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La statue de la Liberté de Bartholdi, dans l'atelier du fondeur Gaget, rue de Chazelles, Paul-Joseph-Victor Dargaud 1847-1914 |
AUTEURS
Nanou Auriol
Saïd Benjelloun
Claudine Candat
Maurice Carême *
René Char ****
David Diop ****
Lise Durand
Bernard Friot *
Nazim Hikmet ****
Victor Hugo ****
Jean de La Fontaine ***
Fable Del Diari ???
Noé Margolis **
Didier Metenier
Catherine de Monpezat
Georges Moustaki ***
Nathalie Vincent-Arnaud
El Dorador ???
Thomas Simonsson ****
Svante Svahnström
Présenté par :
Évelyne Bruniquel *
Didier Metenier **
Hélène Svahnström ***
Svante Svahnström ****
NANOU AURIOL
………………….
SAÏD BENJELLOUN
Un dimanche sans liberté
Était-ce dimanche?
Rien de moins sûr
Était-ce le matin?
Peut-être
Des fenêtres ?
Aucune
Seule une loupiote
Eternelle
Figeait la nuit
Des yeux bandés
C'est l’heure de la relève
Un autre geôlier
Je le reconnais
A ses pas feutrés
A la voix
Moins tonitruante
Que les autres Hadjs*
Souvent si violents
Lui m'appelait le Fqih**
Ce jour-là je sentis
Son regard
Sur mes mains entravés
Soudain il me tendit
Un coupe-ongles et dit
D'une voix souriante
Tenez Fqih !
Lentement
Maladroitement
Je me mis
A me couper les ongles
Ils n'avaient jamais
Été aussi longs
Jamais je ne pris autant de temps
Autant de plaisir
Jamais je ne fus
Aussi minutieux
Je savourais l'instant
Et comme par enchantement
Les murs s'écartèrent
Les courbatures
De mois d’immobilité
Disparurent
La loupiote accoucha
D’un éclatant rayon de soleil
Et la rèche couverture de l’armée
Me parut un soyeux et épais
Tapis de laine
Je fis alors de ce jour
Un dimanche
Mon premier dimanche
Sans liberté
Non, de liberté
5 mars 2026
* C'est ainsi qu'on devait appeler nos geôliers
* Maître d'école coranique
……………………..
CLAUDINE CANDAT
LES PARE-BRISE
À l’aube qui pleut sur les pare-brise,
Parapluie rouge du soleil d’hiver,
Ô brandon si froid d’une illusion grise,
Je marcherai sans m’arrêter
Aux sourires aguicheurs des devantures
Pleines de mirages
Mais vides d’aventures.
Je passerai mon chemin
Sachant que sous le béton du trottoir
Il n’y a pas plus de pavés
Que de plage,
Et mon chemin se fera sable
Au fur et à mesures de mes pas
Et de la démesure de mon voyage.
Je verrai disparaître les pendules
Et toutes ces machines
A débiter le temps lorsque le temps nous tue,
A condenser des choses déjà simples
Mais qui deviennent si compliquées
Dans notre société.
Je n’aurai pour compter
Que mes dix doigts
Mais on ne compte pas les boutons de rose
Ni les perles de rosée
Ni le sable des plages.
D’ailleurs, d’ici que j’arrive,
J’aurai désappris à compter
Mais appris tant d’autres choses
Universelles
Eternelles.
in Mon opium est dans mon cœur, Éditions Il est Midi, 2024
………..
Ton nom je ne veux plus l’écrire
Mais le vivre
Je ne veux plus jamais à mon cou
Supporter cette laisse cloutée
Qui grave dans les chairs les ordres, les contrordres
Assis debout, couvre-feu à sept heures,
Le café sous QR code est passé crème
Mais moi je ne pourrai jamais digérer l’odieux chantage
La prise en otage de nos mouvements et de nos corps
Masqués, muselés, confinés, canalisés
Vers le vaxfloor
Pas seulement au nom du fric mais pour la jouissance
De faire danser le petit peuple sur une planche à clous
Je ne veux pas non plus que mon identité soit numérique
Numérisée, copiée-collée, dans une puce ignominieuse
Qui aura sucé mes goûts et mes couleurs,
Mes exploits d’huissier et mon carnet de santé
Je ne veux pas qu’au-dessus de ma tête planent
Ces nuages lourds de menaces cloudées
Car je suis moi et pas qu’à moitié
Ni au quart
Et s’il ne me restait que le centième de cette volonté
D’abolir toutes les chaînes,
Qu’elles soient de fer ou bien virtuelles,
Prison dorée ou cage QR-codée,
Je graverai ton nom dans le souffle du vent
À la pointe du makila
Le hurlerai dans la langue des mères de ma mère
Qui rebondit de roc en roche,
ASKATUSUNA
in Tiroirs amers
……………………….
MAURICE CARËME
……………………..
RENÉ CHAR
LA LIBERTÉ
Elle est venue par cette ligne blanche pouvant tout aussi bien signifier l’issue de l’aube que le bougeoir du crépuscule.
Elle passa les grèves machinales.
Prenaient fin la renonciation à visage de lâche, la sainteté du mensonge, l’alcool du bourreau.
Son verbe ne fut pas un aveugle bélier mais la toile où s’inscrivit mon souffle.
D’un pas à ne se mal guider que derrière l’absence, elle est venue, cygne sur la blessure, par cette liane blanche.
………………………………………...
MICHEL DEGUY
LIBERTÉ
Mais la torsion de la vie, liberté, identique à floraison exubérance venin, liberté négroïde, convulsion des hommes jeunes inventeurs en plus rapides de fleurs et de nuages incessants, liberté feu, la flamme qui jette en avant dans d’imprévisibles courts-circuits de déterminisme et qui te laisse juste en deçà du seuil du destin.
………………………………….
LISE DURAND
La liberté ça n’existe pas.
Nous sommes tous conditionnés
Par notre famille, notre culture
Notre langue, nos gênes
Nos ancêtres, notre éducation
Nos croyances, nos religions.
La liberté ça n’existe pas
Psychopathe ou petit génie
Personne sa place a choisi
La liberté ça n’existe pas.
Et pourtant
La liberté j’aime ça.
Toulouse le 16 février 2026
……..
Tu nous parles de liberté
Et tu cherches qu'à t'imposer.
Tu nous parles de liberté
Et tu cherches qu'à dominer
Qu'à imposer tes vérités.
Tu nous parles de liberté
Et vois pas les enfants pleurer.
Alors je n'ai rien à te dire
Que seule la bonté rend ivre.
Tu nous parles de liberté
Mais, parfois ça sert à rien
De parler.
Toulouse le 3 mars 2026
………………………….
DAVID DIOP 1927-1961 Sénégal
AFRIQUE
Afrique mon Afrique
Afrique des fiers guerriers dans les savanes ancestrales
Afrique que chante ma grand-Mère
Au bord de son fleuve lointain
Je ne t’ai jamais connue
Mais mon regard est plein de ton sang
Ton beau sang noir à travers les champs répandu
Le sang de ta sueur
La sueur de ton travail
Le travail de l’esclavage
L’esclavage de tes enfants
Afrique dis-moi Afrique
Est-ce donc toi ce dos qui se courbe
Et se couche sous le poids de l’humilité
Ce dos tremblant à zébrures rouges
Qui dit oui au fout sur les routes de midi
Alors gravement une voix me répondit
Fils impétueux cet arbre robuste et jeune
Cet arbre là-bas
Splendidement seul au milieu des fleurs blanches et fanées
C’est l’Afrique ton Afrique qui repousse
Qui repousse patiemment obstinément
Et dont les fruits ont peu à peu
L’amère saveur de la liberté.
in Coups de pilon, 1957
…………………
BERNARD FRIOT
…………………..
NAZIM HIKMET
DIMANCHE
Aujourd’hui c’est dimanche
Pour la première fois aujourd’hui
ils m’ont laissé sortir au soleil,
et moi,
pour la première fois de ma vie
m’étonnant qu’il soit si loin de moi
qu’il soit si bleu
qu’il soit si vaste
j’ai regardé le ciel sans bouger
Puis je me suis assis à même la terre, avec respect,
je me suis adossé au mur blanc
En cet instant, pas question de gamberger
En cet instant, ni combat, ni liberté, ni femme
La terre, le soleil et moi
Je suis heureux
………………………
VICTOR HUGO
……………………
JEAN DE LA FONTAINE
Un loup n'avoit que les os et la peau,
Tant les chiens faisoient bonne garde ;
Ce loup rencontre un dogue aussi puissant que beau,
Gras, poli, qui s'étoit fourvoyé par mégarde.
L'attaquer, le mettre en quartiers,
Sire loup l'eût fait volontiers :
Mais il falloit livrer bataille ;
Et le mâtin étoit de taille
A se défendre hardiment.
Le loup donc l'aborde humblement,
Entre en propos, et lui fait compliment
Sur son embonpoint, qu'il admire.
Il ne tiendra qu'à vous, beau sire,
D'être aussi gras que moi, lui repartit le chien.
Quittez les bois, vous ferez bien :
Vos pareils y sont misérables,
Cancres, hères, et pauvres diables,
Dont la condition est de mourir de faim.
Car, quoi ! rien d'assuré ! point de franche lipée !
Tout à la pointe de l'épée !
Suivez-moi, vous aurez un bien meilleur destin.
Le loup reprit : Que me faudra-t-il faire ?
Presque rien, dit le chien : donner la chasse aux gens
Portants bâtons, et mendiants ;
Flatter ceux du logis, à son maître complaire :
Moyennant quoi votre salaire
Sera force reliefs de toutes les façons,
Os de poulets, os de pigeons ;
Sans parler de mainte caresse.
Le loup déjà se forge une félicité
Qui le fait pleurer de tendresse.
Chemin faisant, il vit le cou du chien pelé.
Qu'est-ce là ? lui dit-il. – Rien. – Quoi ? rien ?-Peu de chose.
– Mais encore ? – Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut-être la cause.
Attaché ! dit le loup : vous ne courez donc pas
Où vous voulez ? – Pas toujours ; mais qu'importe ? –
Il importe si bien, que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrois pas même à ce prix un trésor.
Cela dit, maître loup s'enfuit, et court encore.
…………………….
FABLE ….Fable Del Diari
…………………….
NOÉ MARGOLIS
Sur les cartes, un tracé
Les frontières en pointillé
Avec nos ailes et sans papiers
Nous aimons les traverser
Dans le ciel, un tracé
Le V
De nos vols
De nos vies
Sur le sol, un tracé
Des frontières de barbelés
Des chaînes d'humains, les yeux levés
Noé Margolis
…………………….
DIDIER METENIER
avec mes cliques
et mes claques
mon clic-clac
mes tics
mes tocs
et sans tic-tac
……….
mon tic
mon tac
et mon toc
mon phare et mon f
oc
ma barre et mon s
oc
ma rade et mon r
oc
nisou vestale
a fait escale
en pays d'
oc
Nota bene:
vestale (antiquité) - jeune fille chargée d'entretenir le feu sacré
……………………….
CATHERINE DE MONPEZAT
………………………….
GEORGES MOUSTAKI
Ma liberté
Ma liberté,
Longtemps je t'ai gardée
Comme une perle rare.
Ma liberté,
C'est toi qui m'as aidé,
A larguer les amarres,
Pour aller n'importe où,
Pour aller jusqu'au bout
Des chemins de fortune,
Pour cueillir en rêvant,
Une rose des vents
Sur un rayon de lune.
Ma liberté,
Devant tes volontés
Mon âme était soumise.
Ma liberté,
Je t'avais tout donné,
Ma dernière chemise.
Et combien j'ai souffert
Pour pouvoir satisfaire
Tes moindres exigences.
J'ai changé de pays,
J'ai perdu mes amis,
Pour gagner ta confiance.
Ma liberté,
Tu as su désarmer
Toutes mes habitudes.
Ma liberté,
Toi qui m'as fait aimer
Même la solitude.
Toi qui m'as fait sourire
Quand je voyais finir
Une belle aventure.
Toi qui m'as protégé
Quand j'allais me cacher
Pour soigner mes blessures.
Ma liberté,
Pourtant je t'ai quittée
Une nuit de Décembre.
J'ai déserté
Les chemins écartés
Que nous suivions ensemble.
Lorsque sans me méfier,
Les pieds et poings liés,
Je me suis laissé faire.
Et je t'ai trahie pour
Une prison d'amour
Et sa belle geôlière.
Et je t'ai trahie pour
Une prison d'amour
Et sa belle geôlière.
……………………………
El Dorador ???
………………………….
THOMAS SIMONSSON ( ?-1443) Suède
HYMNE À LA LIBERTÉ
Liberté prévaut toutes choses
En ce monde la première
Pour celui qui s’en montre digne.
Et si tu veux ton propre bien,
Plutôt que riche aime être libre :
Honneur vient avec Liberté.
…………
Liberté pareille à la ville
Où toutes choses sont réglées.
C’est là qu’il est bien de bâtir !
Que Liberté vienne à faillir
Et tout sera réduit à rien,
Sache bien quel est mon avis.
…………
Liberté est un havre sûr
- Son nom le dit suffisamment –
Pour ceux qui savent la servir.
Havre contre vents et marées,
Pour les chétifs et comme le forts.
Que tous honorent liberté.
FRIHETSVISAN
Frihet är det bästa ting,
där sökas kan all världen omkring,
den frihet väl kan bära.
Vill du vara dig själver huld,
du älska frihet mer än guld,
ty frihet foljer ära.
………………………….
NATHALIE VINCENT-ARNAUD
Que voient les oiseaux
Que voient les oiseaux quand ils volent
Qu'ils quittent les marais
Les villes
Les forêts
Pour conquérir la mer
Des carrés bleus
Des carrés verts
Des ombres sur la plaine
Des avions qui s'élancent
Mimant leur course folle
Des enfants des ballons
Des autos des cartons
Des fumées qui s'enchaînent
Sous leurs yeux impassibles
Leur corps lisse
Étendu
Vers d'autres horizons
Que voient les oiseaux quand ils volent
À l'assaut du silence qui ignore nos rumeurs
Nos vertiges nos peurs
Nos toits et nos plafonds
Nos rêves dans les squares
Suspendus
Aux frêles balançoires ?
Quel horizon sera (Interstices éditions, 2026)
……………..
D’autres voiles
Où allait ce chemin
Ne pas l’avoir suivi
Comme on lâche une main
Pour le souffle impérieux
D’une étreinte nouvelle
Du plomb de ses semelles
Faire l’or qui délie
Entraînant tout qu’importe
Dans l’enceinte des nuits
Où fusent les promesses
Et dévêtir le jour
De ses rires pâlis
Dérober ses atours
Pour hisser d’autres voiles.
Déchants (Interstices éditions, 2023)
…………………………………
SVANTE SVAHNSTRÖM
TA LIBERTÉ
I
Ces prisons qui te cernent
ont des contours diffus
les unes lovées dans les autres
Certaines autour des unes et des autres
Toi maintenu entre parois solides
ou de clôtures hors matière
des concomitances te compriment
II
À l’expiration du contrat d’hébergement contraint
tu accompliras peut-être avec un enthousiasme d’homme libre
des gestes que peu estiment porteurs de jubilation
Tu pourrais
promener avec entrain un aspirateur
descendre exalté les escaliers avec un sac plein de poubelle
frotter en fredonnant assiettes et couverts
dans des vagues mélanges de graisse et détergent
où s’entrechoquent des reliefs de repas
Du trivial accédant au rang de privilège de vie libérée
Possiblement en solitude souveraine
dans la profondeur de la ville
avec la prématurée conviction que tes choix sont réellement tiens
Libres
III
Quand affranchi un jour
de tes devoirs dans l’univers de production
tu disposes des heures nécessaires
à tes adhésions à tes préoccupations
à tes jeux à tes engagements pour les autres
Tu n’as que du temps
et vite ton agenda t’étouffe entre minutes comptées
Tes heures de culture de solidarité de menus plaisirs
tes missions tes lectures tes sports ta culture
t’emmaillotent dans un linceul d’obligations choisies
Dans ton temps libre s’érode ta liberté
Mais libre tu l’es bien
IV
Pourtant même en réchauffante compagnie
tu demeures bridé
en puissance selon les terres
par d’impalpables miradors
dressées par les nécessités d’un État protecteur
Mais aussi par les convulsives doctrines des croyances
par la solidarité qui oblige ou rassure
et qui se réciproque par l’adhésion
à la surveillance de tous par tous
Libre et ligoté dans la bienveillance
d’un bien social contrôle
V
Mais les lieux existent
où tes pensées peuvent être dites
où tes pensées écrites peuvent être lues
sur la vie que tu partages avec l’Humanité
sur les discordes frétillant à l’intérieur de tes frontières
Oui tout ce qui des deux côtés de ces frontières
ne menace pas la dignité des Citoyens
ou le respect qu’avec rigueur tu dois à chaque personne
Être libre avec les autres en somme

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