol, dans l’ombre, s’effarouche ;
lentement, la lune fuit           
et l’insigne nuit, surprise, tressaille
à l’aile de la mort caressant la rose.

 

LOÏSA PAULIN

NOCTURNE
 
Lo cant del rossinhòl es rajolant de lutz  
de lutz frenissenta e lunenca ;
la nèu del boisson blanc dins la nuèit s‘espandís,  
terrèstra e freula lutz nolenta ;
lo cant del rossinhòl, riban d’amor, l’unís
a la nèu de la luna primenca.
Nuèit de mai, de claror, de musica, d’esper,
armoniosa e sobeirana
coma l’amor dont a soscat nòstra ama…
lo cant del rossinhòl, dins l’ombra, s’espaurís ;
Dins l’ombra, suaudament, una ròsa morís ;
de nonent, la luna fugís
e la preclara nuèit, suspresa, tresfolís
a l’ala de la mòrt  calinejant la ròsa.


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JEAN-PIERRE SIMÉON



A L’IMPOSSIBLE ON EST TENU

Oui je sais que
La réalité a des dents
Pour mordre
Que s’il gèle il fait froid
Et que un et un font deux

Je sais je sais
Qu’une main levée
N’arrête pas le vent
Et qu’on ne désarme pas
D’un sourire
L’homme de guerre

Mais je continuerai à croire
A tout ce que j’ai aimé
A chérir l’impossible
Buvant à la coupe du poème
Une lumière sans preuves

Car il faut être très jeune
Avoir choisi un songe
Et s’y tenir
Comme à sa fleur tient la tige
Contre toute raison

Poème extrait de Ici , 2009

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JEAN-MICHEL TARTAYRE

ESQISSES DE MAI

1

C’est perdu dans un ouest lointain

La même sourdine
Où filtre un désert de pierres ocreuses

La peau devenue cuivre,
Le vent sec et le sable

Les yeux fermés,     sur sa monture-
On avance
                     Une cavalcade                   sans chemin

Qu’une gourde au ceinturon

 

in Vers l'été, suivi de Fractions du Jour, 2016
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SVANTE SVAHNSTRÖM

 MAJ                  (écrit en "universification", cf explications sous "Qui fait cela?")

Pirmasis  maj  tnejn  tisoč  keturi
Europa  olema  um  baliček  lahja
Ar  pompa  sich  desfazer  suo  nudo  
Spárga  piir  poistaa
Kado  sin  yksi  stôl  mise  par  fich  fênnef  naród
Rücken  open  towards  estepa
voet  vo  fire  farraige
Közt  kilometer  lontano  ké  square
sopra  štyri  sto  fifty  ekatommirio  stol
kuzyn  enono  tistenna
genitori  z  krzepki  constituição
Ementa  van  volonté


Le premier mai deux mille quatre
l’Europe est un paquet cadeau
Avec pompe se défont ses nœuds
Ficelles frontières enlevées
le cadeau est une table mise pour vingt cinq nations
dos ouvert aux steppes
les pieds dans quatre mers
Entre kilomètres distants et carrés
sur quatre cent cinquante millions de sièges
les cousins unis attendent
parents de robuste constitution
Le menu est volonté


Traduit de :
Lituanien – danois – maltais – slovène – lituanien
… - estonien – portugais – tchèque - finnois
Letton – suédois - allemand – portugais - italien – espagnol
Hongrois - estonien - Finnois
Néerlandais – luxembourgeois – finnois - slovaque – français – letton – gaélique – luxembourgeois – polonais
Allemand – flamand – anglais – espagnol
Néerlandais – tchèque – danois - gaélique
Hongrois – suédois – italien – grec - anglais
Italien – slovaque - slovène – anglais – grec – suédois
Polonais – grec – maltais
Italien – tchèque – polonais - portugais
Portugais – hongrois – français


Inédit,  2004


 


 

mercredi 16 mars 2022

BLUES

Vieillard triste - Vincent van Gogh


    AUTEURS

Charles Baudelaire
Anaïs Bon
Aimé Césaire
Xavi Gutièrez Riu
Stépjane Mallarmé
Didier Metenier
Moon Chung Hee
Jean-Pierre Pouzol
Edith Södergran
Jeran-Michel Tartayre
Paul Verlaine
Svante Svahnström






CHARLES BAUDELAIRE


Spleen : Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l'horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;

Quand la terre est changée en un cachot humide,
Où l'Espérance, comme une chauve-souris,
S'en va battant les murs de son aile timide
Et se cognant la tête à des plafonds pourris ;

Quand la pluie étalant ses immenses traînées
D'une vaste prison imite les barreaux,
Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,

Des cloches tout à coup sautent avec furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniâtrement.

- Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme ; l'Espoir,
Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.

…………………………

ANAÏS BON

Je n’ai pas compris, tu reculais, mes mains bleuissaient et je gardais avec moi l’odeur pressentie de ton cou.

Ta maladresse me dirige,
Je ne suis rien, seulement toute à venir, j’en suis préhistorique. Parce que je ne te connais pas : l’air est neuf ! On n’a aucune envie de juger, mais je reste stupide, parce que tout s’est orienté d’un coup. J’aimerais croire que la surface de ma peau est faite pour t’inspirer des folies ; mais ce sont là le murmures de Satan. Restons simples. J’ai la foi. Comprends, combien il sera bon de te mordre… Un instant la rédemption sera complète.

In Abside, Mémoire Vivante

………………………………….


Aimé CÉSAIRE

Blues de la pluie

Aguacero
beau musicien
au pied d’un arbre dévêtu
parmi les harmonies perdues
près de nos mémoires défaites
parmi nos mains de défaite
et des peuples de force étrange
nous laissions pendre nos yeux
et natale
dénouant la longe d’une douleur
nous pleurions
In  "Cadastres"

…………………………

XAVI GUTIÈREZ RIU  (traduction de Nicole SIBILLE)

La set                                                          La soif   

Lo putz                                                         Vide
qu’es voit,                                                     est le puits,
lo uelh                                                           sec
qu’es                                                             est l’œil,
lo cèu                                                            bleu                                                                                                                                                         qu’es blu :                                                    est le ciel :
non i a                                                          il n’y a
ne un crum                                                   aucun nuage
e non                                                            et jamais
plau bric…                                                    il ne pleut…
lo Lui                                                             tari
qu’es sec.                                                     est le Lui.
Lo vent                                                          Le vent
qui ven                                                          qui vient
que pud                                                         sent   
a hum :                                                          la fumée :   
de huecs                                                        en haut   
que n’i a,                                                      du mont,  
au som                                                         il y a
deu mont.                                                     des feux.  
Qu’è mau                                                     Ma tête
de cap                                                         me fait mal
e caut                                                          et brûlant
lo front,                                                        mon front,  
qu’è flac                                                       faible
lo còr,                                                          est mon cœur,
qu’è pòc                                                      du sang
de sang,                                                      j’en ai peu,
qu’è shuc                                                    sèche
lo coth                                                         est ma gorge
e los pòts secs                                            et mes lèvres sèches
-dab gost de sau- :                                     - ont goût de sel- :
qu’è hòrt                                                      de soif
de set !                                                        je meurs !
Lo bar                                                          Le bar
qu’es plen                                                   est plein
de gent                                                        de gens
qui beu,                                                       qui boivent,
que’m cau                                                   il m’en faut
un còp                                                         un coup
mès non                                                      mais non
i a mei                                                         il n’y a plus
de vin                                                          de vin
au chai.                                                        au chai.
Que beu                                                       Boit
Qui pòt                                                         qui peut   
e pas                                                            et non     
qui vòu !                                                       qui veut !    

……

Aguest poèma qu’ei un exercici d’Oulipisme, o de literatura potenciau se vos ac estimatz mès, pr’amor qu’en gascon aranés ei possible escríver, corrèctament, un tèxte tot damb era e coma unica vocau.



Pèrder eth sen


En vergèr des deth Veredèr,
entre vèrns e telhs,
perèrs e mesplèrs,
es èrbes que verdegen.
Peret,
berret nere,
celhes espesses,
pèth de cendre,
-sense dents-
bretèles vermelhes
eth vrente plen
-per excès de béver-
que velhe.
Se se desvelhe de nets
leque eth crespèth... ressec,
e le quèn es lèrmes.
Percep eth vent, fresc,
qu’entre pes henerèques,
e sent eth hered enes pès.
Eth mètge le nègue eth veren
e eth ‘vespèr’ le des·hè eth cervèth
e le pren eth temps.
Desbrembe eth present,
es rebrembes de ger ser,
mès se brembe des règles
que l’ensenhèren es mèstres
e des precèptes des prèstes,
eth, que ne credeve en Sénher ne en ren
s’entèste en fes extrèmes,
en credences veementes
e plees d’encens
e pèrd eth temps
de temple en temple,
E, sense hèr-se’n,
pèrd eth sen
pes sègles des sègles...


Traduction rapide portant uniquement sur le sens (Nicole SIBILLE)


Perdre la raison

Dans le verger de la famille Verdier,
au milieu des aulnes et des tilleuls,
des poiriers et des néfliers,
et des herbes vertes.
Peret,
            béret noir,
                       sourcils épais,
                                     peau de cendre,
                                                   -sans dents-
                                                              bretelles rouges
                                                                               le ventre plein
                                                                                               -par excès de boisson-
somnole,
s’il se réveille la nuit
il lèche une crêpe… desséchée ,
et coulent ses larmes.
Il sent le vent, froid,
qui entre par les crevasses,
et ressent le poids de sa vie dans ses pieds.
Le médecin le noie de potions
et le cancer lui défait son cerveau
et lui vole le temps.
Il oublie le présent,
et les souvenirs de la veille
mais il se rappelle les règles
que lui enseignèrent ses maîtres
et les préceptes des prêtres,
lui, qui ne croyait ni en Dieu ni en rien,
s’entête dans une foi extrême,
et dans des croyances véhémentes
et pleines d’encens
et il perd son temps
de temple en temple,
Et, sans s’en faire,
il perd la raison
pour les siècles des siècles…

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STEPHANE MALLARMÉ

Renouveau

Le printemps maladif a chassé tristement
L’hiver, saison de l’art serein, l’hiver lucide,
Et, dans mon être à qui le sang morne préside
L’impuissance s’étire en un long bâillement.
Des crépuscules blancs tiédissent sous mon crâne
Qu’un cercle de fer serre ainsi qu’un vieux tombeau
Et triste, j’erre après un rêve vague et beau,
Par les champs où la sève immense se pavane
Puis je tombe énervé de parfums d’arbres, las,
Et creusant de ma face une fosse à mon rêve,
Mordant la terre chaude où poussent les lilas,
J’attends, en m’abîmant que mon ennui s’élève…
– Cependant l’Azur rit sur la haie et l’éveil
De tant d’oiseaux en fleur gazouillant au soleil.
……………………….

DIDIER METENIER

 

Et voguent les regards


Dans le bleu-nuit de ses yeux vagues
 

Lorsque le spleen devient ressac.

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MOON CHUNG HEE - Corée

Chant d’un ballon

Joue avec moi
Fais-moi flotter en l’air
Souffle-moi dans la bouche encore et encore
Emplis-moi d’air chaud
Ma peau douce et tendue
fais-la éclater en me tripotant
non, caresse-moi doucement
j’ai l’impression d’éclater aussitôt
Tout mon corps est un chemin gelé
Ma vie entière est exposée au danger
La flèche acérée du temps me guette
Nul besoin de clé
Laisse-moi jouir du vent
Non, tue-moi joyeusement

https://www.cairn.info/revue-poesie-2012-1-page-50.htm


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JEAN-PIERRE POUZOL

Solitude de mon amour

Solitude,
C’est toi solitude,
                                              Je te connais
À se briser
         À crier un grand cri blanc
Un cri désert
Devant le miroir de soi-même
Quand les yeux ne sont plus que chrysalides
Ô cette musique
                                                Je la connais
Cette pourriture d’images
Je te connais solitude
                                                       Ta proue fend
Ma poitrine
Et le sang jaillit en gerbes
Me voici au seuil du vide
Aussi vivant que mort


In Anthologie des Poétes du Quercy, Éditions du Laquet

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EDITH SÖDERGRAN   Finno-suédoise    (1892-1923)

Je suis étrangère dans ce pays
au fond de la mer oppressante
le soleil plonge là ses onduleux rayons
et l’air flotte entre mes mains.
On m’a dit que j’étais née en captivité –
Ici pas un visage qui ne me soit connu.
Étais-je une pierre jetée au fond ?
Étais-je un fruit trop lourd pour sa branche ?
Me voici au  pied de l’arbre bruissant, prête
à grimper à ces troncs glissants, mais comment ?
Là-haut, se rejoignent les couronnes vacillantes
et là je veux rester assise à chercher du regard
la fumée des cheminées de ma patrie.

In Le pays qui n’est pas et Poèmes, Orphée

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JEAN-MICHEL TARTAYRE

Bleu par la fenêtre, les yeux entr’ouverts –
Un fragment de ciel.
Tout oublié en deçà.
Rupture immédiate avec ce qui heurte.
Le silence avec soi –
Pour un fragment d’histoire.
Revenu d’on ne sait où,   mais beaucoup mieux.

In Vers l’été suivi de Fractions du jour, N&B

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PAUL VERLAINE

Chanson d’automne

Les sanglots longs
Des violons
De l’automne
Blessent mon coeur
D’une langueur
Monotone.
Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l’heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure
Et je m’en vais
Au vent mauvais
Qui m’emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte.
In  Poèmes saturniens
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SVANTE SVAHNSTRÖM

Comme un clin d’œil, le blues du moine de l’Inquisition

Recevoir comme sur le Mont Horeb
la voix d’hommes distants
deviser avec un coquillage sur l’oreille
n’est affaire que de louches pactisant avec le Malin

Des icônes remuant sur une vitre de cassette
des paroles qui s’en évaporent
dans tous les foyers
relèvent du sacrilège
Mensonge insinuant que tous
à l’instar de Sainte Claire
seraient doués de tele-visio

Concevoir ces coches  sans chevaux
au dessus des nuages
ces tubes métalliques en apesanteur
est un blasphème que juge sévèrement la Sainte Inquisition

Et seul le bûcher peut attendre les corps
qui laissent envahir leurs entrailles
par l’oeil vagabond d’un ver mécanique
pouvoir permis au Père seul

Gesticuler avec des membres ressuscités
sur des moignons estropiés
trahit les commerces impies de la foire Saint Germain
avec de faux docteurs et des faiseurs de miracles

Que nul ne s’y trompe
Un seul sait prélever des fragments du vivant
sait les planter dans les chairs endolories
Un seul sait créer l’Homme

La superstition sauvage d’un progrès
résidant dans le don de lecture dispensé à tous les enfants
sera pourchassée sans relâche
par la charité du diocèse
et du père exorciste

Cherchez donc dans la prière
l’antidote aux fausses promesses
du bulletin de vote dans toute main

Ne pas oublier qu’en l’année du Seigneur 2008
le bonheur de l’homme demeure dans la soumission
Son ambition paisible
est de perpétuer une vie d’efforts et de sueur
à l’abri des obscènes inventions
régurgitées par les hordes méprisables
de Bélial l’imposteur


in Hocus Corpus, Librairie Galerie Racine



vendredi 25 février 2022

L'Éphémère

Le cycle des éphémères - Les moucheurs nantais


 

 

 AUTEURS

Karin Boye **
Paul Froment *
Xavi Gutiérrez Riu *
Jules Laforgue **
Didier Métenier
Philippe Sahuc
Jean-Luc Sigaux **
William Shakespeare **
Svante Svahnström
Kiyosaki Toshio **

* -   présenté par Nicolle Sibille
**- présenté par Svante Svahnström





KARIN BOYE   (Suédoise 1900-1941)

CALME DU SOIR

Sens comme est proche la Réalité.
Elle respire tout près d’ici
dans les soirs sans vent.
Elle se montre peut-être quand nul ne le croît

Le soleil glisse sur les herbes et les roches.
Dans son jeu silencieux
se cache l’esprit de vie.
Jamais il n’a été aussi proche que ce soir.

J’ai rencontré un étranger qui se taisait.
Si j’avais tendu la main
J’eusse effleuré son âme
Quand nos pas timides se sont croisés
 
in Pour l'amour de l'arbre

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Pau FROMENT  (1875-1898)  

Sonet d’un poèta avant de s’anar negar
                                  À l’amic Marcel J.


Lèu tot s’escantis per jamai
Dins ma paura ama desolada ;
La fisença s’es envolada,
De solelh n’a pas vist un rai !

Dejà la vida al mes de mai
Me sembla trista, despolhada…
Dins ma paura ama desolada
Tot va s’escantir per jamai !

L’esperança, luenh l’ei caçada
E morís coma la flor dalhada
Al solelh, dins los prats, enlai…

Quand l’Amor me passa a portada
Fai qu’una grimaça e se’n vai ;
Tot es escantit per jamai.

 

Sonnet d’un poète avant d’aller se noyer
À l’ami Marcel


Vite tout s’éteint à jamais
Dans ma pauvre âme désolée ;
La confiance s’est envolée,
Sans voir un rayon de soleil !

Déjà la vie au mois de mai
Me semble triste, dépouillée…
Dans ma pauvre âme désolée
Tout va s’éteindre à jamais.

L’espérance, loin je l’ai chassée
Et elle meurt comme la fleur fauchée
Au soleil, dans les prés là-bas…

Quand l’Amour passe à ma portée
Il ne fait qu’une grimace et s’en va ;
Tout s’est éteint à jamais.


Traduction de Marceau Esquieu


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XAVI GUTI ÉRREZ-RIU 

DESMEMÒRIA DETH TEMPS

 Desbrembaram eth temps
 dera memòria,
de quan es insurgents penitents
non auíem sonque istòria,
menspredaram era memòria
e eth rebrembe
mos tractarà damb desdenh.
E non rebrembaram sonque
estampes en blanc e nere:
imatges de corrudes e acaçades
enquia boca de net,
de quan jogàuem a descorbir
-en instants deth temps que mos vagaue-
es formes possibles
que diboishaue eth vent
en aqueres bromes com de coton,
acasterades en cèu;
tempsi d’amistats leugères
e desamistats hugidisses,
de maitins heireds
e de sers calorents,
de matances deth pòrc
e de cantres fresqui,
de hèr ara pilòta tot eth dia
e d’auer es jolhs tostemps espelats.
(arribats en aguest punt,
se vos enganhi,
amics lectors,
sapiatz que non ère pas era mia intencion
mostrar-vos eth postèma
laganhós
deth mèn naufragi
memoriós)
E me ven ena memòria
tot eth cansament
deth camin desmarchat,
totes es termières invisibles
qu’è crotzat,
es paraules qu’è liejut,
es mots que jamès escriuerè
en aguest temps que tèrmie
damb eth temps que non viuerè.

Xavi Gutiérrez Riu me mandèt aquel poèma sus lo tèma « efemèr » : « La memòria ei tostemps efemèra e non rebrembam que quauqu'ues des causes qu'auem viscut... (N.S.)

Traduction de Nicole SIBILLE

OUBLI DU TEMPS PASSÉ

Nous oublierons le temps
de la mémoire,
celui des insurgés pénitents
qui n’étaient même pas dans notre histoire,
nous mépriserons la mémoire
et le souvenir
nous regardera avec dédain.
Et nous ne nous rappellerons
que des estampes en noir et blanc :
images de poursuites et de chasses
jusqu’à la tombée de la nuit,  
quand nous jouions à découvrir
-si le temps nous en était laissé-
les formes possibles
que dessine le vent
dans ces brumes de coton
amoncelées dans le ciel ;
temps d’amitiés légères
et de ruptures passagères
de matinées froides
et de soirées chaleureuses,
des jours où on tuait le porc
et des cruches d’eau fraîche,
des journées entières à jouer à la pelote
et d’avoir les genoux toujours écorchés.
(arrivés à ce point,
Si je vous ennuie,
amis lecteurs,
sachez que mon intention n’était pas
de vous montrer l’écoulement
plaintif
de mes souvenirs
enfouis)
Et me vient en mémoire
toute la fatigue
 du chemin parcouru,
toutes ces frontières invisibles
que j’ai franchies,
les textes que j’ai lus,
les mots que jamais je n’écrirai
dans ce temps qui s’approche
du temps où je ne vivrai plus.
 



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JULES LAFORGUE

MÉDIOCRITÉ

Dans l’infini criblé d’éternelles splendeurs,
Perdu comme un atome, inconnu, solitaire,
Pour quelques jours comptés, un bloc appelé Terre
Vole avec sa vermine aux vastes profondeurs

Ses fils, blêmes, fiévreux, sous le fouet des labeurs
Marchent, insoucieux de l’immense mystère,
Et quand ils voient passer un des leurs qu’on enterre
Saluent, et ne sont pas hérissés de stupeurs.

La plupart vit et meurt sans soupçonner l’histoire
Du globe, sa misère en éternelle gloire,
Sa future agonie au soleil moribond.

Vertiges d’univers, cieux à jamais en fête !
Rien, ils n’auront rien su. Combien même s’en vont
Sans avoir seulement visité leur planète


in Jules Laforgue – Anthologie poétique

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DIDIER METENIER

minimalist
    tic

En anglais :
minimalistic - minimaliste
minimal ((art) is is (a) tic - l'art (sous sa forme) minimal(e)
(n')est (qu')un simple battement de cœur

Nota Bene :
Le minimalisme est un mouvement artistique qui utilise uniquement
des éléments minimaux et basiques. Par extension, dans le langage
courant, le minimalisme est associé à tout ce qui a été réduit à
l'essentiel et qui ne présente aucun élément excessif ou accessoire.


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PHILIPPE SAHUC
Ephéméroptère

ASTICA-TE :
injonction occitane à tous les incertains coches
de faire flèche
qui efface son empennage en souci de la cible !
Or, vil asticot se sera d’avant tortillé
pour devenir
éphémère mouche…

BISTRO
BIST…
D’un vite russe
qui pourtant ne lézarde
la queue se coupe
pour se plier à l’éphémère.
Il en demeure un instantané :
l’’òc bist.
Vu s’est fait en un clin d’œil
mais l’oreille qui s’entend dire à peine
mélange ses consonnes :
elle aurait besoin du temps de siroter au bistro, elle !

TARIŊ
TARI…
L’indication mandingue du raccourci
est faite peut-être
pour draguer l’éphémère
en consolation aux longues pistes arides
du voyage ou du texte.
Or, le suc du premier jet
au fil des jours
est parfois tari.

TR
ô langue au fond de ma bouche
à laquelle suintent encore des perles de son
que parfois nul encore n’entendit,
que nul ne comprendrait…
ô langue magique
et sitôt triste de ton jet
solitaire
langue des cris réprouvés
n’entraînant nul écho,
seule langue parée
de la beauté
de l’éphémère.

………………………………………

WILLIAM SHAKESPEARE


LA TIRADE DE MACBETH ( MACBETH V, 5)

Demain, et puis demain, et puis demain,
Glissent à petits pas d’un jour à l’autre
Jusqu’à la dernière syllabe du registre des temps ;
Et tous nos hiers n’ont fait qu’éclairer pour des fous
La route de la mort poussiéreuse. Eteins-toi, éteins-toi, brève chandelle !
La vie n’est qu’une ombre errante ; un pauvre acteur
Qui se pavane et s’agite une heure sur la scène
Et qu’ensuite on n’entend plus ; c’est une histoire
Racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur,
Et qui ne signifie rien.

…..

Tomorrow, and tomorrow, and tomorrow,
Creeps in this petty pace from day to day,
To the last syllable of recorded time;
And all our yesterdays have lighted fools
The way to dusty death. Out, out, brief candle!
Life's but a walking shadow, a poor player,
That struts and frets his hour upon the stage,
And then is heard no more. It is a tale
Told by an idiot, full of sound and fury,
Signifying nothing.

…………………………….

JEAN-LUC SIGAUX

Dieu envahit tes mots
Qui se pulvérisent au-delà du sable
Les rafales voilent les horizons
de la tendresse lorsque je
prononce ton nom dans le zénith
en deuil

…..

Cette neige est pour toi
pour toi le silence lorsque le concert ne sonne plus
      sur les routes
Il n’y a plus que ton rire de traîneaux
et de talus empanachés de givre
Alors emporte-moi dans la terreur de tes bras nus

in Tandis que je bascule dans le luxe des planètes furieuses
..................................

KIYOSAKI TOSHIO  traduction Svante Svahnström

Dagsländan sätter sig
på min fingertopp
luktat gammal fisk

L’éphémère se pose
tout au sommet de mon doigt
pue le vieux poisson


https://kunskapskarameller.se/?s=toshio

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SVANTE SVAHNSTRÖM

NORÐURLJÓS

Norðurljós uz lustro salaisuus
sollys yfir Riss mearra
þorskur dichat mellan skamlæbe dálvi

Auroreboréale sur le miroir des ténèbres
lumièresolaire sur la fissure de la mer
la morue respire entre les grandeslèvres de l’hiver

Traduit de
Islandais-letton-polonais-finnois
danois-islandais-allemand-lapon
 islandais-russe-suédois-danois-lapon

 in Languier